‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 60 sur 158 · Fritz-Bbrthoud, VI · texte numérisé non relu

Fritz-Bbrthoud, VI

service signalé à cette aimable famille. Roguin s'était mis eo tête de faire contracter à M"' Boy de la Tour un mariage qui n'était ni dans les gotLts, ni dans les convenances de la jeune fille. De concert avec la mère, il réussit k empêcher cette union. M"' Boy de la Tour épousa un M. Delessert. C'est à elle qu'il adressa plus tard ses huit lettres élémentaires sur la botanique.

Rousseau s'est souvent plaint de l'accueil qu'il recevait ; il eût mieux fait de se reprocher l'impertinence avec laquelle il répondait aux avancée qu'on lui faisait. Le Colonel de Purt, un de ses voisins de campagne, homme de mérite et de savoir, caractère franc et loyal, lui écrivit pour solliciter Thonneur de sa connaissance. Voici la réponse que lui fit Rousseau : « Je crois, Monsieur, que je serai fort aise de vous connaître; mais on me fait faire tant de connaissances par force, que j'ai résolu de n'en plus faire aucune volontairement. Votre franchise avec moi mérite bien que je vous la rende, et vous consentez de si bonne grâce que je ne vous réponde pas', que je ne puis trop tôt vous répondre ; car si jamais j'étais tenté d'abuser de la liberté, ce serait bien moins de celle qu'on me laisse que de celle qu'on veut m'ôter. Vous êtes lieutenant-colonel, Monsieur, j'en suis fort aise ; mais fussiez-vous prince, et qui plus est, laboureur, comme je n"ai qu'un ton avec tout le monde, je n'en prendrais pas un autre avec vous. — Je vous salue. Monsieur, de tout mon cœur. » Là-dessus, Jean-Jacques reçut le colonel, alla le voir, trouva chez lui une société aimable, s'y plut et entretint avec lui une liaison assez intime et une correspondance assez suivie ^

i. Fritz-Bbbthoud, V, et Appendice.

C'est chez le colonel de Pury qu'il rencontra Dupeyrou', un des hommes qui, avec Milord Maréchal et Moultou, lui vouèrent l'amitié la plus chaude et la plus constante.

DuPEYROU était un riche Américain, d'origine française, fils d'un conseiller à la cour de justice de Surinam. Il avait des connaissances, du goût pour les arts, et se piquait surtout d'avoir cultivé sa raison. Son air hollandais, froid et philosophe, son humeur silencieuse, sa simplicité, qui rappelait celle de Milord Maréchal, inspirèrent à Rousseau une certaine considération pour sa personne. Il ne s'engagea pas ; mais il s'attacha par l'estime, et peu à peu cette estime amena l'amitié, a J'oubliai totalement avec lui, ajoute-t-il, l'objection que j'avais faite au baron d'Holbach, qu'il était trop riche, et je crois que j'eus tort. » Pourquoi tort? Est-ce ainsi qu'il reconnaît quinze années d'affection et de dévouement, sans compter l'affection et le dévouement posthumes, les soins que Dupeyrou donna à sa mémoire, l'intérêt qu'il ne cessa de porter à sa veuve, si tant est qu'on puisse appeler Thérèse la veuve de Rousseau. Mais au fond, Jean-Jacques vaut mieux qu'il n'en a l'air, et la Correspondance corrige ici les Confessions, Plus de cent lettres des deux amis ont été publiées ; d'autres, encore inédites^ sont conservées à la Bibliothèque de Neucbâtel. Sauf quelques boutades; sauf aussi une éclipse passagère (il y a toujours des éclipses et des boutades dans les amitiés de Rousseau), toutes respirent l'intimité et l'abandon. Enfin, Jean-Jacques a

i. D'BSCHBRNT donne une i celle des Confessions préféautre version ; nous croyons | rable.

donné à Dupeyrou la plus grande marque de confiance qu'il ait pu donner à un ami, en lui remettant le dépôt de ses œuvres, de sa correspondance et de ses papiers ^ Jusqu'à sa mort donc, et au-delà de sa mort, le nom de Dupeyrou se trouvera mêlé à son histoire.

Laliaud désirait avoir dans sa bibliothèque le buste en marbre de Rousseau, avec ceux de quelques philosophes célèbres. Rousseau jugea qu'un homme qui voulait avoir sa statue était digne de lui et plein de ses ouvrages. De là des relations ass^ez suivies, qui n'eurent lieu d'abord que par lettres. Quand Jean-Jacques vit Laliaud, il éprouva une grande déception : le buste de marbre se trouva être une mauvaise esquisse en terre ; Thomme baissa dans la même proportion, et il ne resta plus qu'un personnage - très zélé pour lui rendre beaucoup de petits services, pour s'entremêler beaucoup dans ses petites aflEaires. » Mais ici encore la Correspondance rectifie heureusement les Confessions, Que «Laliaud n'ait pas été à la hauteur littéraire de Rousseau, cela est assez évident; mais il n'en est pas moins vrai que ce dernier fut, en maintes circonstances, fort heureux d'avoir recours à lui ; qu'il lui témoigna beaucoup d'amitié, lui écrivit souvent, et presque toujoure pour le remercier d'un service rendu, en même temps qu'il lui en demandait un nouveau ; qu'en un mot, il prit l'habitude de le regarder comme une sorte d'homme d'affaires intelligent et gratuit, dont il était sûr de ne jamais lasser la bonne volonté. Tout cela méritait un peu

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