Lettre à Dupeyrou, 12 janvier
mieux qu'une ou deux phrases mordantes et dédaigneuses ^
Les mêmes observations s'appliquent à b'Iyernois, encore un malheureux que Jean-Jacques arrange de la belle façon dans ses Mémoires. Ce d'Ivernois, commerçant à Genève, Français réfugié et parent du procureur général de Neuchàtel, « passait à Motiers-Travers deux fois Tan, dit Rousseau, tout exprès pour m'y venir voir; restait chez moi du matin au soir plusieurs jours de suite, se mettait de mes promenades, m'apportait mille sortes de petits cadeaux, s'insinuait malgré moi dans ma confidence, se mêlait de toutes mes affaires, sans qu'il y eût entre lui et moi aucune communion d'idées, ni d*inclinations , ni de sentiments, ni de connaissances... » et ainsi de suite, sur le même ton, pendant plus d'une page'. Ouvrez maintenant la Correspo7ida7ice y et ce même d'Ivernois, que Jean- Jacques faisait tout pour rebuter et pour chasser, est un des hommes auxquels il écrit le plus souvent, le plus familièrement, le plus cordialement ; il est devenu son bon, son excellent, son tendre ami ; Jean-Jacques lui assigne des rendez-vous de promenades, se réjouit à la pensée de le posséder chez lui, se plaint de son silence ou s'inquiète de sa santé, pour peu qu'il tarde à donner de ses nouvelles; il restreindra avec les autres sa correspondance, mais fera toujours pour lui une exception ; il lui parle de ses affaires, lui confie ses secrets, traite avec lui très sérieusement les questions les plus graves, sur le gouvernement et les intérêts de
i. Voir à la Correspondancr, les Leilres de Rousseau à Laliaud, du 14 octobre 1764 au
4 avril 1770.