Confestions, 1. XII
Lettres de Milord Maréchal à Rousseau, 29 avril, 29 mai,
seau au comte de Zinzindort, 20 octobre \W* ; de Zinsindorf à Rousseau, il et 30 octobre
1 1 j ulu, 0 j uillet 1763 ; de Rous- . 1 764.
de ses conseils et de sa bourse '. Quand il le perdît, ce fut toute une oraison funèbre. « Pauvre garçon ! Pauvre Sauttersheim ! il n'était point sorti de mon cœur, et j'y avais nourri le désir secret de me rapprocher de lui . . . C'était l'homme qu'il me fallait pour me fermer les yeux... Le ciel Ta retiré du milieu des hommes , où il était étranger ; mais pourquoi m'y a-t-il laissé ^ »
A côté de ces noms, il faudrait citer ime foule de Genevois^ de Français, de gens de tous les pays et de toutes les conditions, que l'amitié, l'admiration ou la simple curiosité amenait à Motiers. Mais un entre tous, Moultou, fut pleinement agréable à Rousseau, et lui fit passer des moments plus doux qu'il n'espérait en avoir désormais'.
Dans les derniers temps de son séjour à Motiers, une autre visite lui causa un certain bonheur. M"° de Verdelin avait conçu le projet d'aller « l'embrasser et lui demander des conseils pour elle et sa fiUe. )) Elle serait si heureuse de pouvoir lui être utile, faire des démarches pour lui, lui envoyer ce dont il avait besoin ! « Je voudrais, ajoute-t-elle , que vous me traitassiez comme votre sœur. Voilà comme je désire être avec vous. C'est ainsi que je vous suis attachée, en y ajoutant la confiance et la vénération qu'on a pour le père le plus chéri *. » Tant de témoignages d'amitié touchèrent Rousseau. Il alla, chose incroyable, jusqu'à inter-
1. Lellres à Sautiersheim , 20 mai et 21 juin 1764; à Laliaud, 15 novembre 1766.
— 2. Ultre à I^liaud , 19 décembre 1768. — 3. Fin de mai 1763, voir la Correspondance de
Boiis8eau et de Moultou, du 21 mars au 4 juin 1763. — 4.
Lettres de Af» de Verdelin à Rousseau^ 10 mars, 25 avril, 15 décembre 1763.
rompre un voyage commencé, pour se ménager ce rendez-vous tant désiré S qui, par une sorte de fatalité, ne put avoir lieu que Tannée suivante. Vers la fin d'août 1765, sans être arrêtée par la situation irrégulière du ménage de son aîni. M"*® de Yerdelin vint avec sa fille aînée, lui faire une visite de quelques jours. Il était précisément, à ce moment-là, en butte à toute sorte de tracasseries et avait grand besoin de consolations. La présence de M"* de Verdelin lui fit un peu de bien '.
Parmi les Genevois qui abondaient à Motiers, citons Roustan, Mouchon ', les deux Deluc , qui prirent successivement Jean-Jacques pour leur gardemalade, Clarapède, Perdriau, Marcet*. Et parmi les étrangers, un M. de Feins, capitaine de cavalerie, qui « s'attacha à ses pas pendant deux jours, sans avoir quoi que ce fût à lui dire ; » puis deux gentilshommes spirituels et aimables, Tun, le comte de la Tour du Pin, venant de Montauban ; l'autre, M. Dastier^ venant de Carpentras. Mais ils eurent le tort de revenir plusieurs fois — dans quel but? — Et là-dessus, la tète de Jean-Jacques de travailler et ses soupçons d'aller leur train. — « C'étaient encore, dit-il, des officiers ou d'autres gens, qui n^avaient aucun goût pour la littérature, qui même, pour la plupart, n'avaient jamais lu mes écrits, et qui ne laissaient pas, à ce qu'ils disaient, d'avoir fait trente, quarante, soixante, cent lieues pour me
i. Lettres à M^* de Verdelin, 27 mars 1763, 30 juin et 1 7 août 1764. — 2. Utires de M'^ de Verdelin à Rousseau, 17 novembre 1764; 18mars,tbavril, 18 Juillet, 4 septembre 1765;
de Rousseau à Jf» de Verdelin, 19 août 1764. — 3. Uttre de Moultou à Rousseau , 25 septembre 1762. — 4. /«i., 13 octobre 1762.
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venir voir et admirer rhomme illustre, célèbre, très célèbre, le grand homme, etc. . . C'étaient des ministres, des parents, des cagots, des quidam de toute espèce, qui venaient de Genève et de Suisse, non pas comme ceux de France, pour m'admirer et me persifler, mais pour me tancer et me catéchiser *. » On ne lui laissait pas un moment de répit; aussi, ne manque-t-il pas une occasion de s'en plaindre. Enfin, les choses en vinrent au point qu'il était parfois obligé de s'absenter de chez lui pour éviter quelques-unes de ces bandes qui lui tombaient sur les bras, non plus par deux ou trois, mais par sept ou huit à la fois *.
Si les visites étaient nombreuses, les lettres Tétaient bien plus encore. Il fallait répondre à toutes, ou du moins à beaucoup. Autrefois, Rousseau en prenait à son aise ; mais depuis qu'il était devenu grand homme, il se croyait obligé par sa gloire même à la condescendance. Parmi ses nombreuses correspondances, il y en avait qui étaient à la fois utiles et agréables, celle qu'il entretenait avec Moultou, par exemple; il y en avait qui étaient nécessitées par les embarras de tout genre que lui avaient suscités ses derniers ouvrages , par la préparation d'œuvres nouvelles, par la réimpression des anciennes, par ses relations et ses occupations extérieures, et jamais il n'en eut autant qu'à cette époque. Rousseau était sentimental; une notable partie de ses lettres étaient toutes de sentiment ; celles, par exemple, qu'il écrivait à une femme toujours enthousiaste, toujours difficile à satisraire, M*"° Latour. — Rousseau était prêcheur; ses lettres
1. Confessions, I. XII. — 2. Lettre à d'Ivemois, 25 août 1765.
avaient souvent pour but de donner des avis aux personnes, aux jeunes gens surtout, qui le choisissaient pour leur directeur spirituel. Il faisait des remontrances à un jeune libertin, auteur de romans obscènes * ; il prêchait la douceur et le pardon à un père irrité contre son fils * ; il donnait de sages conseils à un jeune marié ' ; il exposait les devoirs du mariage à de jeunes époux ^ ; il ramenait aux occupations de son sexe une demoiselle philosophe et bel esprit' ; il adressait à une jeune femme de ses amies, Isabelle d'Ivernois, malheureuse en ménage, des consolations et des encouragements ^ ; il refusait de favoriser le mariage de M"*" Curchod (devenue depuis M"' Necker) avec l'historien Gibbon ; le vieux Gibbon n'étant pas digne de M"° Curchod'. Enfin beaucoup de ses lettres, connues ou inconnues, n'étaient fondées que sur un motif de politesse et de convenance, et lui prenaient un temps qu'il aurait préféré employer autrement*.
Rousseau n^ayant pas conservé avec Genève des relations très fréquentes, la correspondance suivie qu'il y entretenait avec Moultou ne lui en était que
1. Lettre à M. P. L. C..., décembre 1762. — 2. Leilre à M, JT..., il septembre 1763. — 3. Lettre à Kirchberger^ 17 mars 4763. — à. A M, et M^ JT..., deux lettres du 26 janvier 1765. — 5. Lettre à M^* D,-M., 7 mai et 4 novembre 1764. —