Ullre à Monlmollin, 28 mars
manité des plaies cruelles? remettriez-vous le culte aux mains du souverain, et en feriez-vous simplement une affaire de police? voudriez-vous vous en tenir à la seule religion naturelle; et encore...? Votre religion universelle, composée de quelques articles, est-ce là tout le christianisme? Votre indifférence entre les divers cultes, est-ce le christianisme? Mais non; Tarchevèque de Paris n'est pas chrétien, les saints Pères, les théologiens, les prêtres, les fidèles, tous ceux qui ont étudié, professé, prêché le christianisme ne sont pas chrétiens! Nul, sauf Rousseau, n'entend et n'a jamais entendu le vrai christianisme; Rousseau seul est chrétien!
Il faut voir comme il donne à l'archevêque des leçons de religion ; comme il prétend le convaincre d'être aussi peu fidèle à l'esprit du christianisme qu'aux maximes, et surtout à la pratique de la vraie religion de charité, dont lui, Rousseau, est le docteur et l'apôtre.
Il ne se contente pas en effet de se défendre, et n'est pas embarrassé de porter l'attaque dans le camp ennemi. Mais, qu'il attaque ou se défende, il montre les qualités du polémiste le plus consommé. On peut lui reprocher, comme toujours, d*abuser du paradoxe ; mais ses sophismes sont présentés avec tant d'art qu'il était difficile d'avoir tort avec des apparences plus complètes de sincérité, et même de vérité.
On a dit que l'archevêque, en voyant la Lettre, fut altéré du coup qu'il avait indiscrètement provoqué ; qu'il cessa de parler de Rousseau, et que, s'il en disait ({uelques mots, c'était pour faire Téioge de son caractère et de ses vertus *. Ce fait, qui n'est