‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 69 sur 158 · Lettre à Rey, 17 mars · texte numérisé non relu

Lettre à Rey, 17 mars

— 2. Bachaumont, 7 avril 1763, 22 février 1764, 2 mai et 19 décembre 1770, 13 mars 1771.

— Lettre de Rousseau à Loyseau

de Manléon, s. d. — 3. LeUres^ à M, de Pourtalès, 23 mai et 15 juillet 1764; à Foulquier, 18 octobre 1764; à M. X., s. d.

faisait à Thérèse ; six cents livres que venait de lui assurer Milord Maréchal ; plus le produit de V Emile, six mille livres. Il estimait sa dépense annuelle à •soixante louis ; il avait donc de quoi subvenir strictement à ses besoins. S'il ne voulait plus d'ailleurs écrire de nouveaux livres, rien ne Tempêchait de tirer parti des anciens. Il song-ea à faire imprimer son Dictionnaire de Musique; bientôt il tenta de publier une édition générale de ses écrits.

Le Dictionnaire de Musique n'était pas de nature à faire naître des orages ; ajoutons qu'il ne pouvait susciter de jaloux. C'est un livre médiocre, et même, comme la plupart des dictionnaires, un livre banal ; mais de plus, il est très incomplet. Les partisans de Rousseau en sont réduits, pour le faire valoir, à citer les articles qui ne traitent pas de la musique, par exemple, l'article ge'nieK Lui-même en devait apercevoir les défauts. « 11 ne paraîtra toujours que trop tôt* », écrivait-il à Coindet. On dit qu'un jour il l'aurait lacéré et aurait été sur le point de le jeter au feu*. Du moment qu'il le conservait, il avait à y faire quelques retouches ; il l'acheva à la hâte et le vendit à Duchesne moyennant cent livres une fois payées et trois cents livres de rente viagère*. Il avait prié Clairault de le corriger', mais celui-ci mourut avant d'avoir rempli sa mission. Il y eut bien d'autres retards. La censure était sur ses gardes

1. CaSTEL-Blaze, Dictionnaire de musique moderne. Préface; — Année littéraire, 1767, t, VII. — 2. Lettre à Coindet, 26 décembre 1767. — 3. Gabe- RBL, Bousseau et les Genevois, ch. IV. — 4. Confessions, 1. XII ;

— Lettres à Duchesne, 6 février 1763, 16 el 30 décembre 1764, 3 mars, 19 mai, 4 novembre 1766, 14 mars, 8 et 9 septembre, 25 novembre 1767. — .»î.

Lettres à Clairault, 3 mars 1765 ; à Rey, 3 mars 1766.

Lk VIE ET LES GEUVRES

et se montra très méticuleuse. Rousseau, qui était également en défiance, voulut arrêter la publication tant que la censure n'aurait pas procédé à un nouvel examen, « attendu que des passages raturés et rétablis dans le manuscrit pouvaient faire naître des difficultés*. Enfin Touvrage parut dans les derniers mois de 1767, mais Fauteur en fut peu satisfait ^ Rey ne tarda pas à en faire une contrefaçon. Duchesne aurait voulu s'y opposer, mais Rousseau tînt à rester en dehors de leur différend'.

Rousseau n'en était pas à sa première idée d'édition générale ; mais, quand il voulut en venir à l'exécution, il rencontra des difficultés capables d'effrayer dix natures indolentes comme la sienne. Cependant, pensant qu'il y allait de son avenir, il y mit un certain zèle. L'édition que Rey avait faite en 1762 n'était ni correcte ni complète. Eh bien, lui disait Milord Maréchal, « puisque les libraires font de mauvaises éditions de vos livres, que n'en faitesvous une bonne? L'affaire est sûre*. » Mais il s'agissait bien de faire lui-même son édition! Quand d'autres en voulurent faire une, ils ne se donnèrent pas même la peine de lui demander, ou ne lui demandèrent que très tardivement son autorisation. « Il y a longtemps, écrivait-il à Duchesne, que j'ai

1. Lettre à M. de Sartines, 9 septembre 1767. — 2. Lettre de Dupeyrou à Rey, 28 septembre 1767. — 3. Lettres à Rey, 31 décembre 1765, août 1766, 28 sep-

tembre 1767; à Duchesne, 19 avril 1766. — ^.Lettre de Milord Maréchal à Rousseau, 30 octobre 1762.

appris de divers endroits que vous aviez entrepris, avec Tabbé de la Porte, une édition générale de mes écrits*. On ne m'avait point annoncé l'édition que vous préparez comme un simple projet, mais comme une entreprise qui s'exécutait au su de tout le monde, excepté au mien*. » On croit qu'il va jeter feu et flamme ? pas le moins du monde. Ces sortes d'opérations étaient si ordinaires qu'on ne s'en étonnait plus. Après quelques reproches assez doux, il parait disposé à donner son consentement et fait même espérer son concours. Bien plus, il va jusqu'à différer sa propre édition, afin de ne pas gêner Tautre. Il reconnaît d'ailleurs que le nom de l'abbé de la Porte est pour lui la meilleure garantie d'une exécution satisfaisante. En ce qui concerne le prix, il ne demande rien ; il s'en rapporte à Duchesne et promet de lui confier l'édition générale qu'il médite de faire lui-même, si, comme c'est probable, elle peut se faire à Paris. Pourquoi, en effet, ne s'y ferait-elle pas? Duchesne y faisait bien la sienne, avec l'assentiment tacite du Gouvernement*. Duchesne lui donna cinquante louis, plus un cadeau pour Thérèse. C'était s'en tirer à bon compte. Ce fut même alors que Rousseau, comme témoignage de sa satisfaction, fit marché avec lui pour son Dictionnaire de Musique. On ne pouvait être plus accommodant. Trop accommodant même au gré de Rey. Celui-ci, en effet, dans une note publique qu'on aurait pu croire concertée avec Rousseau, revendiqua pour lui-même le privilège d'imprimer ses œuvres, mais il ne s'attira qu'une verte réprimande *,

1. Lettre à Duchesne, 20 janvier 1763. — 2. /rf., 6 février 1763; à Rey, 28 mars 1763. — 3. Lettre à Moullou, 30 janvier

1763. — 4. Lettre à Rey, ^ février, et Note de l'éditeur à Duchesne, 6 février 1763.

et Rousseau porta ses remerciments, ses observations et son concours à Tédition de Tabbé delà Porte*.

Cependant, cette édition une fois achevée, il revint à Rey et lui offrit, comme il Tavait déjà fait à Duchesne, la préférence, même avec quelques légers avantages, parce qu'il était son ami. Il trouvait dix mille . francs ; que Rey voie s'il veut les lui donner, ou bien, s'il le préfère, cent louis comptant et huit cents francs de rente viagère. Quel était donc rimprimeur qui pouvait faire de pareilles offres? On conçoit qu'il en coûtât à Rey de payer dix mille francs ce que son confrère venait d'avoir' pour douze cents. L'édition faite par l'auteur luimême aurait eu assurément des avantages, mais elle avait le grand inconvénient de ne pas arriver la première. Il y eut des hésitations, des lenteurs, et Rey finit par employer le procédé de Duchesne et faire pour rien ou presque pour rien une édition qu'il dirigea lui-même. Rousseau n'était pas en situation, et d'ailleurs, n'eut pas besoin d'y apporter la même surveillance qu'à celle de l'abbé de la Porte, cette dernière pouvant, jusqu'à un certain point, servir de modèle ; mais il ne la vit pas d'un plus mauvais œil que l'autre *.

Ces deux éditions, surtout la première, donnèrent lieu à quelques incidents. Duchesne fit graver deux portraits de Rousseau, l'un en habit ordinaire, l'autre en costume arménien. Il obtint l'autorisation de les vendre à part, mais non d'en placer un en tête des œuvres. Disons à cette occasion que Jean- Jacques

1 . Lettres à Ducheme^ d u 20 janvier 1763 au 4 décembre 1764 ; à Vahhé de la Porte, 4 avril et

12 décembre 1763. — 2. Uitre à Rey, 26 m^i 1764.

DE JEAJ<Ï-JÀCQUES ROUSSEAU.

était très difficile pour ses portraits. II ne les offrait qu'avec une grande discrétion, mais il mettait une extrême coquetterie à ce qu'ils fussent irréprochables. On ne saurait compter tous ceux qui furent faits de son vivant*. Il donnait ses indications, faisait recommencer, et rarement était satisfait. Cependant il fut assez content, dans cette circonstance, de celui qui le représentait en Arménien ^ Mais.il ne goûta jamais pleinement que celui de Latour. Auçsi, fut-il très sensible à l'attention qu'eut cet artiste de lui faire hommage d'un second exemplaire, semblable au premier*.

Duchesne aurait voulu aussi insérer dans son édition une partie de la correspondance de Rousseau ; cette idée de livrer à la publkité des lettres particulières le révolta. « Si vous étiez capable de cette extravagance, lui écrivit-il, je vous enverrais les comptes de ma blanchisseuse et de mon boucher, pour les y mettre aussi '. » Il se montra pUis facile pour un choix de Maximes^ qu'on voulut y introduire également. Quoiqu'un auteur ne soit jamais bien enchanté d'un tel choix, quand il ne Ta pas fait lui-même, il reconnut volontiers la bonne intention, et témoigna surtout sa satisfaction pour l'introduction dont on les avait fait précéder *.

Ces publications pouvaient servir la gloire de Rousseau, mais laissaient sa bourse vide. Sur ces

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