‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 7 sur 158 · Contrat social, 1. 111, ch. xv. — 2. Id., ch. xii · texte numérisé non relu

Contrat social, 1. 111, ch. xv. — 2. Id., ch. xii

potisme parfait. Anarchie on despotisme, triste alternative, dont, en fait, on ne voit guère que Tune des faces, le despotisme. Sauf, peut-être, aux jours d'insurrection ou d'émeute, le peuple, en effet, ne manque jamais d'amis dévoués, tout prêts à gouverner en son nom, et, pour son plus grand bien, à le décharger du fardeau du pouvoir*. » C'était déjà la théorie romaine : les Césars gouvernaient au nom du peuple et comme les délégués du peuple. Quod principi placint legis habct vigorem, tttpote popu/ifs ei et m einyï oiniie stium imperimn et potestatem conférât^.

Cependant, de l'aveu de Rousseau, le pouvoir direct est impossible aujourd'hui ; cela suffit pour faire justice de son système. Il a constamment en vue le régime politique des Anciens; mais il n'y a aucune parité à établir entre eux et les modernes. Les Anciens vivaient sur la place publique ; la famille les occupait peu ; ils faisaient à peine le commerce et laissaient le travail aux esclaves. Il est vrai que la première République française voulut imiter, au moins de loin, les beaux temps de l'antiquité. Les assemblées de toute sorte : assemblées primaires et secondaires, assemblées de baillages et de paroisses, les élections perpétuelles et pour toute sorte de fonctions, le service de la garde nationale, y devinrent, presque dès Torigine, une charge très laborieuse. On a calculé que, pour satisfaire au vœu de la loi, chaque citoyen, chaque électeur y devait donner aux affaires publiques environ

1. Taine, L'Ancien négimcj 1. III, ch. IV, sect. 3. — 2. Digeste, lit. IV, De coiutitutio-

nibiis principum. — Voir aussi manuscrit de Genève, p. 48 et 55.

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deux jours par semaine, un tiers de son temps *. Il est heureux que tout le monde ne se soit pas soumis à ces exigences. Qui est-ce qui aurait labouré la terre? Les Anciens, au moins, avaient les esclaves. Mais pourquoi les modernes n'en auraient-ils pas aussi? « Quoi, dit Rousseau, la liberté ne se maintient qu'à Tappui de la servitude? Peut-être. Les deux excès se touchent. Tout ce qui n'est point dans la nature a ses inconvénients, et la Société civile plus que tout le reste. Il y a telles positions malheureuses, où l'on ne peut conserver sa liberté qu'aux dépens de celle d'autrui, et où le citoyen ne peut être parfaitement libre, que l'esclave ne soit extrêmement esclave. Pour vous, peuples modernes, vous n'avez point d'esclaves, mais vous l'êtes ; vous payez leur liberté de la vôtre. Vous avez beau vanter cette préférence, j'y trouve plus de lâcheté que d'humaxiité ^. » Ces paroles n'ont pas besoin de commentaires. Rousseau ajoute : « Je n'entends point par là qu'il faille avoir des esclaves. » Q 'entend-il donc?

Continuons à exposer les caractères de la loi. Comme la volonté générale, elle est, sinon la source, au moins l'expression exacte du droit. Point de droits hors de la loi de l'État ; point de droits contre la loi de l'Ltat. A ce propcy, Rousseau consent à déclarer ici, contrairement à ce qu'il a dit ailleurs, que ce qui est bien est tel par la nature des choses et indépendamment des conventions sociales ; que toute justice vient de Dieu, et que lui seul en est la source. Il ajoute, il est vrai, que ces notions méta-

1. Tainb, De la Bévolulion, 1 2. Contrat social, 1. III, ch. IV. t. I, 1. II, ch. III, sect. 4. — I

physiques n*ont rien à voir dans un traité de politique. Donnons-lui acte néanmoins de ces bonnes paroles *.

On pourrait ajouter des détails à ce code du despotisme; le résumé que nous venons de faire est suffisant. Louis XIV disant : l'État c'est moi ; Napoléon soumettant les rois et les peuples à son pouvoir personnel n'élevèrent jamais Tabsolutisme à une telle puissance; il n'y eut à en approcher que la Convention et le Comité de salut public.

Il ne faut pas croire d'ailleurs que Rousseau ait toujours été si opposé au despotisme d'un homme. Il a comparé à la quadrature du cercle « la forme de gouvernement qui met la loi au-dessus de l'homme. Si cette forme est trouvable, ajoute-t-il, cherchons-la et tâchons de l'établir... Si malheureusement cette forme n'est pas trouvable, et j'avoue ingénument que je crois qu'elle ne l'est pas, mon avis est qu'il faut passer à l'autre extrémité et mettre tout d'un coup l'homme autant au-dessus de la loi qull peut l'être ; par conséquent établir le despotisme arbitraire, et le plus arbitraire qu'il est possible ; je voudrais que le despote pût être Dieu*. »

Rousseau, et après lui ses disciples, répondent & tout par les mots magiques de volonté générale, de démocratie , de loi des majorités ; mais l'individu a bien, lui aussi, ses droits, et la tyrannie, pour être la loi des majorités, n'en est pas moins la tyrannie*. Point de despotisme pire que le despotisme démo-

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