Contrai social, 1. II, ch. vi
-r- 2. Lettre au marquis de Mirabeau, 26 juillet 1767. — 3.
Voir Stuart Mill, La Liberléf ch. I.
cratîque * ; car il est plus impersonnel, plus irresponsable, armé de moyens plus formidables qu'aucun autre. Du reste, que le souverain s'appelle roi, empereur, assemblée ou nation, ne reconnaissons à personne un pouvoir aussi exorbitant sur les hommes. Dieu seul a ce pouvoir, parce que seul il est la justice, il est le droit, il est la sagesse, il est tout ce qu'il doit être. Sa souveraineté aussi est inaliénable ; la transporter à TEtat, ce serait diviniser TÉtat. Autrefois on avait le Peuple-Roi; on parle beaucoup aujourd'hui du Peuple-Souverain ; c'est le Peuple- Dieu qu'il faudrait appeler ce peuple qui a toujours raison, ce peuple à qui tout est permis.
Cette doctrine de l'absolutisme de l'Etat, qui révoltait lorsque le prince pouvait dire : l'Etat c'est moi, a dû au contraire flatter le peuple, lorsqu'on a prétendu faire de tous ses membres autant de souverains ; mais dans un cas, aussi bien que dans l'autre, elle aboutit à l'asservissement. Dans ce double rôle de souverain et de sujet que Jean- Jacques assigne à chaque citoyen de sa république, on n'a pas réfléchi que chacun est souverain pour un infiniment petit et sujet pour le tout ; que le millième ou le millionième de souveraineté de chacun n'est qu'une souveraineté insignifiante, qui ne peut s'exercer que collectivement ; tandis que les entraves à la liberté sont des réalités individuelles que chacun ressent par toute sa personne. Le peuple qui exerce le pouvoir n'est pas toujours le même peuple que celui sur qui on
1. Du Despotisme démocratique, titre ti es caractéristique d'xm chapitre de la France
nouvelle, par Prêvost-Para-