CHAPITRE XXIV
De juin 1762 au 7 septembre 1765.
Sommaire : Affaires de Genève. — I. Rousseau renonce solennellement à ses droits de bourgeoisie. — Représentations adressées au Conseil par les bourgeois de Genève. — Rousseau cherche à calmer les esprits. — Lettres de la Campagne.
H. Lettres de la Montagne. — La question des miracles. — Le droit de représentation et le droit négatif. — Impression des lettres de la Montagne. — Leur introduction clandestine en France. — Les Lettres brOlèes à Paris et à La Raye et interdites à Berne. — Attitude de Genève ; le Conseil, les amis de Rousseau, les ministres. — Lettre de Mably. — Guerre de brochures. — Rousseau prêche la modération. — Les Lettres brûlées à Genève ; nouvelles représentations.
III. Le Sentiment des Citoyens. — Polémique de Rousseau avec Vernes à ce sujet. — Attitude de Voltaire.
IV. Rôle considérable de Voltaire dans les affaires de Genève. — Voltaire veut se réconcilier avec Rousseau. — Rousseau engage ses amis à profiter des bonnes dispositions de Voltaire. — La médiation. — Les Natifs. — Projets d'accommodement. — Blocus de la ville par les puissances médiatrices. — Rousseau' envoie des conseils et des secours. — Ses efforts en faveur de la pacification. — Pacification. — Nouveaux conseils de Rousseau. — Le peuple s'associe à sa joie. — Le Docteur Pansophe. — La Guêtre de Genève.
V. Affaires de Motiers. — Situation de Rousseau vis-à-vis de Monlmollin, son pasteur. — Que devait attendre Rousseau l» de Frédéric; — 2° du Conseil d'État; — 3° des Pasteurs. — La classe des Pasteurs dénonce au Conseil d'Etat les Lettres de la Montagne. — Rousseau promet de ne plus écrire sur la Religion. — Montraollin cherche en \Tiin à se prévaloir des droits de son église. — Rousseau refuse de se présenter au Consistoire. — Le Conseil d'État exempte Rousseau de la juridiclioa du Consistoire. — Triomphe de Rousseau. — 11 s'engage à ne plus écrire. — Publications en sa faveur. — Les Lettres de Dupeyrou. — Nouvelles excitations de Monlmollin. — La Vision de Pierre de la Montagne. — Lapidation de Rousseau. — Son départ de Motiers- Travers. — Enquête du chAtelain. — Nouveaux désordres. — Mécontentement du Roi contre les Pasteurs.
VI. Projets de départ de Rousseau. — La communauté de Couvct lai offre un asile. — Dernière lettre de Dupeyrou. — Embarras de Monlmollin. — L'issue de ces démêlés ne satisfit personne. — Nouveau rescrit du Roi de Prusse.
LJl vie et les (EUVBES de JEAN-IACQUES ROUSSEAU. 279
De toutes les condamnations et de toutes les disgrâces qu'attirèrent à Rousseau ses derniers écrits, aucune ne le blessa aussi cruellement dans ses affections et dans son amour-propre que celles qui partaient de Genève. Être condamné par sa patrie, être chassé ou forcé de s'exiler de sa patrie, était à ses yeux un malheur sans égal. Il en gémissait pour lui ; il n'en gémissait guère moins pour son injuste et ingrate patrie. Car il était persuadé qu'il avait rendu à Genève les plus grands services. Ne venaitil pas de faire encore pour elle son Contrat social? Ne la rendait-il pas participante de sa gloire ? Le Contrat social était, à la vérité, un bienfait dont elle se serait bien passée ; mais précisément, Rousseau ne lui pardonnait point le peu de cas qu'elle en faisait. Il reprochait au Conseil ses arrêts, à ses ennemis leurs intrigues, à ses amis môme leur indifférence et leur mollesse. D'après la Constitution de Genève, tout citoyen qui croyait la loi violée ou qui improuvait la conduite des magistrats avajit le droit de faire des représentations au Conseil. Au lieu des lettres banales qu'on lai écrivait, au lieu des témoignages de condoléance, sans aboutissant possible, qu'on lui donnait, pourquoi avait-on reculé devant ce moyen légal et pratique? Aussi Jean- Jacques se détachait chaque jour davantage de Genève. « Renoncerez-vous à une patrie indigne de vous, » lui écrivait Moultou, aussitôt après l'arrêt du ConseiP. Il est vrai que par ces mots, Moultou entendait plutôt un exil volontaire qu'une renoncia-