Lettres delà Campagne, lettre I
Mais, en cas de doute, disent les représentants, le Petit Conseil est tenu de porter la question devant le Conseil général. Oui, mais qui sera juge du doute? Si ce sont les représentants, ne voit-on pas qu'il s'en trouvera toujours quelques-uns qui douteront; que ce droit donné à quelques citoyens de mettre chaque jour en question la Constitution et les lois est exorbitant, et qu'il y a encore moins d'inconvénient à laisser le Petit Conseil juge des cas où il faut avoir recours au Conseil général ? Quoi qu'il en soit, tant qu'une loi n'aura pas détei*miné quel doit être le nomlire des réclamants, le Petit Conseil restera en possession de son droit négatif \
Tronchin avait écrit une petite brochure, Rousseau mit un an à préparer sa réponse et répliqua par un livre. Nous avons vu qu'il avait prévu l'effet des représentations ; qu'il les avait blâmées, tout en ajoutant qu'il voulait se retirer de la lutte et décliner toute responsabilité ; ses Lettres de la Montagne étaient un éclatant démenti à cette pacifique déclaration. De la manière dont elles étaient faites, elles ne pouvaient en effet manquer de peser d'un énorme poids sur la suite des événements. Ce n'est pas en racontant, et dans quel style ! toute l'histoire de ses condamnations, les injustices dont il avait été l'objet, les outrages qu'on lui avait fait subir; ce n'est pas en défendant, avec la passion qu'on lui connaît, les droits de la bourgeoisie ; ce n'est pas en