Lettre à Rey, 8 octobre
— 2. Lettre de Philibert Cramer à Bomseau, citée par Gabb- &BL, Bousseau et les Genevois, chap. Il, §5.-3. Lettre de Af »• Latour à Rousseau, 2\ février, et Réponse de Rousseau,
iO mars 1765. — 4. Lettres de 3f m» Latour à Rousseau, i 9 mars, 22 avril, 18 mai, 3 juillet ; de jfae Prieur, amie de M^* Latour^ 6 août 1765; Réponse de Rousseau, 11 août 1765.
trouva tiraiUé entre le désir et, pour ainsi dire, la nécessité de Tadmiration et son amour pour la patrie. « Vos Lettres de la Montagne, écrivait-il à Rousseau, sont les gémissements d'un héros... Mais quel sera parmi nous Tefifet de votre livre? Dieu seul sait si vous l'effacerez ud jour avec vos larmes, ou si votre patrie vous devra des autels *. » Rousseau avait parlé avec faveur de la médiation des puissances, et avait même compté dessus, pour se faire bien voir de la France '. Moultou apprécie la médiation à un tout autre point de vue : « Des Français, des Bernois, avec leurs principes, sont toujours à craindre, et les ennemis de la bourgeoisie ont des amis très puissants parmi eux. » Malgré ces réserves, s'il avait su que son ami travaillât contre les miracles, il lui aurait foui*ni des textes. Quoique Moultou ne fit plus partie à cette époque de la compagnie des pasteurs, un tel élan de cœur est assez singulier de la part d'un ministre du Saint Évangile '.-
Du reste, le secours de Moultou était bien inutile dans l'affaire et n'aurait été qu'un scandale de plus. Jamais la Réforme et ses ministres n'avaient été plus maltraités par un coreligionnaire. Rousseau les montre depuis l'origine , et sans excepter Calvin, leur père à tous , comme des inquisiteurs sévères , devenant bientôt de persécutés persécuteurs; — voulant malgré leur principe du libre examen, tout décider, tout régler, prononcer sur tout, chacun proposant mddestement son sentiment pour Tim-
1. Lettre de Moultou à Rous^ seau, 23 novembre t764. — 2. Lettre à Rey, 27 août 1764. —
3. Lettre de Moultou à Rousseau^ 31 janvier et 16 février 1765.
poser, à tous les autres; — suivant leurs passions plus que leurs principes ; — hérétiques jusque dans leur dure orthodoxie ; — méconnaissant et n'aimant plus leur religion; — avec leur ton risiUement arrogant, avec leur rage de chicane et d'intolérance, ne sachant plus ni ce qu'ils croient, ni ce qu'ils veulent, ni ce qu'ils disent. Puis « quand ils auront bien discuté, bien chamaillé, bien ergoté, bien prononcé; tout au fort de leur petit triomphe, le clergé romain, qui maintenant rit et les laisse faire, viendra les chasser^ armés d'arguments ad hominem sans réplique, et les battant de leurs propres armes, il leur dira : Cela va bien ; mais à présent, ôtez-vous de là, méchants intrus ; vous n'avez travaillé que pour nous. » Et un peu plus loin (nous ne citons que quelques lignes ; mais le passage mériterait d'être lu tout entier) : « Quand les premiers réformateurs commencèrent à se faire entendre, l'Église universelle était en paix ; tous les sentiments étaient unanimes; il n'y avait pas un dogme essentiel débattu parmi les chrétiens. Dans cet état tranquille, tout à coup deux ou trois hommes élèvent leur voix et crient dans toute l'Europe : Chrétiens, prenez garde à vous ; on vous trompe, on vous égare, on vous mène dans le chemin de l'Enfer ; le Pape est l'antechrist, le suppôt de Satan ; son Église est l'école du mensonge. Vous êtes perdus si vous ne nous écoutez... U n'était pas naturel que les catholiques convinssent de l'évidence' de cette nouvelle doctrine, et c'est aussi ce que la plupart d'entre eux se gardèrent bien de faire. Or, on voit que la dispute étant réduite à ce point ne pouvait plus finir et que chacun devait se donner gain de cause ; les protestants soutenant toujours que leurs interpré-
talions et leurs preuves étaient si claires qu*il fallait être de mauvaise foi pour s'y refuser; et les catholiques^ de leur côté, trouvant que les petits arguments de quelques particuliers, qui même n'étaient pas sans réplique, ne devaient pas l'emporter sur l'autorité de toute TÉglise, qui, de tout temps, avait autrement décidé qu'eux les points débattus*. »
On avait autrefois accusé le Conseil d'avoir agi sans l'avis, du Consistoire, et dans la circonstance actuelle, celui-ci, malgré le désir des magistrats, avait d'abord évité de dénoncer officiellement les Lettres^. Après de telles paroles, il devenait évidemment impossible aux pasteurs de garder la même attitude de neutralité presque bienveillante. Rousseau avait fini par lasser leur affection. Attaqués dans leur caractère et dans leur foi, il déclarèrent que le Magnifique Conseil n'avait donné aucune atteinte à leurs droits , et que leur silence devait être regardé comme une preuve non équivoque de leur approbation *. Il y en eut qui adressèrent individuellement leurs doléances à Rousseau*.
Citons encore dans le même sens, quoique ne venant pas de Genève, le dur jugement adressé par Mably à M""" Saladin : « Voilà toutes mes idées bouleversées sur le compte de Rousseau. Je le croyais honnête homme. Je croyais que sa morale était sérieuse ; qu'elle était dans son cœur et non au bout de sa plume. Il me faut prendre malgré moi une autre' façon de penser, et j'en suis affligé... Mais cet homme finit par être une espèce de con-
1. Lettre IL — 2. Lettre de MovXtou à Rousseau, 30 janvier 17655. — 3. SayOUS, 1. 1, ch. VIII ;
extrait du RecuHL Cramer, — 4. Gâbbrel, Rousseau et Us Genevois, ch. m, § 7.
juré. Est-ce Érostrate qui veut brûler le temple d'Éphèse? Est-ce un Gracchus? etc*. »
On fit circuler cette lettre à Genève. Jean- Jacques déclara qu'il aimait trop Mably pour croire qu'il en fût Fauteur et prît le parti de le lui demander à lui-même*. « Il est très vrai, lui répondit Mably, qu'une personne de mes amies, m'ayant parlé des troubles que votre dernier ouvrage causait dans Genève, je lui ai fait la réponse dont on vous a envoyé l'extrait.. . J'en voudrais corriger quelques expressions. Je vous ai plaint comme Socrate, mais Socrate, pour se venger de ses juges, ne tenta pas d'exciter une sédition à Athènes ^.. »
On dirait que Rousseau comprit ces avertissements. Ce n'était pas la première fois d'ailleurs-, qu'après avoir fait un coup d'éclat, il se retirait sous sa tente ; il se mit donc à prêcher, quoique un peu tard, la modération à ses amis. Sagesse et fermeté, telle était sa devise*. Mais, plusieurs, plus touchés par ses exemples que par ses paroles, n'en continuèrent pas moins leurs agissements. Les brochures recommencèrent à paraître. Tronchin répliqua avec sa modération ordinaire aux Lettres de la Montagne *. On lui répondit ; des réponses furent faites à ces réponses ^ Parmi ces brochures, il en
l. Lettre de Mably à Af»» Saladin, 11 janvier 1765. — 2.
Lettres à Ai"» de Chenonceaux et à Vabbé de Mably, 6 février; à MoultoUy 7 février 1765. — 3. Réponse de Mably à Rousseau, Il février 1765. Les Confessions renferment, au sujet de la Lettre de Mably quelques erreurs. — 4. Lettres à
d'ïvemois, 7 et 17 janvier, 22 février, 22 avril; à Chappuit, 2 février; à Lenieps, 8 février; à Deluc, 25 janvier, 24 février; àMoiUtou, 18 février 1765. — 5.
Lettres populaires, 1765. — 6.
Réponse aux lettres populaires , 1765. — Remarques d'un ministre de VÊvangile sur la II 1^ lettre de la Montagne, 1765.
est une, Le Sentiment des citoyens y qui eut une importance réelle.
Le gouvernement, à la fin, devenait difficile. Le Conseil, nommé à une très faible majorité, et jaloux de ne garder le pouvoir que dans des conditions de dignité et de sécurité satisfaisantes, prit le meilleur moyen pour se l'assurer, il* offrit d'abdiquer et fit une sorte d'appel au peuple. « Nous nous faisons un plaisir, répondirent les citoyens, de déclarer publiquement que nous honorons le Magnifique Conseil ; chacun de ses membres est digne de notre estime et de notre confiance. Toujours assurés de ces sentiments, nous supplions Messieurs de vouloir bien revenir en arrière au sujet du sieur Rousseau, des tribunaux sans syndics, et des emprisonnements préventifs *. » Le parti des Représentants se montrait modéré mais il ne cédait pas. Genève put, jusqu'à un certain point, être fière de ces citoyens; jamais mouvements populaires ne s'étaient passés avec autant de tranquillité ferme et polie. Il est vrai qu'à Genève, le peuple n'était qu'une petite partie choisie de la population.
Le Conseil, enhardi peut-être par ce demi-succès, crut qu'il pouvait user de rigueur ; les Lettres furent alors brûlées ; mais cet acte ne fit que réveiller Tardëur des partisans de Rousseau. Des représentations plus nombreuses que jamais se renouve-
— Lettres de la Plaine, par Tabbé Sigonnb, 1765. — Considérations sur les miracles, par Glarapèdb, 1765. — Examen de ce qui conceime le Christianisme, sa réformation évangélique , et les ministres de Genève dans les
deux premières lettres de Jean-- Jacques Rousseau, par Ybrnbs, 1765. — Sentiment des citoyens, 1764. — Sentiment des jurisconsultes, 1765. — 1. Gabbrbl, Rousseau et les Genevois, ch. il,
lurent aussitôt. « Vous avez eu , écrit Moultou , la couronne des martyrs. Onze cents citoyens Tont posée jeudi sur votre tète. Qu'ils brûlent à présent; c'est trop tard. » Et les Représentants auraient sans doute poussé plus loin leurs protestations , si , contrairement aux idées de Rousseau, ils n^avaient craint par-dessus tout un appel aux Puissances. « Je n'ai jamais eu tant de terreur, continue Moultou , les rues étaient pleines de citoyens consternés et semblaient désertes par leur silence. Tout le monde voyait le danger et personne ne savait comment on
pourrait Técarter Il n'y a pas dans nos annales
une journée aussi mémorable que celle de jeudi. C'est un chef-d'œuvre de politique et une chose sublime. Que votre nom va grand à la postérité ^ »
in
Nous venons de parler du Seniime?U des citoyens. Cette brochure parut quelque temps après les Lettres de la Montagne. Elle était, comme la plupart des autres, sans nom d'auteur. Jean-Jacques n'hésita pas à l'attribuer à Jacob Yernes, membre influent du Consistoire et autrefois son ami \ Elle était en réalité de Voltaire ; mais on fut longtemps sans le savoir. C'était un infâme libelle, plus riche d'mjures que de raisons, attaquant la vie privée de Rousseau presque autant que ses ouvrages et sa vie publique. Comme si ce n'était pas assez de l'outrager, on y dénonçait l'auteur de VÉmile à la rigueur des
1. Lettre dt MouUou à Rous- | Lettre à Bey,3i décembre iTQ^ seau, 13 février 1765. — 2.
loîi^ : « Il faut lui apprendre, disait-on en finissant, que, si on châtie légèrement un romancier impie, on punit capitalement un vil séditieux. » Rien de plus singulier, étant donné le nom de l'auteur, que rintérèt qu'on y portait à l'orthodoxie protestante, les termes touchants dans lesquels on y parlait des pasteurs, la sainte horreur avec laquelle on repoussait les blasphèmes et les impiétés de V Emile, rhypocrisie avec laquelle on racontait la vie de débauche de Jean-Jacques, sa conduite avec la malheureuse qu'il avait entraînée dans ses désordres, le sort qu'il avait fait à ses enfants. Cet écrit, qui excita partout l'indignation, obtint pourtant un certain crédit auprès des femmes de Motiefs, à cause du mal qu'on y disait de Thérèse ^ Il parait qu'à Motiers personne ne s'était douté jusqu'alors de la nature des rapports qui existaient entre Jean- Jacques et sa servante. MontmoUin lui-même, le pasteur du village, aurait-il dit : Ses mœurs sont saîis reproche, s'il avait connu la vérité ? D'après un auteur*, on aurait, en arrivant, fait toute une histoire pour sauver les apparences. Dans ce pays simple et religieux, qui tenait encore à la régularité des mœurs, les indiscrétions du libelle étaient capables de perdre le malheureux Jean-Jacques. Les détails intimes dans lesquels on entrait lui persuadèrent, sans autre preuve, que M""" d'Epinay en avait fourni les matériaux, et il résolut dès lors de s'en venger*. D'un autre côté, il y crut reconnaître le style de Vernes, que l'auteur inconnu avait en effet assez bien imité ; rien après cela ne put l'arracher à son
1. Lettre à Dupeyrou, 14 fé- 1 ch. xiii, p. 3i0. — 3. Lettre à vrier 1765. — 2. G. Maugras, | Duclos, 13 janvier 1765.
DE ' JEAN-JACQtJES ROTJSSEAr . 306
erreur. Les représentants brûlèrent le libelle ; le Conseil, afin de montrer sa répulsion pour de semblables procédés de polémique, ajourna toute mesure de rigueur contre les Lettres de la Montagne. Vernes, mis en demeure de s'expliquer, se défendit avec rindignation de ITiomme injustement accusé. Jean- Jacques, incapable d'admettre qu'il se fût trompé, mais forcé à la fin de garder pour lui ses soupçons, ne rougit pas d'en perpétuer le souvenir dans un écrit posthume qui témoigne plus de son esprit inventif et subtil que de son honnêteté et de son jugement*. Peut-être pourrait-on trouver le secret de l'animosité de Rousseau dans les ouvrages de polémique honnête et raisonnée que Vernes avait publiés contre lui, et qui lui avaient valu les félicitations du Conseil '.
Quelques années après, on voulut ménager une entrevue entre les deux adversaires. Jean-Jacques s'y refusa : « Qu'il prouve, dit-il, et je suis à ses pieds. » Comme si c'eût été à Vernes qu'incombait l'obligation de prouver *.
Que faisait Voltaire pendant que s'échangeaient entre Vernes et Rousseau la plus pénible correspondance? Voltaire laissait bravement accuser un innocent d'un acte dont il était seul coupable ; Voltaire riait de bon cœur avec sa coterie « des effets de cette pomme de discorde entre un déiste et un croyant *. » Dire du mal de Jean- Jacques , lui faire
1. Déclaration de J.-J, Bouseeau relative à M. le pasteur Vernes, Aux Œuvres, Voir en ouLre, Lettres de Bousseau à Duchesne, 6 et 20 janvier, 3 et 5 février ; à Lenicps, 3 février
1765. — 2. Begistre des délibérations du Conseil d'Étal de Genève, 2 août 1763. — 3. Lettre à d'Ivemois, 20 juillet 1765. — 4. DbluC, Lettres sur Vhistoire physique du globe, p. GXII.
SO
faire une sottise en l'engageant sur une fausse piste, laisser peser l'odieux de TaSaire sur un ministre de la religion, que de bonheurs d'un coup! « Je croyais vous avoir maodé, écrit-il à Damilaville, que la petite brochure est d'un nommé Veraes ou Vemet. On dit que ce n'est qu'une feuille oubliée presque en naissant. Ce ministre Yernes a écrit une autre brochure contre Jean-Jacques, oubliée tout de même. Je n'ai vu ni l'un ni l'autre écrit, Dieu merci*. »
Le motif qui avait poussé Voltaire à écrire le libelle n'était pas bien difficile à saisir. Outre sa haine habituelle, il avait alors une vengeance actuelle à satisfaire. Jean-Jacques ne s'était-il pas avisé, dans ses Lettres de la Montagne, d'attribuer publiquement à Voltaire le Sermon des Cinquante^ t Ne l'exposait-il pas ainsi à la rigueur des lois? « Est-il possible, Madame, écrit Voltaire à M"° de Luxembourg, qu'un homme qui se vante de votre protection joue ainsi le rôle de délateur et de calomniateur? Il n'est paB d'excuse sans doute poui* une action si coupable et si lâche*. » Inutile d'ajouter que Voltaire était bien l'auteur du Sermon des Cinquante ; tout le monde le savait, le gouvernement seul avait l'air de l'ignorer. Mais Voltaire n'était-il pas le plus eflfronté de ces hommes qui « sont dans l'usage d'avouer leurs livres pour s'en faire honneur, et de les renier pour se mettre à couvert, » de sorte que « le même homme sera
1. Lettre de Voltaire à Damiîaville, 15 janvier 1765. Voir aussi sa lettre à Mouliou, 7 avril 1765. — 2. Lettre V. .— 3. Lettres de yoUaire à Jlf ™« de Luxem-
bourg, 9 janvier 1765 ; à Dami-laville, 12 janvier 1765. Voir aussi Lettre à d'Alembert, 9 janvier, et à d^Argental, 10 janvier 1765.
DK JEAN-JACOUES ROUSSEAt.
Tauteùr ou ne le sera pas devant le même homme, selon qu ils seront à Taudience ou dans un souper*. » Et Voltaire, par un prodige d'impudence, n'accuse-t-il pas Rousseau d'avoir, au moment même où il le dénonçait, fait imprimer le $ermon des Cinquante par Rey, son libraire d'Amsterdam ' ?
Si Voltaire était en partie couvert par ses mensonges, il ne l'était pas moins par une sorte de connivence des magistrats. Cette différence de traitement entre lui et Rousseau ne laissait pas parfois que de mettre le Conseil dans l'embarras ; . le vrai motif, qui était la crainte de la France, étant difficile à avouer.
Voltaire était en veine de calomnier. Rousseau, afin de montrer les égards qui sont dus à un auteur incriminé, avait dit dans ses Lettres de la Montagne qu'ayant commencé une réfutation du livre de l'Esprit d'Helvétius, il avait jeté ses feuilles au feu à l'instant même où il avait appris qu'Helvétius était poursuivi. Si, plus tard, il dit son sentiment sur le même sujet, ce fut sans nommer le livre ni Fauteur*. Et MontmoUin. le pasteur de Motiers, expliquant peut-être ces dernières paroles, déclara que Rousseau lui avait affirmé avoir eu en partie pour but dans son Emile « de s'élever, non directement, mais assez clairement, contre l'ouvrage infernal de l'Esprit \ »
Il n'en fallut pas davantage à Voltaire pour dresser toute tme accusation : « Il vient d'être avéré, dit-il, que, pour être admis à la communion des
i. Lettres de la Montagne, lettre V. — 2. Lettre de Voltaire à Damxlaville, 31 décembre 1764. — 3. Lettre M, note.
— 4. Réfutation du libelle (de Dupeyrou) en faveur de Rous-' seau. Lettre de MontmoUin, 13 juin 1765.
fidèles dans le village où il aboie, il a promis par un écrit signé de sa main qu'il écrirait contre le libelle abominable d'ffelvétius. Son curé, avec lequel il s'est brouillé, comme avec le reste du monde, a été obligé de faire imprimer cette belle pronlesse ^ » Et ce qui le rend encore plus coupable, ajoute Voltaire, c'est qu'il avait reçu dans le temps quelqfues louis d'Helvétius'. A une affirmation si précise, Rousseau ne put qu'opposer un démenti. Il n'avait rien promis, rien signé ; on faisait dire à MontmoUin plus qu'il n'avait dit ; enfin on sait qu'il n'était pas facile de lui faire accepter des louis ^.
Cependant Jean-Jacques, eu disant qu'il avait brûlé ses feuilles, ne disait pas toute la vérité. Il avait en réalité gardé l'exemplaire du livre d'Helvétius, avec ses notes de réfutation aux marges. Il l'avait même vendu, avec d'autres livres, à Dutens, mais en lui recommandant de n'en rien publier. Ces notes furent communiquées à Helvétius, qui se proposait d'y répondre, quand il fut frappé par la mort*.
Ce n'est pas sur des notes sans liaison, souvent sur de simples boutades, qu'il est possible d'asseoir un jugement définitif, principalement quand il s'agit
1. Lellre de Voltaire à d*Argenlal,U septembre 17^. Voir aussi Lettre à Damilaville, 10 auguste 1765. — 2. Utlres de Voltaire à d'Alembert, 28 auguste, 18 septembre, 16 octobre 1765 ; à M, de Pézai, 22 décembre 1766; de d'Alembert à Voltaire, 7 octobre 1765. —