‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 82 sur 158 · Œuvres de Diderot, édit · texte numérisé non relu

Œuvres de Diderot, édit

Assezat, t. I. — 2. Ch. viii.

— 3. Lettres de Voltaire à Damilaville, 16 octobre; à d*Argental, 13 novembre 1763. 11 serait trop long de citer la

correspondance de Voltaire sur les affaires de Genève.

De 1765 à 1768 U n'y a pas de sujet sur lequel il revienne aussi souvent dans toutes ses lettres.

son devoir et se borne à mettre en présence les adversaires, espérant qu'ils ne se verront pas longtemps sans sWntendre. Son amour pour la paix ne lui fait pas oublier toutefois son ressentiment contre Jean -Jacques. En toute occasion, il veut s'appliquer à prendre le contrepied de Jean-Jacques, à se montrer, comme il le dit quelque part « un petit anti- Jean-Jacques '. » « Mon devoir et mon goût, écrit-il, sont de jouer un rôle directement contraire à celui de Jean-Jacques : Jean-Jacques voudrait tout brouiller, et moi, comme bon voisin, je voudrais, s'il était possible, tout concilier". »

Mais il eut beau offrir ses services à tout le monde^ même à ceux qui ne voulaient pas les accepter, donner des dîners, faire trinquer les citoyens avec les magistrats, proposer des plans de pacification^ « jeter de Teau sur les charbons de Jean-Jacques » et se rendre le témoignage que, si tout s'est passé, se passe et se passera avec la plus grande tranquillité, il n'a pas peu contribué à la bienséance que les citoyens ont gardée dans toutes leurs démarches, personne, autre que lui seul, ne crut à ces hauts faits.

L'ardeur de conciliation et de réconciliation de Voltaire s'étendit jusqu'à Jean-Jacques lui-même. Il parla d'un rapprochement à d'Ivernois, qui en rendit compte à Rousseau. « Il parait, écrivait d'Ivernois, avoir pris cœur à nos droits. Nous sommes certains qu'il écrit en notre faveur et que, loin de nous faire du mal, il ne nous fait que du bien... Il m'a fait demander deux fois , mais je ne veux point

1. Lettre de Voltaire à d'Argénial, 14 décembre 1765. — 2. Lettres de Voltaire au mar'

quis de Florian, l»*" novembre 1165 ; à d'Argental, 17 janvier

y aller '/je préfère rester che^ moi. Il a témoigné à plusieurs reprises grande envie de se réconcilier avec vous^ » Yoici la réponse de Rousseau : « Je reçois, mon bon ami, votre lettre du 23. Je suis très fâché que vous n'ayez pas été voir M. de Voltaire. Avez-vous pu penser que cette démarche me ferait de la peine ? Que vous connaissez mal mon cœur ! Eh ! plût à Dieu qu'une heureuse réconciliation entre vous, opérée par les soins de cet homme illustre, me faisant oublier tous ses torts, me livrât sans mélange à mon admiration pour lui ! Dans les temps où il m'a le plus cruellement traité, j'ai toujours eu beaucoup moins d'aversion pour lui que d'amour pour mon pays. Quel que 45oit l'homme qui vous rendra la paix et la liberté, il me sera toujours cher et respectable. Si c'est Voltaire, il pourra, du reste, me faire tout le mal qu'il voudra : mes vœux constants, jusqu'à mon dernier soupir, seront pour son bonheur et pour sa gloire*. »

Nous citons cette lettre comme un des monuments les plus honorables de la vie de Rousseau. Elle montre que son amour pour son pays était sincère, que son désir de réparer le mal des Lettres de la Montagne était véritable. Il dut assurément lui en coûter d'engager ses amis à se jeter dans les bras d'un homme qu'il avait tant de motifs de détester. Il fit là un acte de vertu dont on doit le louer sans réserve.

Quand d'Ivernois rapporta la lettre de Rousseau à Voltaire, celui-ci en parut fort impressionné. « Il faut, dit-il, faire revenir ici M. Rousseau. Faites-lui

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