‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 97 sur 158 · Lettre à Hume, 23 juin · texte numérisé non relu

Lettre à Hume, 23 juin

— /i. Lettre de Milord Maréchal à Rousseau, mars 1766.

d'État), de lord Maréchal et de moi*. Il ne savait pas que Rousseau refusait bien moins la pension que la main par où elle devait passera »

Cependant si les humeurs sombres et les singularités de Rousseau avaient laissé Hume assez froid^ U finit par se sentir piqué de n'avoir reçu pour prix de son amitié, de son dévouement et de ses services, qu'une lettre d'injures. Il somma son irrascible ami de s'expliquer. Un infâme calomniateur l'a-t-il noirci auprès de lui? Qu'il le nomme; des reproches vagues et généraux ne disent rien ; qu'il prouve ses plaintes et ses griefs^.

Rousseau mit trois semaines à répondre. Ce n'était pas trop, si l'on considère la longueur et les détails de sa lettre. C'était un acte d'accusation en forme, dressé avec un art infini. Rien n'était oublié; il n'y avait pas de fait si minutieux, et, quand les faits venaient à manquer, pas de circoYistance si insignifiante qui n'y eût sa place marquée. Airs, tons, manières, sous-entendus s'y trouvaient alors arrangés de façon à tenir lieu de faits et de preuves. La plupart des événements que cette lettre rapporte, petits et grands, sont déjà connus. On y voit la prétendue jalousie de Ilume contre les prévenances du prince . de Conti qui n'étaient pas à son adresse, le fameux rêve de Roye, les efforts de Hume pour déshonorer et perdre son ami de réputation, même auprès de Davenport, les changements subits opérés à son endroit dans l'opinion des Anglais, les invectives et les fausses nouvelles des feuilles publiques , les

i. Lettres de Hume à Rousseau, 3 mai; à JW™« de Boufflei's, 16 mai 1766. — 2. Lettre de Hume à Rous.i€au, 19 juin 1766; dans

VExposé succinct de HUMB. — 3. Lettre de Hume à Rousseau, 26 juin 1766.

à96 LA VIE ET LES OEUVRES

soins hypocrites et les mépris réels de tous les amis de Hume, ses flagorneries et ses ridicules flatteries, ses curiosités indiscrètes, ses espionnages, ses regards effrayants et la scène de baisers et de larmes qui s'ensuivit, les lettres interceptées ou violées, Tamitié de Tronchin soigneusement entretenue, enfin les retards apportés à l'impression des lettres de Dupeyrou. Chemin faisant, Rousseau, tout en paraissant exalter les services de Hume, ne manquait pas d'insinuer qu'au fond il n'avait pas besoin de lui. On pense bien que, dans ce long factum, la lettre du Roi de Prusse devait tenir une large place. Il convenait à son plan qu'elle fût de d'Alembert ; donc elle était de d'Alembert , ami de Hume, et Walpole, autre ami de Hume, n'était qu'un prête-nom, et Hume se faisait en Angleterre l'agent du complot dont le foyer était à Paris , et Hume, pour exécuter ce complot, ne ménageait ni les trahisons ni les infamies.

Par une fâcheuse coïncidence, au même moment, Jean-Jacques apprenait que Voltaire l'accusait d'avoir été valet de Montaigu ; Hume et Voltaire avaient assurément dû se concerter. Puis la lettre au docteur Pansophe paraissait et était traduite en anglais ; il n'était pas douteux que le cher patron ne fût un des fauteurs de cette publication. Enfin, deux autres écrits satiriques étaient imprimés dans les feuilles anglaises et rapportaient des faits connus de Hume serul. On sut depuis que ces libelles avaient pour auteur un Suisse établi en Angleterre, nommé Deyverdun*. Hume déclara qu'il en ignorait jusqu'à l'existence ; il n'en fut pas moins certain,

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