V. Nietzsche et Stendhal
Nos lecteurs n'ont pas oublié la remarquable appréciation de Nietzsche qui figure dans l'ouvrage intitulé : Par delà le Bien et le Mal. Voici un nouveau paragraphe extrait d'Ecce Homo, dont la publica-
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tion dans le Mercure de France a excité un si grand intérêt,
« Stendhal est un des plus beaux hasards de ma vie, car tout ce qui fait époque chez moi m'a été amené par le hasard et nullement par des recommandations. Il est absolument inappréciable à cause de sa psychologie qui anticipe, à cause de son art de saisir les faits, un art qui rappelle celui du plus grand des réahstes (ex ungue Napoleonem), — enfin, et ce n'est pas là sa moindre qualité, comme honnête athée — une espèce rare en France et que l'on a de la peine à découvrir — honneur soit rendu à Prosper Mérimée !... Peut-être suis-je même jaloux de Stendhal ? Il m'a enlevé l'une des meilleures plaisanteries d'athée que j'aurais pu faire : « La seule excuse de Dieu, c'est qu'il n'existe pas... » Moi-même j'ai dit quelque part : « Quelle fut jusqu'à présent la plus grande objection contre l'existence ? Dieu. »
Plus loin, Nietzsche ajoute : « Quand, à l'occasion je vante Stendhal comme un psychologue, il m'est arrivé que des professeurs d'université allemande me demandent d'épeler son nom... »
On pourrait rapprocher de cette réflexion la réponse qui fut faite à M. Cheramy, sollicitant une souscription, pour le monument de Stendhal, dans certains milieux mondains ; « Quelle singulière idée vous avez de vouloir qu'on élève une statue dans Paris, à un Allemand ! »
Cf. Michel Aube. — Nietzsche et la France. — Le Figaro, 26 août 1909.