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CHAPITRE XVII

UN VÉTÉRAN DU BEYLISME

M. Albert Collignon.

Parmi les historiens de Stendhal, M. Collignon figure au premier rang, après Romain Colomb et Prosper Mérimée qui doivent être mis à part. La Notice de Colomb fut, en effet, la source mère où vinrent puiser tous les biographes d'Henri Beyle, et Mérimée ajouta, à cette précieuse notice, une collection d'anecdotes, plutôt qu'un chapitre de biographie et de critique... C'est donc bien à M. Collignon que nous devons le premier travail d'ensemble qui ait été publié sur l'auteur de La Chartreuse de Parme.

L'Etude de M. Collignon parut en 1869, sous le titre : U Art et la Vie de Stendhal, un volume in-8°, et l'unique édition fut si rapidement épuisée, que l'auteur en rechercha longtemps un exemplaire pour son usage personnel.

Dans un de ses « Petits Mardis Stendhaliens »,

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M. Léon Bélugou a rappelé l'accueil très favorable que Sainte-Beuve fit à ce livre, par une lettre adressée à l'auteur, le 27 juillet 1869 et dont M. Bélugou a cité l'essentiel pour l'œuvre de M. Collignon. Entre autres choses intéressantes, cette lettre nous montre Sainte-Beuve faisant, en quelque sorte, amende honorable envers Beyle, avec une grâce attendrissante : « Combien je regrette de n'avoir pas senti tout cela alors... Mais on était jeune, distrait, dédaigneux, et Beyle, que j'appréciais tant, dont les moindres mots me semblaient à recueillir et une riche matière à réflexion, ne me paraissait pourtant pas (je vous le confesse ingénument) devoir devenir un si grand homme. Et pourtant cous avez raison... »

Donc, le tome I^"^ de UArt et la Vie de Stendhal eut, à son apparition, les honneurs du véritable « Prince de la critique ». Et ce fut justice. Si l'exposé biographique est forcément incomplet aujourd'hui, c'est que l'auteur n'eut pas à sa disposition le Journal) la Vie de Henri Brulard et les Souvenirs d^Egotisme, qui projetèrent, vingt ans plus tard, une si vive lumière sur l'existence d'Henri Beyle. En revanche, le chapitre consacré à La Philosophie de Stendhal, le plus remarquable à nos yeux, demeure intact et n'a pas été surpassé, ni même égalé de nos jours.

L'ouvrage de M. Collignon, qu'il eut la modestie de ne pas signer, devait comporter deux volumes.

Mais le tome I^'^ fut seul publié ; nous en avons donné ailleurs la composition ^.

M. Bélugon se fit l'interprète des lecteurs, en déplorant ainsi cette lacune : « Il est permis de regretter que l'auteur n'ait pas publié le deuxième volume qui devait embrasser l'œuvre de Stendhal, car certainement, si l'on en juge par le premier, M. Collignon aurait trouvé à dire des choses intéressantes, et l'on aurait au moins, sur Beyle, une monographie qui manque encore à l'heure qu'il est. » (1895.)

Eh bien, il existe aujourd'hui une édition du second volume. Mais cette édition est rarissime et elle oiïre ceci de particulier, c'est que les quatre exemplaires qui la composent sont... manuscrits tous les quatre. Voici, à cet égard, la notice qui figure sur notre exemplaire : « Il existe quatre manuscrits du tome II de UArt et la Vie de Stendhal : celui de l'auteur, écrit entièrement de sa main ; un double qu'il a fait exécuter, pour son usage, par un maître d'école ; une copie calligraphiée par A. Paupe, en 1904 ; et une autre copie, également calligraphiée par les soins de M. Paul Guillemin, en 1905. »

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