‹ La vie littéraire de StendhalChapitre 92 sur 127 · Histoire des Œuvres de Stendhal, p · texte numérisé non relu

Histoire des Œuvres de Stendhal, p

UN VETERAN DU BEYLISME

Cette notice fera sourire quelques lecteurs, qui verront dans les « deux copies » un trait singulier de fanatisme. Mais d'abord, on est collectionneur ou on ne l'est pas, et qui veut la fin veut les moyens. Or, lorsqu'un document intéressant fait défaut dans sa bibliothèque, faute d'avoir été imprimé, le collectionneur stendhalien n'hésite pas. Il s'improvise éditeur : une plume, de l'encre, un peu de patience et beaucoup de papier... et le document « rentre au bercail ». N'est-il pas vrai, mon cher Guillemin ? Et nous n'en tirons pas vanité, le procédé étant à la portée de tout le monde.

D'ailleurs, notre « stendhalisme » est bien pâle, comparé à celui de nos devanciers. Du temps de Léon Chapron, on apprenait Le Rouge et le Noir PAR CŒUR, et malheur à qui se trompait dans la citation d'un alinéa ! ]M. Jean Richepin en sait quelque chose, lui qui avait des faiblesses de mémoire « dès la deux centième page ». Aujourd'hui, nous nous contentons de copier les commentateurs de Stendhal : nous sommes bien dégénérés...

Pour notre part, nous ne regrettons pas le temps que nous avons consacré à la transcription de ce volume de 364 pages in-S^ carré. Et si l'on ne lit bien que la plume à la main, nulle lecture ne fut plus attachante et profitable. Au surplus, l'énoncé de

quelques chapitres du tome II de L'Art et la Vie de Stendhal édifiera nos lecteurs. Après avoir passé en revue les œuvres complètes de Stendhal et répondu aux critiques malveillantes, M. Collignon étudie « l'Influence du tempérament d'Henri Beyle sur son talent et sur son caractère. Pourquoi Stendhal était-il un esprit supérieur ? Ses idées sur l'amour, le mariage et l'éducation des femmes. » Puis ce sont des « Notes sur la philosophie de Stendhal, sur la morale naturelle. La philosophie du bonheur doit se confondre avec la philosophie du devoir », etc., etc.

Le manuscrit se termine par ces lignes : « Fin de l'étude sur Stendhal, ce 12 août 1868. Commencée le 15 juillet 1868. Composée tout entière en 29 jours. »

N'y a-t-il pas là un tour de force littéraire ? Et cet ouvrage qui semble le fruit d'une maturité studieuse et réfléchie a été composé par un jeune homme de 28 ans !

Si l'on veut un aperçu des Notes de M. Collignon, en voici deux, extraites d'un opuscule publié en 1896, sous le simple titre : Notes et Réflexions d'un lecteur.

« Stendhal écrivait pour cinq cents lecteurs ; il choisissait comme héros un séminariste ambitieux et guillotiné. Il ne cherchait pas à surprendre

UN VETERAN DU BEYLISME

l'émotion par des artifices de style ; il fuyait le remplissage descriptif ; il n'intéressait que par la ténuité de son analyse, par la supériorité intellectuelle de ses personnages, et Stendhal est lu aujourd'hui par toute l'Europe intelligente. »

« Esprit pénétrant et logique, Stendhal est habile à distinguer tous les petits faits successifs dont l'ensemble compose une passion. Il aime à dénoncer l'hypocrisie et à discerner dans les âmes le vrai du faux. Ce n'est point par l'art littéraire, par le gracieux embellissement du style qu'il plaît aux esprits réfléchis, mais par sa pénétration, par son sens droit, par sa puissance d'observation délicate, par sa disposition originelle et originale à raisonner juste. Stendhal a continué littérairement, avec invention, la postérité française des Chamfort et des Rulhière, de ces hommes d'esprit qu'il rappelle. »

Puisque nous avons révélé l'âge de M. Collignon, nous devons ajouter qu'il est resté jeune de caractère et d'esprit. Sa conversation, servie par une mémoire prodigieuse, est des plus captivantes ; aussi les heures fuient-elles rapidement, à la villa de Giverny, lorsqu'on a la bonne fortune d'en être l'hôte...

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