STENDHAL ET L HISTOIRE
Les historiens du Consulat de et l'Empire peuvent avoir une certaine reconnaissance envers Stendhal et Casimir Stryienski, car c'est grâce à la Vie de Henri Brulard que deux d'entre eux furent mis sur la voie d'une découverte intéressante. — A la première visite que Stryienski fit à l'un de ces historiens, M. Albert Sorel « Laissez-moi vous remercier avant tout de votre publication des posthumes de Beyle », dit l'historien. « Vous n'imaginez pas le service que vous nous avez rendu, à mon collègue et à moi, car c'est par la Vie de Henri Brulard que nous avons été amenés à chercher pourquoi X... « ai>ait toujours peur », et que nous avons découvert la cause de cette crainte perpétuelle, que Stendhal ne pouvait pas soupçonner. » On sait qu'il s'agit d'un haut dignataire de l'Empire, qui possédait toute la confiance de Napoléon, mais qui avait un faible pour les Anglais, de sorte qu'il leur révélait
les projets de Bonaparte, au moment le plus critique de sa lutte contre l'Angleterre...
L'histoire de cet espionnage fut racontée, à mots couverts, par l'interlocuteur de Stryicnski, dans un recueil de Lectures. Mais son collègue mit les points sur les i, avec une témérité digne d'éloge, dans son... Dominique (de Grenoble), publié en 1902, et c'est ici que la bibliographie intervient. A l'apparition des premiers exemplaires, un membre de la famille X..., ému de cette révélation entachant l'honneur de son ancêtre, alla trouver l'auteur de Dominique et lui demanda une réparation par les armes. L'historien, ne pouvant se battre en duel, offrit de faire arrêter le tirage de l'édition originale et de remplacer par un carton les lignes accusatrices, ce qui fut accepté et fait immédiatement. La famille X... racheta même les exemplaires, réclamés aux libraires, qui furent détruits. D'où une seconde édition mutilée.
Les quelques volumes du premier tirage, sauvés du pilon, pourraient porter l'épigraphe du Rouge et Noir : « La Vérité, l'âpre Vérité »...
D'ailleurs le dernier mot n'a pas été dit sur cette « ténébreuse affaire ». Un troisième historien, très documenté, chercheur infatigable et souvent heureux, pour qui celte affaire n'a plus de secrets, a découvert que « Vamie de Paris » n'est autre que la grand'mère d'un célèbre général de cavalerie mort depuis quelques années...