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LE ROMANTISME DE STENDHAL

En lisant l'intéressante étude de M. Emile Henriot sur la Jeunesse d'un Romantique (Hector Berlioz), je suis tombé en arrêt devant cette phrase : « Ce qui est étonnant, cest quun Stendhal, si passionné de précision, ait donné dans le panneau romantique. » Il me semble qu'une distinction est nécessaire. On sait que Stendhal avait une conception particulière, et bien à lui, de ce qu'il appelait le romanticisme. Dans sa brochure sur Racine et Shakespeare (Lévy. p. 32), il en donne une définition bien connue.

Si, par romantisme, on entend, en deux mots, une exagération de forme et de fond, il est difficile de ranger Stendhal parmi les notoires romantiques.

Au point de vue du style, le Code civil fut l'antidote qui préserva Stendhal de « l'enflure « de son époque, et l'entraîna dans l'excès contraire. On

peut lui reprocher la pauvreté de sa syntaxe^ l'insuflisance de sa palette, mais on le prend difficilement en flagrant délit de boursouflure et d'emphase, péché mignon du romantisme.

Dans l'ordre des faits, les œuvres de Stendhal révèlent quelques accès de ce romantisme, mais ils sont assez rares et ne justifient pas cette affirmation. C'est par exemple, dans la nouvelle San Francesco a Ripa, la mort de l'infortuné Sénecé « que huit coups de tromblon partant à la fois d'une fenêtre... étendirent à côté de son valet ; ils étaient percés de plus de çi?igt balles chacun ». Cette profusion de projectiles pour assurer le trépas de deux hommes étonne un peu, mais l'action se passe en Italie : c'est du romantisme exotique. De même, l'épisode de la tour Farnèse, dans la Chartreuse de Parme et la fameuse évasion de Fabrice à l'aide d'une corde de trois cents pieds, avec tout ce qui s'en suit.

Dans le Rouge et le Noir, Mathilde de la Mole, faisant jeter plusieurs milliers de pièces de cinq francs aux paysans rassemblés pour les funérailles de Julien Sorel, esquisse un beau geste romantique, à coup sûr ! Mais comme ce geste est bien d'accord avec le caractère de Mathilde et son imagination exaltée ! Et quel plus sûr moyen de perpétuer le souvenir de Julien dans l'esprit des assistants ? J'appellerais cela, volontiers, du romantisme logique.

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