‹ La vie littéraire; notes et réflexions d'un lecteurChapitre 11 sur 67 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

JésuS) réformateur et révolutionnaire. — Son entrée en scène. — Églises primitives, ennemies de TÉlat. — Yaste association secrète et poursuites judiciaires. — Origine et formation du clergé. — Imprévoyance de Constantin. — Apogée de la papauté sous Innocent III. — Cénobites et célibataires. — Recrutement du clergé dans les couvents. — Oligarchie de rÉglise. — L^Église grecque n'a pas tiré parti des sacrements comme l'Église romaine. — Moyens d'action de cette dernière. — Sa mythologie. — Idolâtrie grossière.

Aujourd'hui le clergé entreprend ses miracles de Lourdes pour stupéfier le peuple et le rendre plus docile au joug ecclésiastique.

Mais quand la foi n'est plus, rien ne la ranime. Sous FEnipire romain, au temps de Tibère, on cherchait partout des hommes providentiels pour restaurer la société, des empereurs qu'on déifiait pour en faire des sauveurs. C'est à ce moment que Jésus entre en lutte avec l'état social tout entier. Réformateur et révolutionnaire, il proclame l'avènement des classes inférieures, la guerre aux riches : seulement il place son royaume hors de ce monde.

Le prophète Jésus mort, comme les autres prophètes, Zacharie et Jean-Baptiste, ses apôtres se dispersent pour enseigner sa doctrine. -^ L'abandon de toute fortune privée était une condition pour être admis dans la confrérie.

Les Églises primitives formaient une vaste association secrète, qui, peu à peu, s'étabht dans tout TEmpire. Devenue puissante par le nombre, quoique toujours cachée, cette association attaquait les religions nationales, la propriété, la famille. Tordre public établi ; de là vinrent les persécutions, poursuites judiciaires contre des ennemis de TÊtat.

Une hiérarchie de fonctionnaires se groupe pour administrer la communauté. Ainsi se forma dans TÉglise l'ordre du clergé, par opposition à celui des laïques, ou gens du siècle.

Le Concile de Latran défendit le mariage aux prêtres latins en 1215. Les Églises grecques restèrent libres ; elles calquèrent leur administration ecclésiastique sur l'administration impériale.

Après trois siècles de persévérance et de propagande secrète et de transformations intimes, les chrétiens parurent réconciliés avec la société romaine. Au quatrième siècle, ils remplissent toutes les fonctions publiques et leur règne commence le jour où un empereur chrétien, Constantin, monta sur le trône. 11 ne vit pas que le premier des évêques, le pape, deviendrait bientôt le rival des empereurs.

« Vous êtes des dieux, disait Constantin aux évoques du Concile de Nicée, et vous êtes constitués par le vrai Dieu. »

Les barbares, sans hiérarchie, se trouvèrent aisément dominés par la puissante organisation ecclésiastique. Totalement illettrés, ils furent aisément soumis à l'ascendant que donne la culture de l'intelligence sur des esprits incultes et grossiers. Le clergé entretint cette supériorité et profita habilement de l'ignorance de ces barbares pour étendre et consolider sa domination.

La papauté atteignit sous Innocent III son point culminant.

Plus tard, les ascètes ou moines s'associèrent pour vivre en commun comme cénobites. Pacôme en avait vu sept mille se grouper autour de lui. C'est ainsi que naquirent les couvents. Bientôt les chefs de ces couvents, les abbés, eurent rang d'évêques, portèrent la crosse et siégèrent dans les conciles.

Les institutions religieuses, comme toutes choses humaines, changent vite d'esprit et d'aspect sur la terre.

Les premiers disciples de Jésus préparaient son règne, son royaume, en croyant à la fin très prochaine du monde. Ils ne se doutaient pas que l'humWe et pauvre prédication des apôtres rapporterait plus tard à l'Église des richesses immenses, que des évêques, bardés de fer, conduiraient leurs vassaux au combat, qu'à l'égalité primitive succéderait une hié-

rarchie orgueilleuse, ayant à sa tête un pape belliqueux, maître des peuples et des rois.

Les couvents devinrent des centres d'étude, où se préparaient les recrues du clergé séculier. C'est eux qui fournissaient les prêtres, les curés, la plupart des dignitaires de TÉglise et jusqu'à des papes.

Le célibat des Églises latines a séparé le prêtre de la société laïque.

Les défenseurs de la propriété et de la famille n'ont eux-mêmes ni propriétés, ni familles, et quant h leur religion, ils la reçoivent toute faite du chef de l'Église, sans avoir la possibilité d'y rien modifier.

Du jour où le clergé se recruta de lui-même, sans l'intervention des fidèles, l'Église forma une oligarchie d'où le principe électif ne tarda pas à disparaître.

Les Croisades furent une diversion qui aida la papauté à maintenir son absolutisme.

L' Église romaine, surtout en France, a su tirer de l'Eucharistie un moyen d'action d'une extrême puissance.

L'enfant grec communie quelques jours après sa naissance ; il n'est point confirmé ; avec le baptême, il a déjà reçu le inyix qui répond à l'Extréme-Onction des Latins. Kn accumulant ces sacrements sur une frêle créature, qui n'a aucunement conscience de ce qui lui est fait, l'Église grecque s'est privée d'un moyen d'influence que le clergé latin utilise merveilleuse-

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ment. La splendeur qu'il donne aux premières communions éblouit les sens et attendrit les assistants, comme, dans les représentations tiiéâtrales, le décor ajoute à Tintérét de Faction.

Par son office des morts, l'Église catholique cherche à inspirer la terreur et l'espérance : c'est en s'adressant au sentiment plutôt qu'à l'esprit qu'elle parvient à maintenir la foi et à consolider son empire.

L'Église ne se propose pas de faire des savants, des esprits éclairés, mais des fidèles.

C'est pourquoi elle s'empare des enfants et des femmes; et, par ses prières et ses sacrements, elle embrasse toute la vie de l'homme jusqu'à la mort et au cimetière. La prédication des curés, vicaires, abbés et frères prêcheurs, les missions, processions, pèlerinages et miracles, où elle est fort habile, sont ses principaux moyens d'action.

Elle veut aussi l'enseignement à tous ses degrés, depuis l'asile et l'école primaire jusqu'aux collèges et facultés.

Elle a ses livres, ses revues, ses journaux, ses religieux déguisés des tiers-ordres qui vont dans le monde et qui l'espionnent à son profit.

Elle augmente journellement ses richesses par les quêtes, dons et legs qu'elle sait se faire faire par les faibles, les femmes, les malades et les mourants.

Au lieu d'une mythologie poétique et savante, elle est descendue à l'idolâtrie la plus grossière : à la mariolâtrie, à la josépholâtrie, aux Sacrés-Cœurs et

aux miracles de Lourdes, de la Salette, etc. Rien n'égale Tinepte bassesse de ce matérialisme abject. Il n'a pour contrepoids que Tascétisme et le mysticisme qui fonl mépriser le travail, le progrès, l'hygiène et le corps; et qui tendent à perpétuer la misère et l'aumône dont l'Église profite doublement.

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