CHAPITRE .XIII
Piété populaire salie à plaisir. — Citations de Tabbé Maynard.
— Obscénité des casuistes. — Marie Alacoque détrône la Reine du Ciel. — Révélation du Sacré-Cœur. — Le culte de Marie.
— Un tableau de Véréchaguine qui la peint avec ses enfants. — - Le cierge d'Arsène Guillot. -- Fétichisme des peuplades nègres en plein siècle de la critique.
Les catholiques contemporains ont sali, à plaisir, la piété populaire; ils Tont abaissée au niveau du fétichisme des peuplades nègres, en la compliquant d'idées malpropres qui ne sauraient germer que dans des cellules de moines et de religieuses. Pour ne citer qu'un exemple, examinons la Vierge Marie, par Tabbé Maynard, ouvrage approuvé des évoques et recommandé par le cardinal Pie. Il explique la parenté de la Vierge avec les diverses personnes de la Trinité :
« Marie , fille du Père , est aussi son épouse par leur commun fils; mère du fils., elle est' encore sa sœur, puisqu'ils ont un commun père; elle est y de
plus, son épouse, car ils ont enfanté ensemèle l'Eglise; ce qui n'empêche pas qu'elle ne soit en même temps l'épouse du Saint-Esprit, qui l'a rendues mère de Jésus, »
Voilà les spectacles grotesques autant qu'immondes sur lesquels ils se délectent à fixer les yeux. Les trois personnes de la Trinité épousant chacune à leur tour la môme femme qui est leur fille ou leur sœur, quel tableau d'édification, quel exemple de mœurs dans les familles pauvres !
« Marie était d'une taille un peu au-dessus de la moyenne, sa démarche avait quelque chose d'onduleux. Son visage était d'un bel ovale, son teint couleur de froment, nuancé de rose. Elle avait les sourcils bruns, les yeux d'une teinte où se fondaient le bleu tendre et le vert pâle ; le nez droit avec des narines légèrement dilatées... Les cheveux blonds et abondants flottaient librement sur ses épaules... Son pied remplissait à peine une étroite sandale, et sa main délicate montrait, en se déployant, des doigts longs et déliés. »
Où a-t-il vu tout cela, et qu'en sait-il, l'abbé Maynard ?
Mais continuons à le citer. « C'était la nuit du 25 mars, neuf mois avant la nuit de Noël, Gabriel se présenta à Marie sous les traits d'un adolescent, car Marie devant concevoir dans son corps aussi bien que dans son âme, il était juste que ses sens extérieurs aussi
bien qu'intérieurs fussent ranimés à la fois par la vision angélique ». — Que va répondre Marie à la proposition de maternité divine ?
a Elle tient suspendue à ses lèvres la Trinité qui attendait de sa bouche un fuit créateur. A peine Marie avait-elle dit son fiât que les cieux fermés s'ouvraient pour pleuvoir leur rosée ; que Dieu làcliait cours à ses grâces, et les faisait entrer à flots précipités dans la Vierge plus méritante par son seul consentement que Dieu lui-même. »
Parmi les théologiens, les casuistes étant ceux dont rimagination est particulièrement obscène, ils se sont étendus avec une pieuse délectation sur ce scabreux sujet. Le Révérend Père Sanchez, jésuite, soutient que la Vierge répandit de la semence dans sa copulation avec le Saint-Esprit. Aux yeux de ce savant théologien, i[ n'est pas douteux que le Saint- Esprit et la Vierge n'aient fait, tous deux, une émission de semence au même moment; car, dit notre casuiste, cette rencontre des deux semences est nécessaire pour la fécondation. Mais saint Ambroise est d'un autre avis ; il émet une opinion plus étrange ; il dit que l'ange Gabriel fit à Marie un enfant par l'oreille : Maria per aurem iinprœgnata est.
Le culte de la Vierge épouse et mère de Dieu s'accorde avec celui de Marie Alacoque, la fondatrice du S^cré-Cœur. Marie Alacoque règne ; elle est en tr^in
de détrôner Tépouse du Saint-Esprit. Née en 1647, à Lauthecourt, près d'Autun, sa vie a été écrite par monseigneur l'évêque de Soissons. Cette sainte biographie est intéressante.
« A rage de trois ans, Marie Alacoque consacre à Dieu sa pureté^' elle fait vœu de chasteté perpétuelle. A dater de ce jour, la Sainte- Vierge lui donna, dit le pieux évéque, des marques sensibles de sa protection » (page 6).
Cependant, « comme de très bonne heure, son naturel la portjait vivement au plaisir, » Dieu lui envoya une paralysie pour la guérir de ce penchant funeste; après quoi la Vierge vint elle-même la guérir de celte paralysie. Lorsqu'elle entra en religion chea les Visitandines de Paray, « Dieu lui était apparu dix fois consécutives, »
» Parfois Dieu lui faisait la grâce de la gratifier de sa divine présence d'une manière qu'elle n'avait pas encore expérimentée ; elle le sentait, pour ainsi dire, près d elle.
Une nuit, Jésus lui dit : « Apprends que si tu te retires, je te le ferai sentir et à toutes celles qui en seront cause ».
Et Jésus lui laissa, comme gage de son affection, ce quatrain céleste ;
Rien de souillé dans Finnocence, Rien ne se perd dans la puissance, Rien ne passe en ce beau séjour, Tout s'y consomme dans Tamour.
L'authenticité de ce quatrain de Jésus fut contestée par les compagnes de Marie Alacoque, mais le commentaire du savant évêque de Soissons dissipa tous les doutes.
Le quatrain était bien de la main de Jésus.
C'est en 1678 que Jésus révéla à la sœur Marie Alacoque le culte du Sacré-Cœur; en même temps il lui en expliqua le sens et le symbole.
« L'amour en est l'objet, — l'amour en est la fin, — l'amour en est le motif; or, le cœur et l'amour sont synonymes parmi les hommes. »
« Jésus-Christ, dit l'évêque, arracha son cœur de sa propre poitrine et le lui donna, et ensuite lui demanda de lui donner son cœur pour le prix du présent qu'il venait de lui faire. La sœur le lui offrit avec toute l'ardeur dont elle pouvait être capable ; le fils de Dieu le prit effectivement et le plaça dam le sieti. »
La nouvelle religion des Jésuites était ainsi révélée, aujourd'hui elle est adoptée par tout le clergé ; et l'Église du Sacré-Cœur s'élève à Paris môme sur les hauteurs de Montmartre!
Le peintre Véréchaguine a peint Marie, mère de Jésus, entourée de ses nombreux enfants. Véréchaguine, attaqué par l'évêque de Vienne, se défend par les textes de Luc, de Marc et de Matthieu. Il a beau jeu à s'escrimer, à coups de textes, contre un culte comme celui de Marie, venu si tard, si évidemment inventé après coup. Il a fallu plus d'un siècle pour
qu'on fit attention à cette reine du ciel pour laquelle les litanies ont épuisé toutes les formules de Tadoration. On sait peu de chose sur sa vie. On ne sait pas qui est son père. On ne connaît pas le lieu de sa mort ni la destinée de ses enfants. On sait que ses filles et deux de ses fils se marièrent, qu'un autre fils resta célibataire et c'est tout. (Voir Matthieu, XIII, 35 et 56; Marc, VI, 3; Jean, II, 12; Paul, P« Epitre aux Corinthiens.)
i Varsenal de lu dévotion^ par Paul Parfait.
L'idiotisme ) ^^ dossier des pèlerinages, id.
religieux : Voir ) , - . ,. ^ ^ . ,
{ La foire aux reliques, id.
Maurice Dreyfous, éditeur.
Mérimée nous montre une jeune Parisienne de mœurs légères, Arsène Guillot, qui brûle un cierge à je ne sais quel saint pour qu'il lui envoie des pratiques. Arsène Guillot agit conformément à la religion populaire quand elle attribue une vertu surnaturelle à l'action d'offrir un cierge. C'est une opinion profondément enracinée chez les deux tiers des catholiques pratiquants.
De nos jours, les superstitions les plus sottes ont envahi la foi chrétienne. L'eau de Lourdes et les médailles de saint Benoît ont plus d'importance que les sacrements. Une religion nouvelle s'élève par les soins des entrepreneurs de sanctuaires ; et la doctrine morale est remplacée par le fétichisme grossier des scapulaires, cordons et médailles» Chose étrange I Le
siècle de la critique est en même temps le siècle des pèlerinages. Notre âge voit, d'un côté, les progrès merveilleux de la science, tand|^ que, de Tautre, les pratiques du fétichisme le plus stupide reculent les limites deFidiotisme religieux.