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CHAPITRE XVm

Prétendue persécution de TÉglise. — La société laïque n'a fait que reprendre ses droits. — Étiquette menteuse des ralliés.

— Faux nez de M. de Mun. — Changement de tactique, mais non de doctrine, du parti clérical. — Restrictions mentales des suffragants d'Avignon à Fégard de Vesprit nouveau.

— Politique dangereuse de Léon XIIL — Un péché mortel qui n'est pas dans l'Évangile. — Consolation de M. Edouard Heryé.

En cessant d'être catholique et ultramontaine pour devenir gallicane, c'est-à-dire française et laïque, c'est-à-dire humaine, la société civile, le gouvernement républicain n'a violé le droit de personne.

Mais, dès qu'elle ne domine pas, l'Église crie à la persécution.

Elle veut conserver par l'éducation des jeunes âmes son prestige et son influence. Quand on a remplacé dans les écoles laïques et dans les lycées l'enseignement religieux par l'enseignement de la science et des humanités, les ennemis de la République laïque ont tous crié à la persécution. Ils ont encore crié plus fort quand le Conseil municipal de Paris a entrepris

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de laïciser rAssistance publique. A les entendre, on croirait que les laïques ne sont pas des hommes, qu'ils sont des incapables ou des scélérats comme Tabbé Bruneau; mais nous sommes tous laïques, tous les médecins et leurs aides dans les hôpitaux sont aussi laïques. Les laïques sont des homme indépendants du clergé, des esprits émancipés, dégagés du surnaturel et des superstitions, des gens qui disent avec le poète : Je suis seulement homme et ne veux pas moins être ni tenter davantage,., et qui se maintiennent capables de penser librement sur tous sujets. Voilà ce que le clergé ne peut souffrir, puisc|ue toute sa puissance est établie sur Tignorance et la crédulité.

Dans la France contemporaine, sont laïques tous ceux qui ne sont pas Jésuites, capucins ou affiliés à quelque tiers-ordre. La société civile est naturellement laïque, le mariage est un contrat civil qui peut se passer du sacrement. Longtemps dominée par rÉglise, la société civile peut aujourd'hui, dans les hôpitaux, dans les écoles comme partout, se suffire à elle-même et c'est pourquoi elle tend à écarter le concours de la société religieuse.

Le parti catholique voit ce danger et il met tout en œuvre pour assurer le triomphe définitif de TEglise. Le clergé ne peut pas changer; il a toujours combattu ce qu'on appelle aujourd'hui l'esprit moderne, il a toujours lutté contre les libertés humaines, parce qu'il ne peut admettre, sous peine de

suicide, la première de toutes qui est la liberté d'écrire et de penser.

La société du moyen âge, du v® au xvi® siècle, a été gouvernée par TÉglise; les prêtres et les moines régnaient. Aujourd'hui nous ne voulons plus du « gouvernement des curés » ; et comme le cléricalisme est, dans toutes les institutions civiles, un élément disparate et hétérogène, il convient de l'en écarter.

On nous dit que le pape Léon XIII a rendu un liés grand service à la France par la politique des ralliés, mais les affaires politiques de la France ne regardent point le pape, et si l'on admet comme légitime son intervention dans le sens républicain, son successeur pourra tenir une conduite contraire et donner aux électeurs catholiques de tout autres conseils, alors qu'il sera constaté que les premiers n'ont pas réussi.

Qu'on ne s'y trompe pas. Les ralliés sont des soldats du pape, des catholiques dévoués à Rome « au nom du Sacré-Cœur »; leur étiquette républicaine est une étiquette menteuse puisque la République française, fille de la Révolution, c'est avant tout la sécularisation de la morale et la liberté de penser, alors que le clergé tient pour l'autorité dogmatique et pour (( les droits de Dieu » qu'il oppose aux droits de l'homme.

Soumis et docile comme un enfant, M. de Mua s'est ralUérdu jour au lendemain à la République,

sans une hésitation, sans réflexion, bien qu'il ait été jusque-là un fervent royaliste, un légitimiste très zélé; mais son faux nez républicain ne trompera personne. Celui dont le mot d'ordre a été si longtemps la contre-révolution^ ne peut pas avoir réellement rencontré subitement son chemin de Damas. Ce serait un miracle laïque.

M. de Mun combattra comme devant les principes républicains qui sont ceux de 1789. Depuis l'intervention du pape, le parti catholique a changé sa tactique et son attitude, il n'a point changé sa doctrine. D accepte la République, mais c'est pour attaquer plus commodément toutes ses institutions. Quel avantage voyez-vous donc à ce (|ue le parti catholique paraisse adhérer à une forme de gouvernement dont il entend supprimer toutes les lois? Le clergé entend rétablir les prières publiques, il veut rétablir la loi de 1824 sur l'observation du dimanche, Taumônerie militaire et les bourses dans les séminaires, — il veut exempter les séminaristes du service dans l'armée, — il prétend conférer lui-même les grades universitaires; en revanche, il supprimera la gratuité, l'obligation et la laïcité de l'enseignement; il rétablira les billets de confession, supprimera la loi du divorce, multipliera les œuvres congréganistes, organisera à Lourdes, à La Salette, à Rome, des pèlerinages politiques et reconsacrera la France au Sacré- Cœur.

Le pape est en tout cela d'accord avec le parti

catholique dont il est le chef naturel et infaillible; quel avantage les répubUcains véritables qui, eux, sont des laïques et des libres penseurs hostiles aux pèlerinages, (îtc, peuvent-ils voir dans cette adhésion des ralliés à la forme républicaine, puisque, je le répète, les ralliés n'adhèrent à la République que pour en supprimer les lois?

Tandis que l'excellent SpuUer se félicite de voir M. de Mun devenu un bon républicain, et donne à P Esprit nouveau d'Edgar Quinet un sens inattendu, l'archevêque d'Avignon et ses quatre évéques suffragants de Nhnes, de Montpellier, Viviers et Valence, dans une lettre pastorale collective, commentant l'Encyclique du pape, ont expliqué qu'on peut se dire républicain, — en apparence rallié au gouvernement, — et cependant garder toutes ses espérances et ses convictions royalistes. Il faut citer ici; voici leur texte :

« Parmi les catholiques, plusieurs se sont émus en voyant le pape conseiller, demander, IMPOSER l'acceptation de la République. Ils peuvent se rassurer; ils ne sont point mis en demeure de rompre, dans le secret de leurs pensées* avec VattackenWit intime par lequel beaucoup d*entre eux tiennent aux sou* Venirs du passé. »

On voit qnHl est avec le ciel des accofnmodemetits, que ceux que vous croyez ralliés n'ont point du tout rompu avec leurs attaches royalistes ^ que la direction d'intention qu'on croyait particulière aux Jésuites

est conseillée aux conservateurs catholiques par leurs seigneurs les évoques.

On a beaucoup vanté la dextérité de Léon XIII et, en effet, c'est un politique habile beaucoup plus qu'un théologien. Il ne s'amuse pas, comme son prédécesseur Pie IX, à formuler des dogmes nouveaux; il n'a point réédité le SyUahus qu'il n'a d'ailleurs pas dénoncé non plus, mais s'il arrivait à triompher, sa politique serait plus dangereuse et plus néfaste.

Pie IX s'est fait déclarer infaillible ; donc ses successeurs le seront; il a proclamé les anathèmes du Syllahus et décrété l'Immaculée-Conception, mais en agissant ainsi il n'empiétait pas sur les affaires intérieures et la vie politique de la France.

Il bornait son autorité aux questions ecclésiastiques de religion, de morale et de théologie; Léon XIII va plus loin, il empiète sur la conscience de tous les catholiques français et prétend leur dicter leur conduite politique et leurs votes dans nos élections. A sa suite, les évoques ont créé, de ce chef, de nouveaux péchés mortels.

Dans le manifeste de l'archevêque d'Avignon, signé par lui et par ses quatre suffragants, se trouve textuellement ce paragraphe :

« Parmi les intérêts supérieurs du pays, la religion tient le premier rang. Aussi les théologiens estiment que, quand l'abstention peut entraîner la nomination d'un candidat hostile à la foi chrétienne, les électeurs commettent, en ne votant pas, un péché mortel.

» Nous sommes obligés de rappeler aux catholiques le grand devoir qui leur est imposé par la loi divine.

» Partout où il y a des comités créés pour la défense des intérêts religieux et politiques, il faut demander à ces comités un conseil et une direction. Là où il n'en existe pas, il faut en créer, »

Il serait difficile peut-être de trouver cette obligation-là dans rÉvangile. Grâce à Léon XIIl, avant peu nous verrons frapper d'excommunication, comme ils sont déjà punis de péché mortel, ceux qui ne voteront pas pour les candidats des évêques.

Les royalistes se sont soumis, la mort dans Tâme; leur consolation a été de savoir que personne ne croirait leur soumission sincère. « Les électeurs, dit M. Edouard Hervé dans le Soleil, les électeurs ne se sont pas laissé tromper et en votant pour M. de Mun, pour M. de la Rochejaquelein, pour M. de Ramel, pour le prince de Broglie, etc., c'est-à-dire pour des monarchistes avérés, les électeurs ont su ce qu'ils faisaient et n'ont pas cru donner leurs suffrages à la République. »

Voilà l'interprétation royaliste; mais l'interprétation catholique est la vraie, les catholiques qui se rallient à la République peuvent ne pas être des royalistes, mais ils sont, ils restent des cléricaux, puisqu'ils obéissent docilement au pape ; ils savent que la République française, c'est la laïcité, et ils veulent au contraire une République cléricale. Ils veulent établir en France la République de Garcia

Moreno « vengeur du droit chrétien » ; ils veulent aider le clergé, les jésuites et les évoques à rétablir « les droits de Dieu » sur la défaite des droits de rhomme et substituer la théocratie chrétienne au régime de la liberté.

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