‹ La vie littéraire; notes et réflexions d'un lecteurChapitre 22 sur 67 · CHAPITRE XXIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIll

Morale indépeDdante des croyances. — Les plus honnêtes gens du monde. — Livre de M. Richard Le Gallienne. — UEmfire du Diable^ par le Père Monsabré. — Recette miraculeuse de dom Guéranger pour faire pondre les poules. — Faux idéal chrétien. — Nature perfectible de Thomme. — Première humanité.

La religion des Lettres résume renseignement moral des sages. Pour un être intelligent, le vrai bonheur est dans la vue et dans la possession de la vérité.

Chercher à bien connaître Thomme et la nature, à comprendre les relations des hommes et les rapports des choses, voilà la plus haute occupation de Tesprit et la plus utile. 11 est indispensable de bien penser pour bien agir.

La grande curiosité fait la science de laquelle dépendent tous les progrès mécaniques et économiques ; mais la science de la nature s'élève jusqu'à la connaissance de la nature humaine et c'est sur cette science philosophique et morale que la vertu se fonde.

L'hoiunie voulant être heureux, la raison établit une échelle entre les plaisirs, et la sagesse consiste à choisir les meilleurs et les plus durables. La joie qui passe vite n'est point la vraie. Le contentement qui dure lui est supérieur par sa durée même. Le bonheur de l'homme est inséparable de sa perfection. Le bonheur humain se trouve dans l'état où l'homme est le plus selon sa nature, où il est le plus lui-même dans sa plénitude, dans le contentement de sa raison et de ses meilleurs désirs. La joie d'un être intelligent réside dans la vie intérieure, dans l'attention active et dans la raison satisfaite.

Travailler à bien penser, voilà le principe de la morale.

La vertu et le vice, le bien et le mal sont, en tous pays, ce qui est utile ou nuisible à la société.

Le bien de l'humanité, le bonheur des hommes,voilà le dernier critérium, le souverain juge du bien et du mal, du juste et de l'injuste, du vice et de la vertu.

La moralité est indépendante des croyances. La croyance est distincte de la vérité. Epicure, Spinoza, Condillac, Helvétius, Kant, Littré étaient les plus honnêtes gens du monde. Or, Épicure était athée, Spinoza panthéiste, Condillac sensationniste, ou (comme l'appellent Cousin et M. l'abbé Combalot) sensualiste, Helvétius matérialiste, Kant sceptique, Emile Littré positiviste à la manière d'Auguste Comte.

La religion des Lettres est si bien aujourd'hui une idée mûre que, tandis qu'en Amérique M^*" Ireland voit dans les hommes de Lettres les rois de la pensée, les prêtres de l'avenir, il vient de paraître en Angleterre un livre intéressant sur la Religion d'un homme de Lettres*.

« Nous avons accompli, dit l'auteur, M. Richard Le Gallienne, Tinestimable séparation de la théologie et de la religion.

» La Trinité, l'expiation, le baptême des petits enfants, la régénération par le baptême, l'immortalité de l'âme, la vie future, — on reconnaît à présent que ces dogmes et beaucoup d'autres sont des questions de symlx)Hsme ou d'intuition personnelle. »

Autrefois, dit Arvède Barine, on était brûlé si Ton tombait dans l'hérésie. l\ était dangereux d'avoir une opinion personnelle sur la résurrection des corps ou l'efficacité de la prière. A présent chacun croit ce qu'il lui plaît; non seulement parce que les mœurs sont devenues douces et tolérantes, mais parce qu'on a séparé la théologie de la religion.

Pour être exact, il faut dire que Voltaire et les philosophes du xvui® siècle ont séparé la théologie de la religion des Lettres, car les théologiens n'ad-

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