‹ La vie littéraire; notes et réflexions d'un lecteurChapitre 25 sur 67 · Par M»' Gaume · texte numérisé non relu

Par M»' Gaume

Grimm, d'Holbach, Diderot, Helvétius, Condillac, Maupertuis, Mably, Fabbé Raynal, Tabbé Morellet, d'Aleriibert, Saint-Lambert, Chamfort, Mirabeau, Cabanis, Volney, Condorcet.

D ne pouvait, depuis la mort de Louis XIV jusqu*à la Révolution, faire exception que pour les pauvres rimes, vides et sacrées, de Louis Racine, Jean-Baptiste Rousseau, Le Franc de Pompignan, et pour la misérable prose de Fréron, Patouillet et Nonnotte.

C'est par un pareil choix de lectures viriles que révoque Dupanloup se croyait un éducateur !

La qualité de la nourriture intellectuelle influe cependant sur la qualité des esprits. On trouve, dans le monde, une différence entre celui qui a lu et compris Taine, Stendhal, Montesquieu et celui qui, dès sa jeunesse, s'est débilité l'estomac par tous ces bêtes de livres dévots, dits moraux, approuvés par quelque archevêque.

Quand on relit le xviii® siècle, sous les moqueries légères on trouve des idées profondes ; sous l'ironie perpétuelle, on trouve la générosité habituelle.

Vauvenargues avait encore contre la vie littéraire et la noble profession d'homme de Lettres quelquesuns des préjugés de l'aristocratie illettrée de son temps.

Il pouvait avoir remarqué que la parole seule mène les hommes et conduit le monde. Dans leurs conversations. Voltaire avait pu lui faire voir que tout

Tunivers connu n'est gouverné que par des livres, excepté les peuplades sauvages; mais il ne pouvait savoir que c'était précisément Voltaire qui allait donner son nom à son siècle, que Montesquieu, Jean-Jacques et Diderot seraient avec lui les maîtres du xvni® siècle et que « les plus grands faits de Tordre politique paraîtraient de bien modestes événements comparés aux Lettres philosophiques, à l'Esprit des Lois, au Contrat social » *, à F Encyclopédie, c'est-à-dire à ces ouvrages mêmes d'où sont nés l'esprit moderne, la civilisation contemporaine et que, sans doute pour ce motif, l'évêque Dupanloup défend de lire.

Ardent et constant au service de ses idées, Voltaire a l'esprit juste. Rien de plus sain pour le goût que la lecture de ses œuvres ; elle nous ramène au sentiment de la mesure, de la convenance, du naturel, de la clarté. Jamais écrivain ne porta plus loin l'horreur de l'emphase. Robuste et hardi dans les idées, il est toujours resté simple et naturel dans son ^ langage.

Homme du monde, homme de goût. Voltaire ne déclame jamais. Plaire est un besoin pour lui, mais il ne veut plaire qu'en éclairant. Il éclaire en signalant un préjugé, un abus, une injustice. La variété des formes qu'il eniploie est merveilleuse. Épîtres, satires, mémoires, romans, contes en vers, diction-

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