M. Paléologue
262 LA VIE LITTÉKAIKE
Daire, tragédies, dialogues, correspondance, un même esprit circule partout.
Il explique Vénigme du monde par le climat, le gouvernement, la religion, trois choses qui influent sans cesse sur Tesprit des hommes.
Philosophe savant à idées générales, Voltaire a constamment travaillé à une même œuvre, à Témancipation de Tesprit. Taine a su lui faire sa grande part dans les origines de la France contemporaine.
Quel attrait, écrit-il, pour des Français, qu'un livre où tout le savoir humain est rassemblé en mots piquants ! Car c'est bien tout le savoir humain et je ne vois pas, dit Taine, quelle idée importante manquerait à un homme qui aurait pour bréviaire les Dialogues, le Dictionnaire et les Romans, Relisezles cinq ou six fois, et alors seulement vous vous rendrez compte de tout ce qu'ils contiennent. Non seulement les vues sur le monde et sur l'homme, les idées générales de toute espèce y abondent, mais encore les renseignements positifs et même techniques y fourmillent, petits faits semés par milliers, détails multipliés et précis sur l'astronomie, la physique, la géographie, la physiologie, la statistique, l'histoire de tous les peuples, expériences innombrables et personnelles d'un homme qui, par luimême, a lu des textes, manié les instruments, visité les pays, touché les industries, pratiqué les hommes, et qui, par la netteté de sa merveilleuse mémoire, par la vivacité de son imagination, revoit ou voit,
comme avec les yeux de la tête, tout ce qu'il dit à mesure qu'il le dit.
Relisez le Traité sur la tolérance, le Commentaire sur le livre de Beccaria, le Prix de la justice et de Vhumanité.
Ces pages-là vivent encore, quoique les abus que combat Voltaire aient été redressés. Elles vivent par ces vérités supérieures qui, après avoir servi à réformer la société, servent encore à la perfectionner, parce qu'elles montrent l'idéal de ce qui reste à faire pour améliorer la société.
Relisez V Essai sur lesmceurs et Vesprit des nations^ c'est la guerre déclarée au christianisme par l'histoire.
C'est le premier modèle de la critique historique, l'histoire fondée sur le témoignage des contemporains. En relisant YEssai, on fait plus que s'intéresser à la guerre contre l'injustice, la violence, le meurtre juridique, on y prend parti.
On devient, comme Voltaire, un ami passionné de l'humanité, de la tolérance, de la justice et du progrès.
« Si les hommes, y dit-il, étaient misonnables, ils ne voudraient d'histoires que celles qui mettraient sous leurs yeux les droits des peuples, les événements qui intéressent toute une nation,, les progrès des arts utiles, les abus qui exposent le grand nombre à la tyrannie du petit; mais cette manière d'écrire l'histoire est aussi difficile que dangereuse. »
Une philosophie est une façon de comprendre la vie et les choses. Voltaire n'a pas fait de système comme Descartes ; mais Voltaire a un esprit, une façon de prendre les choses qui résulte de tout un ensemble d'habitudes intellectuelles.
Évêque du « grand diocèse », précurseur de Sainte- Beuve, dont il avait déjà le savoir encyclopédique, ayant réussi à faire voir que la vraie religion, c'est la morale, que tous les grands esprits sont de la même ÉgUse, Voltaire pouvait écrire au marquis de Villevieille, en décembre 1768 : « Je mourrai consolé en voyant la véritable religion, c'est-à-dire celle du cœur, s'établir sur les ruines des simagrées. Je n'ai jamais prêché que l'adoration d'un seul Dieu, la bienfaisance et l'indulgence.
» Avec ces sentiments, je brave le diable qui n'existe point et les vrais diables fanatiques qui n'existent que trop. »
L'empire des opinions sur la vie est un fait nouveau qui nous vient de Voltaire et du xviu® siècle, du triomphe de la liberté de penser. Jusque-là les hommes avaient des croyances, la religion leur donnait des solutions toutes faites sur l'origine du monde, la destinée humaine, le but final de la vie et sur toutes les questions de l'ordre moral ; quant à la politique, La Bruyère fait observer qu'il était presque interdit d'y penser. A partir de Voltaire, nul homme éclairé ne put se dispenser d'examiner ses
idées et de choisir ses principes. Grâce à lui, le progrès continue et la foi elle-même tend à devenir de nos jours une opinion, dans ce sens au moins qu'un esprit éclairé la raisonne et veut se la faire soi-même.
Voltaire et ses amis, Diderot, d'Alembert, tous les autres philosophes du xvni® siècle, ont introduit dans le monde un sentiment nouveau, une vertu ignorée pendant toute la durée du moyen âge, l'humanité. Car quiconque trouve tout simple qu*on brûle un hérétique, qu'on torture un coupable, qu'on asservisse une conscience, qu'on envoie un homme aux galères pour délit de sel, de chasse, de pêche ou de foi, peut être un fort théologien, un inquisiteur modèle, un Père de l'Église, il n'est pas humain,
11 a fallu, aux libres penseurs philosophes, faire bien des efforts, s'exposer à bien des dangers pour que les notions de liberté, d'égalité et de justice arrivassent jusqu'au législateur. Cette tâche humanitaire, l'Église ne pouvait la remplir, parce qu'en lui en supposant gratuitement le désir, elle se serait mise en contradiction avec les puissances despotiques qui régnaient par l'arbitraire et le privilège et qui la traitaient en alliée.
Les philosophes du xvni® siècle furent humains ; l*apostolat de la tolérance les trouva infatigables. Comme Texamen personnel divise tandis que la foi réunit, ils furent divisés, mais unanimes dans leur guerre en faveur de la tolérance et contre la superstition.
A la tête de ce mouvement philosophique, si dangereux alors, il fallait des penseurs d'une rare souplesse d'intelligence ; des chefs de parti à la fois opiniâtres et prudents. Ils eurent Voltaire, chef des philosophes, qui fit triompher le rationalisme ; Montesquieu, chef des politiques; Turgot, chef des économistes ; Diderot, général en chef de la grande armée encyclopédique.
II s'agissait de reprendre l'œuvre de la Renaissance, l'œuvre de Montaigne et de Rabelais, interrompue par les dragons de Louis XIV et par l'intolérance de Bossuet.
Il fallait briser nettement avec la Sorbonne théologique, avec l'autorité aveugle de la scolastique. Descartes n'avait, en philosophie, reconnu d'autre critérium de la vérité que l'évidence, il fallait arriver à n'admettre d'autre juge du droit que la raison. Il fallait substituer la volonté de tous au bon plaisir d'un seul et remplacer partout l'artificiel et l'arbitraire par la nature des choses et la justice.
Avant son accident de Neuilly, avant le miracle de la sainte Épine et- le mysticisme où il tomba, Pascal avait montré que la vertu n'a rien de commun avçc la théologie et que, travailler à bien penser, voilà le principe de la morale.
Sous Louis XIV et sous Bossuet, on distinguait peu la morale de la religion, et l'ordre social de la puissance du trône.
Au xviii® siècle, Duclos, Helvétius, Vauvenargues, Tabbé Arnaud, Suard, tous les philosophes moralistes, depuis Fontenelle jusqu'à Chamfort, montrent qu'aucun des sujets traités avec talent ne peut avoir autant de charme que la morale, fondée avec clarté sur la nature de Thomme et de la société.
En même temps qu'il sépare la morale de la religion, Jean-Jacques Rousseau démontre que la loi doit être l'expression de la volonté générale.
Tous ils avaient conscience de la grande révolution politique et sociale que leurs théories morales et philosophiques et leurs idées religieuses préparaient. Le prudent d'Alembert cherchait à calmer son ami Diderot, et lui disait : « C'est au temps à fixer l'objet, la nature et les limites de cette révolution, dont notre postérité connaîtra mieux que nous les inconvénients et les avantages. En vain l'homme vertueux aspire à faire le bien, s'il n'a pas cette patience éclairée qui sait en attendre le moment. Avec les intentions les plus louables, on peut nuire à la vérité en se pressant de la montrer avant le temps. »
Il y avait dans le génie lucide et patient de d'Alembert un peu trop de la prudence excessive de Fontenelle.
Éminemment analytique, le xviu® siècle, après avoir agrandi les sciences mathématiques, étendu et renouvelé les sciences naturelles, refait les
sciences physiques, aspira de plus à fonder les sciences morales. Il eut la haute prétention de juger selon la raison et de tout arranger selon la justice.
Voltaire, Vauvenargues, Helvétius, d'Holbach, Maupertuis cherchèrent le fondement terrestre de la morale. Us proclamèrent Tindépendance entière de la raison. Ils fondèrent Tordre social sur l'utilité réciproque. Rousseau consacra l'égalité civile. Turgot et Condorcet soutinrent le progrès successif de l'espèce humaine qui avance toujours, même en paraissant s'arrêter quelquefois.
Quel siècle dans l'histoire! quel admirable siècle comparé à celui qui révoqua l'Édit de Nantes et qui fut occupé, presque exclusivement, par les querelles théologiques! Que de grands philosophes et d'hommes de progrès au xviii^ siècle! Voltaire, la raison armée de l'esprit le plus net qui fût jamais ; Montesquieu, la raison tempérée par le sens historique le plus pénétrant et le plus sagace ; Jean-Jacques Rousseau, représentant l'idée de l'égalité et de la souveraineté du peuple; Diderot et d'Alembert, représentant avec Voltaire la lutte contre la superstition et le fanatisme; Ruffon, Condillac, Mably, Helvétius, d'Holbach, Maupertuis, Raynal, Morellet, Suard, etc.
A côté d'eux, les publicistes remarquables, qui concourent avec eux à préparer la Révolution française; des économistes tels que Turgot, Ques-
nay, Morelli; des hommes politiques, des savants tels que Mirabeau, Bailly et Condorcet. Tous, ils poursuivent le même but, le développement de l'esprit humain, Taffranchissement des malheureux, le perfectionnement de l'humanité. Pendant ce temps, l'Église est occupée à rouer Calas et Labarrc.
Ce que les écrivains du xvin® siècle poursuivent tous, par toutes les voies de l'intelligence, c'est la conquête des esprits, le renversement des préjugés, les réformes sociales et politiques réalisées par la Révolution.
Au milieu de leurs divergences de sentiments et d'opinions, tous nos philosophes restent unis pour faire prévaloir la liberté de la presse, la tolérance religieuse, tous ils veulent écraser le fanatisme, l'infâme superstition.
Citons encore l'abbé de Saint-Pierre, l'auteur du Projet de paix perpétuelle (1713), comment«5 par Jean-Jacques Rousseau; Quesnay, le père de l'économie politique et collaborateur de V Encyclopédie ; d'Argenson, qui publia en 1761 ses Considérations sur le gouvernement de la France) Mirabeau père, l'ami de Vauvenargues, l'auteur de VAmi des hommes (1757) ; Mably, l'auteur des Entretiens de Phocion (1763); Rayual, traçant le tableau de l'Europe dans son Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, condamnée par le Parlement en 1781 ;
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Tabbé Morellet, revendiquant la liberté d'écrire sur les matières d'administration (1764-1775); Thomas, avec ses Éloges de Sully et de Descartes (1763-1765); Marmontel, avec le chapitre de son Bélisaire sur la tolérance (1763); Turgot, Necker, Mirabeau avec son Essai su?* le Despotisme (1772) ; du château d'If, du donjon de Vincennes, il traite des Letti^es de cachet et &&& Prisons d'État^ pendant que Beaumarchais s'apprête à faire jouer le Mariage de Figaro (1784).
Le xviii® siècle est donc bien la liberté de Tesprit. Les Encyclopédistes, malgré les gênes qu'on leur impose, arrivent à démontrer que le catholicisme est le principal obstacle aux progrès de la science et aux réformes nécessaires de la société.
L'intolérance et les odieuses persécutions religieuses du révocateur de l'Édit de Nantes sont connues; mais ce serait une erreur de croire que Louis XV fut plus tolérant.
En 1745, deux ordonnances prescrivent d'envoyer aux galères^ sans procès, quiconque aurait assisté aux prêches des religionnaires. En vertu de ces ordonnances, les enfants sont enlevés à leurs parents, les femmes, exilées au désert, sont rasées, battues de verges, enfermées pour toute leur vie.
En 1750, de nouvelles troupes sont mises en campagne pour traquer, fusiller, dragonner les protestants.
En 1754, le pasteur Lafage, livré par un délateur, est condamné et exécuté, dans les vingt-quatre heures, par un simple arrêté de l'intendant du bas Languedoc.
L'intolérance religieuse qui avait fait les dragonnades se poursuivit au milieu du xvni® siècle. Le successeur de d'AguesseaUj Joli de Fleury, fit rendre un arrêt de mort contre tout auteur qui attaquerait directement ou indirectement la religion. Son successeur, le chancelier Séguier, est l'auteur de la fameuse maxime : « Quand la loi a parlé, la raison doit se taire. »
Au xvn® siècle, les Jésuites avaient obtenu contre les Jansénistes quatre-vingt mille lettres de cachet. Sous Louis XV, le duc de la Vrillière donnait à sa maîtresse, pour les vendre, des lettres de cachet avec le blanc-seing du roi. Presque tous les écrivains du xvm® siècle furent victimes des lettres de cachet. C'est par là que débute Voltaire. Il fut envoyé deux fois à la Bastille et pour n'y pas retourner une troisième, il eut besoin de toute la prudence stratégique dont il fit preuve à Ferney. Diderot fut enfermé au château de Vincennes. Rousseau se vit forcé de quitter la France et défense lui fut faite d'y rien pubUer. Morellet passa deux mois à la Bastille pour avoir offensé, dans sa préface à la comédie des Phi* losophes de Palissot, la maîtresse du duc de Choiseul, madame de Robecq. La moindre atteinte au respect de la religion catholique était punie de mort.
Chacun put voir que la théologie s'oppose aux progrès intellectuels du genre humain, chacun put se convaincre par ses yeux que l'Église catholique inspire et respire le fanatisme de l'intolérance. Ce sont des théologiens catholiques qui ont inventé les plus affreux supplices de son Inquisition. Désormais il fut évident pour tous ceux qui savent l'histoire que la doctrine romaine, fort éloignée de l'Évangile avec lequel le clergé voudrait la confondre, est autoritaire, intolérante, antiphilosophique, antisociale et qu'elle ne saurait faire, intellectuellement et moralement par sa grâce divine, comme par la haine de la librepensée et du libre examen, que des Jésuites incapables de penser avec énergie, d'agir avec droiture, capables de conduire les esprits faibles et crédules au Sacré-Cœur de Paray-le-Monial ou à leur fabrique de miracles à La Salette et Lourdes.
Jugeant sans aucun doute que l'Évangile est méconnu là où sont proclamées la liberté et l'égalité civile, là où les consciences ne dépendent plus uni* quement du clergé, les auteurs du Ver Rongeur et l'évoque Dupanloup excommunient en bloc tout le xviii® siècle, le plus français de tous nos siècles littéraires,et jettent au feu toutes ses œuvres.
Mais ils auront beau faire, du xviii® siècle date une ère nouvelle. Il ne faut plus désormais que du temps pour que la société moderne puisse se fonder tout entière sur le rationalisme et sur l'expérience.
M^ Dupanloup excommunie en bJoc tout le xviii® siècle, mais ce « passant » est mort; personne ne le lit plus. Aujourd'hui les « ralliés », sur Tordre de Léon XIII, se réconcilient, nous dit-on, avecTesprit moderne et tiennent le Syllabiis pour lettre morte. Voyons donc des théologiens plus récents. Voici M»^ Ricard, prélat de la Maison de Sa Sainteté. Sa Grandeur vient de faire paraître, à Paris et à Lyon, ce qu'il appelle les Chefs-d'oevre oratoire de Tabbé Combalot, dont il a public la vie. « Tel de ces chefs-d'œuvre était écrit jusqu'à près de 80 et même 100 versions différentes. » W Ricard a choisi entre toutes ces variantes, et son livre est récent; l'auteur y a mis la dernière main à la fin du mois d'août 1894.
L'abbé Combalot, qu'il doit bien comiaître, puisqu'il a écrit sa vie, lui paraît le type et l'exemple du prêtre chrétien. « Ce n'est pas lui, nous dit-il, qui plaiderait pour la tolérance, les concessions, les sacrifices à l'esprit de conciliation. Avec l'abbé Combalot, on est toujours en plein dans le surnaturel. » Le surnaturel, la grâce, la déification de l'homme ou plutôt du prêtre par la grâce, il y revient sans cesse et sous toutes les formes, au risque même de se répéter un peu. « C'est la théologie mise en forme oratoire. ^
Voyons donc ce que pense de la théologie, comparée à la philosophie du xvm^ siècle, ce théologien é.oquent.
374 lA Vl£ UTTÉRAIRE
— « La théologie est la science par excellence, la science des sciences, comme rappelle saint Thomas d'Aquin. Les autres connaissances humaines ne sont que les humbles servantes de la théologie catholique. »
La théologie explique Dieu, l'univers, les anges, les démons, Téternité, tous les secrets de Dieu.
a Faisons Thomme, s'écrient les trois personnes divinesy faisons-le à notre image et à notre ressemblance. Tout est dit. Nous sommes l'image de la divinité, l'image de trois personnalités distinctes dans la même essence. »
Ciomment notre théologien va-t-il traiter la philosophie, « humble servante de la théologie catholique? »
— « La philosophie du xvm^ siècle, fondée sur le sensualisme, s'en va. Entendez donc les râlements de son agonie» Ses chefs, ses patriarches les plus fameux vuksiut: les plus vils des hommes, (sic). » — Voilà ce qui est dit couramment en chaire, ce qui passe sans protestation.
« Cette philosophie, non contente de chanter dans ses romans la licence et la volupté, a cherché à matérialiser la pensée même. Elle a vouhi que la vision, cette belle faculté de l'homme, ne fût que le résultat de l'organisation matérielle. Locke et Condillac n^ont pas reculé devant ce monstrueux système, »
Voilà le théologien qu'on nous présente conmie étant toujours clair, précis, substantiel et profond !
NotBS ET RÉFLSXIONS D*UN LECTEUA 27K
En dépit des théologiens, le xviii^ siècle a fait une œuvre immense; il a fondé la critique, la science, la tolérance, la liberté de Tesprit.
De continuelles études, de pénétrantes et incessantes monographies mettent en pleine lumière ses plus grands hommes : Voltaire, Rousseau, Diderot, d'Alembert, Bufifon, Vauvenargues, Condorcet, Montesquieu.
Voici, sur une période de douze ou treize années, quelques dates prises dans les originales et consciencieuses études de M. Faguet :
1740. Introduction à la connaissance de l'esprit humain, par Vauvenai^ues.
— Essai sur r origine des connaissances humaines ^
par Gondillac.
— Pensées philosophiques, par Diderot.
— De VEsprit des Lois, par Montesquieu.
— Les premiers volumes de YHistoire naturelle,
de Butfon.
— Lettres sur les Aveugles, par Diderot. 1730. Discours sur les Sciences, par J.-J. Rousseau.
1751. Considérations sur les Mosurs, par Dudos.
— Discours préliminaire de V Encyclopédie,, par
d'Alembert.
— * Siècle de Ltmis XIV, par Voltaire. 1733. Discours de réception de Buffon à l* Académie françaisCé
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1153. Discours de J.-J. Rousseau sur ^inégalité des œnditùms.
1754. Traité des Semalions, par CondiJlac.
1765. Disœurs sur VEsprit philosophique, par Guénard.
1756. Essai sur les mœurs des nations^ par Voltaire.
1759. De VEsprit, par Helvétius.
Pendant ces treize années, et pendant tout le xvni® siècle, qu'ont écrit les théologiens et les écrivains catholiques ?
De nos jours, pendant toute la durée de notre xix*^ siècle qui touche à sa fin, quels savants catholiques, quels historiens, quels philosophes, quels grands critiques TÉglise de France peut-elle citer ?
Littré, Sainte-Beuve, Thiers et Mignet, Michelet, Edgar Quinet, Proudhon et Louis Blanc, Leconte de Lisle, Lamartine, Hugo, Renan et Taine ont-ils des émules catholiques ?
Une religion n'est-elle pas jugée qui n'inspire pas d'autres hommes que l'abbé Combalot et l'évoque Dupanloup? Joignez-y Lacordaire et tous les grands prédicateurs de Notre-Dame, y compris le Père Hyacinthe Loyson et M**" d'Hulst.
Mention à part pour l'auteur de VHomine selon la science et la foi, le P. Henri Didon, qui, malgré sa robe de moine, aime et pratique la tolérance et se montre vraiment libéral •
On n*a pas Tidée de Tignorance historique et scientifique de ces gens d'Église, orateurs, prédicateurs ou même théologiens réputés les plus grands. Ils croient, cela suffit; ils affirment, ils dénigrent, ils flétrissent tous les philosophes, ils méprisent la science et les savants. Jamais ils n'analysent, jamais ils n'examinent rien. Ils prennent tout dans la Bible.
C'est, pour eux, le Livre des livres, le Livre par excellence, le Livre unique. Et c'est précisément parce qu'il est unique qu'il devient mauvais pour eux et qu'il les aveugle; caria Bible, lue avec d'autres livres, se trouve fort bien à sa place dans toute grande bibliothèque.
Mais, pour les théologiens, pour les orateurs de la chaire chrétienne, tout étant dans la Bible et tout ce qui se trouve dans la Bible étant vrai, tout ce qui la contredit est faux.
Or, toutes les sciences ont fait quelques progrès depuis la Renaissance des Lettres et des sciences, depuis les rédactions illuminées par la stérile et forte imagination des prophètes hébreux. Et ces prophètes eux-mêmes, comparés aux Grecs de leur époque, n'ont jamais été des savants.
Quand on marche seul, comme il convient, disait Sainte-Beuve^ à un esprit indépendant, et quand on n'a pour soi que le groupe si disséminé des gens sensés, lesquels ne se connaissent pas entre eux, on hésite à venir admirer trop faiblement ces orateurs, ces prédicateurs soutenus par la masse compacte
des fidèles, ces grands théologiens qui s'appuient sur toute une légion de disciples enrégimentés par la discipline sévère des séminaires et par une puissante hiérarchie. Le combat avec eux n'est pas égal.