LES SYNOPSIES RA.RES
regardant un cahier, le croissant apparaît à 15 cm. des yeux, par conséquent dans l’espace entre le cahier et les }’eux; il grandit avec le format employé, la grosseur des chiffres et l’étendue des calculs. Ce diagramme s’applique donc à l’ensemble des chiffres, tandis que le précédent concernait les chifiVes pris isolément.
Pour la même série des unités, Jules possède un troisième diagramme, mais intermittent celui-là et je ne puis m’empêcher d’y voir, ici encore, un diagramme subliminal, c’est-à-dire un de ces diagrammes élaborés avec un moi et qui ne sont revus qu’à la faveur d’un état de conscience analogue à celui où se trouvait Jules à la première apparition du tableau. Est-ce un diagramme ou une simple vision ? on ne peut le savoir exactement puisque les dialogues avec les moi sont restés dans le subliminal sans aller jusqu’à la conscience, mais je penche à croire que c’est bien un diagramme et qu’il est vu par Jules dans les moments où un moi lui parle de chiffres. Seulement il est clair que si c’est un diagramme pour le subliminal, ce n’est
Fig. 18.
plus qu’un tableau pour la conscience normale qui n’a retenu que la vision et qui ne l’applique à rien. Quoi qu’il en soit, voici ce diagramme (fig. 18), assez semblable à un bateau retourné. La coque de ce bateau
LA VIE MENTALE DE l’aDOLESCENT
est brune, les bords en sont bleus, ainsi que les chiffres inscrits, qui vont de 0 à 9, le 0 devançant ici les unités, à l’inverse des deux autres diagrammes. Le bateau a 77 cm. de longueur sur 15 de profondeur.
On se sera peut-être demandé en lisant ce court exposé de la vie psychique d’un garçon de 13 ans si ce garçon n’était pas unique en son genre et s’il ne l’était pas dangereusement. Je crois avoir répondu d’avance à cette question lorsque je disais, au début de cet exposé, que rien de spécial ne le distinguait de ses camarades. Aujourd’hui, après bien des années écoulées, je puis ajouter deux réponses nouvelles ; la première, d’ordre général, c’est que j’ai découvert pas mal d’adolescents dont la structure mentale, sans être identique à celle de J. P., était aussi extraordinaire que la sienne ; et la seconde, d’ordre particulier, c’est que J. P., sans que cela ait paru pendant son temps d’école, est une intelligence distinguée ; à 21 ans il a déjà publié des articles philosophiques et un volume de vers qui ont été remarqués. Et, chose à signaler, si les moi quasi hallucinatoires de J. P. enfant .ne subsistent pas tels quels chez J. P. adolescent, ils n’en demeurent pas moins dans ses profondeurs ultimes, où ils sont en quelque sorte rentrés ; lorsqu’il compose, J. P. a besoin de se mettre dans des états seconds ou troisièmes selon le sujet qu’il traite. Et sa plume court alors très rapidement, comme étrangère à lui.