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LA PARAMNÉSIE A DATES FIXES

Je résumerai ici l’un de ces cas uniques, si l’on peut s’exprimer ainsi, auxquels je faisais allusion^.

Léon, 16 ans, myope, assez distrait, avait du goût pour la littérature et les arts, mais une profonde aversion pour les mathématiques. Il avait de fréquentes migraines. Jusque vers 9 ans, il se promenait souvent la nuit. Sa riche imagerie mentale renfermait des photismes et beaucoup de diagrammes. Ses paramnésies très nombreuses dataient de sa première enfance et avaient pour lui le caractère de rêves qui se réalisaient. En voici quelques-unes :

1. J’étais à ma leçon de dessin et nous avions à dessiner une fleur de lotus égj^ptien. Brusquement, lorsque ma fleur était à moitié faite, je me souviens d'avoir vu en rêve, un mois auparavant , ma feuille de papier Cançon, dans le même éclairage, avec la même rature au côté gauche des pétales. Une règle était posée sur la feuille et la lumière venant de la fenêtre à gauche y traçait une ombre très fine. J’avais vu tout cela exactement dans mon rêve, mais la planche seule, sans rien des objets d’alentour. Tous ces rêves sont détaillés, mais ont trait à des objets ayant avec moi un

‘ Les Archives de Psychologie ont publié ce cas en 190.3. Un an après, Léon, le jeune homme fort aimable dont il y est question, se suicidait. Dans un autre chapitre, je reparlerai de ce suicide.

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rapport serré, il faut que je puisse saisir ces objets par mes sens et surtout par la vue.

2. Autre exemple : Je rêve une fois que je suis assis sur un talus au bord d’une route et qu’un merle vient se poser en face de moi. Je n’avais vu que la surface blanche d’une portion de la route dans un rayon de 50 centimètres autour du merle avec un bout de rameau vert au-dessus ; je ne me voyais pas moimême, mais je sentais que j’étais dans une position assise, les bras pendants entre les genoux, le torse penché, les mains jointes. Un mois à peu près après ce rêve, je me trouvais dans cette situation et, au moment précis où la circonstance relatée plus haut s’accomplissait, je me souvins d’avoir rêvé tout cela. Je l’ai immédiatement noté pour vous ; io janvier, rêve; 17 février, réalisation. — Il esta noter que ces rêves se rapportent à des circonstances peu importantes, voire même plates et banales.

8. Une autre fois je rêve que je monte le trottoir devant la laiterie de Vandœuvres à la place des Philosophes et que de la bordure de granit où je cheminais j’aperçois l’intérieur du magasin d’un tailleur (quia déménagé depuis). J’avais fait le rêve le 12 novembre ; il se réalisa le 27 décembre.

4. Au mois de juillet (le 15 ou le 17), j’étais à bicyclette à la campagne. Brusquement je me souviens d’avoir déjà vu en rêve le clocher de l’église de Satigny, vers laquelle je cheminais pour la première fois de ma vie. Un nuage passa d’une certaine façon au-dessus

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du bâtiment et mon cousin qui m’accompagnait tressauta sur un caillou avec son vélo. Ces détails et d’autres aussi menus et précis, je les avais vus en rêve au commencement de juin. Du reste chacun de ces rêves est extraordinaire de vie et de détails visuels : L’ombre d’un gravier, une fourmi et jusqu’aux sensations les

plus ténues que j’éprouverai plus tard y sont consignées. Outre le rêve visuel, je rêve aussi les réflexions que je ferai plus tard dans un tiers de seconde. Toutes ces réalisations ne dépassent en tout cas pas une seconde, c’est comme si un brusque éclair d’un temps très court du passé m’éclatait devant les yeux. Ce qu’il y a de curieux, c’est que je m’aperçois sous mon rêve, dans un diagramme des saisons qui est toujours le même pour tous mes rêves et que je ne vois pas en dehors des rêves. (Fig. 23 ; réd. aux ^/g).

Ce diagramme, unique en son genre chez Léon, et

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lié exclusivement à sa paramnésie, présente l’aspect d’une ellipse de dimension fixe ayant un peu moins d’un mètre dans son grand axe et entourée d’un ruban d’une largeur uniforme d’environ 10 centimètres, vert au printemps, jaune d’or en été, rouge en automne, indigo puis noir en hiver. Il y a dans le ruban dégradation et non rupture des teintes et l’intérieur de l’ellipse en dedans du ruban passe du noir clair au gris. Léon se voit dans le ruban en petit et localisé à l’époque où il a fait ou plutôt où il reporte son rêve ; il se voit à moitié étendu comme on le serait dans une chaise-longue avec, au-dessus de lui, à 1 mètre de distance, le rêve qui a également subi une très forte réduction. « C’est, dit-il, le diagramme de mes rêves, mais de ceux-là seulement qui ont une réalisation. Je suis assis dans le ruban, penché en arrière et sous le rêve. C’est après le rêve que je me vois ainsi rapetissé, et surtout au moment de la réalisation. La partie du diagramme dans laquelle je suis, ressort plus vivement que le reste qui pourtant est visible dans son entier. » On sait que ces rêves avec réalisation , qui pour Léon sont une réalité — ils ont en effet pour lui toute l’apparence de rêves prémonitoires — je les considère comme des phénomènes de paramnésie. Mais ce diagramme spécial, qu’on ne retrouve pas dans l’état ordinaire de Léon, est à mes yeux d’une importance capitale, car il démontre à sa manière qu’il existerait dans la genèse de certaines synopsies une phase rapide de dissociation mentale. J’ai déjà attiré l’atten-

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tion sur ce point [à propos des diagrammes intermittents parallèles aux diagrammes constants de Jules Pradel (chap. III). Les diagrammes constants, soit pour Léon tous les diagrammes moins un, ont fini par s’imposer à la conscience, au lieu que les diagrammes intermittents sont demeurés dans l’automatisme supérieur ou automatisme psychique où ils se sont élaborés, et où ils ne pourront être revus qu’à la faveur d’un état subconscient, cet état dùt-il ne subsister que pendant une fraction de seconde, comme cela arrive à Léon pour la réalisation de ses rêves.

Ce qui, pour Léon se présente sous l’aspect de rêves prémonitoires se ramène à la paramnésie. En effet si l’on admet qu’il existe en chacun de nous des centres psychiques inférieurs (psychisme polygonal de Grasset) doués d’une activité propre qui ne devient consciente qu’après communication avec les centres supérieurs, — si l’on accorde en outre à cette activité polygonale une mémoire et un intellect, on comprend qu’avec une dissociation, même très éphémère, les centres supérieurs étant ou distraits ou préoccupés, le polygone enregistre de son côté d’autres perceptions, lesquelles se révèlent ensuite à la conscience comme du déjà vu ou du déjà senti. Toute la paramnésie est là.

Pour sa durée, Léon l’évalue de 74 cîe seconde à 1 seconde au plus, et pendant cet instant si fugitif, il se rappelle non seulement la scène qu’il dit avoir rêvée, mais encore les réflexions auxquelles il croit s’être

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livré dans ce rêve (donc des réflexions polygonales), son diagramme des saisons, etc.

J’ai été témoin d’une paramnésie de Léon. C’était à la première visite qu’il me fit. Tout à coup, au milieu d’une phrase, il se leva de son fauteuil, puis, se retournant, il s’écria naïvement, comme au sortir d’un demisommeil : « Vous avez justement un fauteuil avec la même draperie, les mêmes fleurs rouges et exactement les mêmes dessins que j’ai vus en rêve il y a un mois. J’avais très bien vu tout cela, mais seulement depuis le pourtour d’en haut jusqu’ici à la hauteur des bras. » Lorsque brusquement le souvenir revient à Léon de fleurs brodées d’une certaine façon sur une draperie de fauteuil et qu’il s’interromptpour se lever, se retourner et raconter son prétendu rêve, c’est que le psychisme inférieur (le polygone) est entré spontanément en contiguïté avec le psychisme supérieur : Léon prend pour un incident vieux d’un mois déjà le souvenir de la draperie subconsciemment emmagasiné il y a quelques minutes seulement, au moment où je l’avais fait asseoir.

Dans plusieurs de ses paramnésies, Léon se rappelle le « déjà vécu » à propos d’une phrase lue dans un livre ou vue au tableau noir ; c’est encore une dissociation des centres supérieurs qui, pendant qu’ils battaient un moment la campagne, ont laissé toute liberté au polygone de recueillir les mots qui échappaient à son supérieur distrait, lequel les retrouve ensuite comme s’il les avait rêvés autrefois.

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Je dis autrefois, et c’est là ce qui déroute dans les paramnésies en général, où cet «autrefois» reste vague, et dans les paramnésies de Léon où il acquiert une précision surprenante. La première question que je posai à Léon après qu’il m’eut remis ses notes fut pour lui demander si, dans les rêves où je lisais une date exacte pour le rêve (ainsi 15 janvier pour le rêve 2) et une date non moins exacte (17 février) pour sa réalisation, il avait marqué la première des deux dates tout de suite après le rêve et en tout cas avant sa réalisation. On aurait pu croire alors, comme lui, à un rêve prémonitoire. Léon de me répondre : « Au moment du rêve je serais incapable d’en marquer la date parce que ce n’est qu’à la réalisation que je peux savoir que c’était un rêve à réalisation et non un autre rêve quelconque qui ne sera pas réalisé. »

Il faut savoir que Léon rêve beaucoup et que par conséquent, pour emprunter son langage, la majorité de ses rêves n’aura pas de réalisation. Gela lui arrive surtout le jeudi ou le dimanche matin, entre le sommeil et la veille (rêves hypnopompiques), et s’il tient à y mettre un terme, il n’a qu’à se lever ou simplement à ouvrir les yeux. Mais d’où vient que Léon (sans se douter qu’il commet une grosse erreur de temps) puisse ainsi fixer la date de son rêve prémonitoire? « C’est que, dit-il, cela répond chez moi à une certitude profonde et que je garde, le lendemain encore, le souvenir du rêve fait la veille. Par exemple pendant la réalisation du 17 février, je savais parfai-

tement que le 16 janvier je m’étais dit avoir rêvé la veille les choses identiques à celles que je voyais. Ce qui fixe la date de certains rêves prémonitoires, c’est qu’ils m’ont frappé plus que d’autres ; du reste les circonstances ne se sont présentées avant la réalisation qiiune seule fois les mêmes pour toute Véternité. »

Cette explication n’est qu’une pétition de principe, mais que savons-nous de la logique subliminale? Pas grand’chose et assez cependant pour croire ceci : la mémoire polygonale recèle une foule d’associations habituelles, celles entre autres qui se rapportent à la division du temps. Eh bien, en examinant à ce point de vue les nombreuses paramnésies de Léon, on y découvre presque toujours et à peu de chose près, même lorsque les dates sont données avec précision, un intervalle entre le rêve et sa réalisation qui répond à notre façon ordinaire d’évaluer les durées, soit 1 mois, soit 15 jours, ou 1 mois, ou 3 semaines. Il ne sera donc point déraisonnable de supposer que le polygone, imprégné d’associations habituelles, favorise, par une attraction spéciale, l’illusion que des perceptions toutes récentes sont fort anciennes.

L’étude sommaire du cas de Léon m’autorise, me semble-t-il, à conclure, tout au moins pour ce qui le concerne, que la paramnésie consiste en une reviviscence consciente de perceptions subconscientes de très peu antérieures, mais qui, en vertu même de leur modalité subliminale, apparaissent à la conscience comme beaucoup plus anciennes.

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LA PARAMNÉSIE KINÉTIQUE OU LE « DÉJÀ ARTICULÉ )) ET LE (( DÉJÀ EXÉCUTÉ ))

Cette paramnésie-Ià serait aux autres paramnésies ce que le type moteur du langage intérieur serait au type sensoriel. Mais avant d’établir ce rapport, qui est encore tout problématique, il faudrait disposer d’un grand nombre d’observations ; et pour ce qui est de la paramnésie que j’appelle kinétiqiie, parce qu’elle concerne soit le geste, soit V articulation, nous ne les possédons pas.

Pour le geste, j’en ai rencontré un cas, celui de M. M., 17 ans. Plusieurs fois, en faisant, sans y prendre garde, un mouvement quelque peu insolite, soit du bras, soit de la jambe, il a éprouvé, avec étonnement et non sans émotion, la sensation d’avoir déjà exécuté le même mouvement d’une façon identique, quand même il sait parfaitement que cela n’a pas été possible.

Quant au déjà articulé, je l’ai trouvé uni au déjà entendu chez un garçon de 15 ans, intelligent, grand liseur et pour lequel certains mots font l’action qu’ils expriment, rient, dansent, pleurent, etc. Il éprouve toujours une certaine surprise, lorsqu’il en/e/id 7*é/)é/e/* ce qu’on ne lui avait pas dit et lorsqu’il reprononce ce qu’il n’avait pas prononcé.

Plus typique est le cas suivant ^ :

‘ Je l’ai publié, en italien, en novembre 1903, dans la Rivista di Psicologia de Cesare Ferrari, à Bologne ; je le redis ici en abrégé.

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Jacques, un garçon de 13 ans, intelligent, gai et bien musclé, d’une physionomie expressive, quoique l’œil gauche soit un peu fermé, appartient par son endophasie au type visuélo-moteur. Sa mémoire visuelle est très forte, sous ce rapport il est le 1®'' sur 36 élèves, tandis qu’il n’arrive qu’au 15*"® ou 16*"® rang pour sa mémoire auditive. Mais non moins fort est son état d’inapplication, lorsqu’il porte ses regards fixés sur une personne, sur un camarade par exemple, ou sur un objet, une sorte d’auto-hypnotisation, après laquelle il ressent un tiraillement en arrière dans les yeux. Il est du reste pleinement conscient de cet état dont il a cherché à se corriger, « car alors, dit-il, mes yeux regardent sans voir, mes oreilles écoutent sans entendre, et l’effort que je dois faire pour résister à cette sorte d’inertie est très pénible. »

Une des particularités de Jacques, c’est d’avoir une foule de rêves qui se répètent une ou plusieurs fois d’une nuit à l’autre, mais à des intervalles qui n’ont rien de régulier et qu’il ne saurait évaluer. Il y a dans ces rêves une parfaite identité de tous les incidents : ce n’est pas leur contenu qui diffère, mais leur genre d’émotion, qui peut être vibrant et dramatique dans l’archétype et devenir nul ou énervant dans les répétitions auxquelles se voit astreint un garçon qui préférerait du nouveau. Maintenant, ces rêves qui se répètent, sont-ils une réalité ou une illusion ? Ce sont des réalités en tant qu’échos d’un ou de plusieurs rêves antérieurs. Mais l’illusion commence au moment

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du réveil complet, lorsque Jacques n’a conscience d’aucun des courts éveils qui ont précédé ce réveil et pendant lesquels sa mémoire générale a pu enregistrer des souvenirs, qui se sont ensuite évanouis dans une nouvelle période de sommeil, où le rêve a recommencé. On observe de semblables phénomènes lorsqu’un sujet retombe pour quelques instants dans un sommeil somnambulique ou hypnotique avant le réveil définitif. Et quant à l’évaluation de la durée des intervalles entre les répétitions, on sait combien les rêves sont trompeurs. Leur fréquence chez Jacques nous permet de supposer que c’est dans la même nuit qu’en général il fait tel ou tel rêve avec sa ou ses répétitions.

Cette répétition dans les rêves nous donne la clé d’une autre répétition que Jacques trouve encore plus extraordinaire, celle d’avoir déjà dit ce qu’il dit pour la première fois, et cela lui arrive presque tous les jours. Voici comme il décrit ce phénomène: « Quand je prononce certaines phrases, certaines réponses à ce qu’on me demande, j’éprouve comme une secousse et j’ai la certitude d’avoir déjà dit la même phrase, d’avoir donné la même réponse, une ou plusieurs fois. C’est pourquoi, à peine ai-je fini d’exprimer ma pensée, je regarde mon interlocuteur pour lire dans ses yeux ce qu’il pense de moi, parce que jé suis convaincu de lui avoir redit mot pour mot ce que je lui avais déjà dit et qu’il va me prendre pour un imbécile. »

La sensation du déjà articulé présente chez Jacques

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des modes variables d’intensité : en effet, suivant l’élévation du ton qu’il donne à ses réponses, il lui semble parler de plus près ou de plus loin. En outre, lorsqu’il a répété mot pour mot ce qu’il a la sensation d’avoir déjà dit, il a oublié la phrase même qu’il vient de prononcer et qui n’a pour ainsi dire pas sonné à ses oreilles. La paramnésie de Jacques est donc essentiellement motrice ou kinétique ; elle réside dans les organes de l’articulation ; il ne connaît d’ailleurs ni le « déjà vu », ni le « déjà entendu ».

LA PARAMNÉSIE NÉGATIVE

P. C., 15 ans, sain de corps et d’esprit, attend avec surprise une réponse à la question qu’il vient de poser, mais qu’en réalité il iia pas posée. S’il la posait, il éprouverait la sensation de se répéter, et d’être un rabâcheur, comme le Jacques de tout à l’heure. Il sait donc avoir articulé une phrase, mais cela n’est pas : c’est du déjà articulé négatif.

Supposons qu’on ne veuille pas répondre à une question parce qu’on aurait la sensation de l’entendre exprimer pour la seconde fois, comme si l’on se moquait de vous, et d’y avoir déjà répondu, on aurait alors du « déjà entendu négatif », combiné avec le « déjà articulé négatif ». On pourrait aussi rencontrer du « déjà vu négatif ».

Pour en revenir à P. G., il sera un jour en course

LES PARAMNÉSIES

de montagne avec un ami et, à un moment où il croira lui avoir demandé : « Te rappelles-tu la promenade que nous avons faite avec mon « cabot » l’an dernier, à pareille époque?».... l’ami ne lui répondant rien, P. C. l’interpelle par des « hein?.... hein?....» auxquels son interlocuteur répliquera : « Tu n’es pas fou avec tes « hein? hein?» Qu’est-ce qui te prend?» Et P. G., toujours étonné, quoiqu’il ait subi souvent une pareille déconfiture, comprendra qu’il n’avait pas prononcé la question qu’il était sûr d’avoir posée. Un soir, en rentrant d’un concert, il demandera : « Comment avez-vous trouvé ces préludes de Liszt? » Et, comme on ne lui répondra rien ou qu’on lui parlera de tout autre chose, la surprise s’emparera à nouveau de lui, et il se fâcherait à bon droit, s’il ne commençait à s’habituer à cette petite tare. La question censée articulée ne l’a pas été, elle s’est arrêtée à la pensée mentale, qui n’a pas entraîné, mais lui a seulement donné l’impression d’avoir entraîné après elle l’automatisme verbo-moteur.

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