CD
ans
Français
CO
Allemand
Arilhmé-
tique
Géographie
Accès de tristesse . . .
Déprimé, endormi . .
Ereutophobie, tics . .
Inattentif, paresseux .
Sournois, mystérieux .
Sournois, dissimula-
teur, fugues
Hallucinations (Fritz-
Algar du ch. VIII). .
Prétentieux, susceptible Ereutophobie, suscep-
tible
Anémique
Timide, ties
Ereutophobie, phimosis
Bègue, sournois. . . .
Passif, arriéré
Capricieux, vaniteux .
Intelligent, fatigué, tics
Lent, passif
Intelligent, irritable .
IIV2
Nerveux, fatigué . . .
Irritable, nerveux . . .
Lent, infantilisme. . .
Intelligent, tics ....
Infantilisme, niais . .
Totaux. . . .
Moyenne . . .
ll-/ü
LES MAUVAISES HABITUDES
graphie. Or, ce qui frappe dans notre tableau, si l’on tient compte de cette observation, c’est la faiblesse de toutes les branches sauf une, mais très particulièrement la faiblesse en géographie où l’on obtient 2,8 au lieu de 5, tandis que V arithmétique nest aiicunement entamée. D’où cette conclusion inattendue que l’élève de douze à quatorze ans qui serait fort en arithmétique et très faible en géographie serait à surveiller dans ses habitudes. Cela constituerait un test psychique. Bien entendu, ce test, pas plus qu’aucun autre, ne doit être considéré comme un critère infaillible, mais nous croyons pouvoir lui attribuer pour le moins autant de valeur qu’aux symptômes physiques généralement allégués comme révélateurs de mauvaises habitudes (yeux cernés, sueur froide des mains, frappement du front, etc.).
Mais d’où vient cette infériorité frappante en géographie et cette supériorité non moins frappante en arithmétique? Et y aurait-il en cela une connexion avec l’idée quelquefois émise que pour combattre les mauvais instincts il serait bon de faire le plus possible de mathématiques ?
La géographie fait appel à la réflexion sans doute, mais plus encore à la mémoire verbale et topographique. Dans nos pays, un moment vient, entre quatorze et quinze ans, où la mémoire des mots cède brusquement le pas au raisonnement abstrait : la première descend rapidement pendant que monte le second. Que se passe-t-il alors chez ceux qui ont de
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mauvaises habitudes? C’est que, mûris prématurément ^ leur mémoire verbale et topographique a subi, avant l’âge, une grave dépression, dont elle ne se relèvera plus tard qu’au prix des plus grands efforts, sans qu’il y ait eu une compensation équivalente du côté du raisonnement, qui reste dans la norme, mais ne la dépasse pas.
Passons à l’examen des signes caractéristiques que nous avons indiqués en raccourci dans notre tableau. On les résumerait assez bien en disant que le jeune vicieux est ou bien ralenti et fatigué ou bien nerveux et irritable, qu’il est susceptible, sournois, assez souvent vaniteux, tiqueur, timide ou éreutophobe (craignant de rougir)^.
Relativement à l’âge où débutent les mauvais instincts notre tableau est instructif. En négligeant les trois cas (sur 23) d’une extrême précocité, attribuables à une tare nerveuse ou à une coupable négligence de la part des parents, on peut dire que c’est vers douze ans — à cet âge qui marque le mieux la sortie de l’enfance et le début de l’adolescence, ainsi que le fait justement remarquer Claparède ^ — que l’on est le plus exposé à subir pour la première fois les mauvaises suggestions de son propre corps ou celles de ses camarades.
Ce serait donc à ce moment-là, qu’il conviendrait
‘ Pour l’éreutophobie et son rapport avec le vice dont nous parlons, voir Claparède, L’obsession de la rougeur. Archives de Psychologie, t. I, p. 307.
* Claparède, Psychologie de l’Enfant, 1909, p. 65.
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de donner aux garçons des instructions sur les organes de la reproduction et sur les dangers dont ils peuvent être cause. Mais j’ai hâte d’ajouter que ce n’est là qu’une indication générale. Car, à mon sens, et je l’ai répété plus d’une fois à des pères de famille, il y aurait plus d’inconvénients que d’avantages à instituer, à cet âge-là, un enseignement collectif sur ces questions, auxquelles la majorité des écoliers est restée jusqu’alors assez indifférente. Il faut prendre garde aux intimités, plus étroites qu’auparavant, qu’on risquerait d’engendrer ainsi, indirectement, entre les vicieux, qu’il faudrait atteindre par des procédés plus efficaces, et les non vicieux dont l’attention serait forcément et très émotivement attirée vers des préoccupations sexuelles. Par contre, une initiation individuelle me paraît tout indiquée pour les contaminés, cela va de soi, et pour ceux qui le seraient facilement et qu’il s’agira de découvrir et de prémunir au moment propice.
Du reste, sans en méconnaître l’importance, il ne faut pas se laisser aller à l’exagération sur la fréquence et les suites des mauvaises habitudes. A en croire certains maîtres (qui ne sont pas de chez nous), la presque totalité des garçons de douze ans en seraient atteints. Mon expérience de plusieurs années est en désaccord avec un tel pessimisme et me donne à peine du 20 7o de vicieux à cet âge-là, ce qui est encore évidemment une proportion très forte et que beaucoup ignorent, preuve en soit cette réponse d’un
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de mes collègues que je renseignais à ce sujet sur un de ses élèves : « Je tâcherai de le surprendre en flagrant délit pour le faire renvoyer du collège! » Cette condamnation sommaire est bien simpliste et ne devrait s’appliquer qu’à un récidiviste dangereux pour ses camarades et incorrigible, un oiseau rare assurément. Et puis le condisciple n’est pas toujours le coupable, c’est très souvent un garçon rencontré en dehors des classes, ou un parent assez proche, principalement un cousin.
Il ne m’est pas possible de m’étendre ici sur la cure psychique des mauvaises habitudes. Elle différera passablement d’un sujet à un autre et sera d’autant plus radicale qu’il sera moins avancé en âge. De douze à quatorze ans le succès est presque assuré et il m’a suflî parfois alors de quelques paroles persuasives pour qu’on renonçât entièrement au vice. Plus tard on est obligé dans bien des cas de faire la part du feu, mais on obtient tout de même des résultats très appréciables et qui, dans des circonstances graves, ont pu sauver un adolescent de la tuberculose ou l’empêcher de se suicider.
Ainsi, tout paradoxal que cela puisse paraître, il vaudra mieux qu’un garçon ait subi de mauvaises influences déjà à douze ou à treize ans plutôt qu’à quinze, mais à la condition expresse qu’il ait été, peu après, averti et corrigé. Il sera alors mieux immunisé pour bien des années que l’adolescent qui se serait livré au vice à une époque où la sexualité, plus avan-
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cée, est devenue plus perfide dans ses assauts et plus insinuante dans ses procédés. J’ai analysé très en détail un exemple typique de cette sexualité-là, auquel je renvoie le lecteur désireux de savoir jusqu’où peuvent aller les luttes épiques qui s’engagent entre une chair vicieuse et une conscience restée délicate. C’est le cas d’un jeune homme très doué, mais qui était déjà fort taré lorsqu’il se présenta chez moi, à seize ans, pour me prier de l’assister, un cas dont l’intérêt réside surtout dans le fait de présenter, sous la forme d’un grossissement pathologique, l’état d’âme d’un fort grand nombre d’adolescents aux prises avec d’ignobles passions qui leur font la guerre. On trouvera ce cas dans la troisième partie de ma Psychologie de V Adolescent (extrait des Archives de Psychologie, 1909), sous ce titre : L’Evolution mentale d’un dégénéré supérieur.
Nous ne possédons aucune statistique des réactions produites par les mauvaises habitudes sur la mentalité des adolescents et nous ignorons l’importance de ce facteur dans l’arriération pédagogique, dans la fatigue et dans le surmenage. Mais nous devinons que cette importance n’est pas mince et cela semble ressortir assez clairement de notre tableau ci-dessus et des commentaires qu’il nous a inspirés. Aussi croyonsnous qu’il est du devoir d’un maître qui prend au sérieux ses fonctions — sauf à subir peut-être de ce fait, des attaques injustifiées — de prémunir contre leur sensualité les adolescents dont il connaît les
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mauvais penchants Il saura le faire avec tact, avec mesure, en évitant les exagérations pessimistes et surtout les réprimandes, qui resteraient sans effet utile. Plus d’un l’a déjà fait, nous aimons à le croire, et il aura reçu dans la suite une foule de témoignages de gratitude de ceux au bonheur desquels il a contribué en une large mesure.
* Cf. Fôrster, L'école et le caractère, Saint-Biaise, Foyer solidariste, 1909, p. 60 et 61.