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COMMENT JE COMPRENDS LA VIE PAR SES PHENOMENES

Support de la vie

Pour bien comprendre les phénomènes vitaux, il faut d'abord

mettre toute idée préconçue de côté; procéder a priori, donne au moins

999 chances d'erreur sur mille. 11 faut donc se défaire de toutes les

notions que nous avons reçues jusqu’à ce jour, Comme lé propose le phi-

losophe Locke, il faut faire table rase de tous nos préjugés, de toutes

nos croyances et s'inspirer de la méthode de Descartes qui est la véri-

table, pour arriver à la connaissance exacte des choses et des faits de

l'ordre scientifique : c'est-à-dire rocéder par voie d'examen, puis par

la discussion rationnelle, basée sur l'observation et l’'expérimentation. Lo

Tout ce que notre raison, fondée sur nos sens, aidée de toute l’instru-

mentation moderne, nous affirmera, nous l’accepterons comme vérité

scientifique, sujette à révision continuelle sans doute: car c'est là la

grandeur de la raison dans sa faiblesse, de la science dans son humi-

lité, de ne jamais imposer de dogmes et de toujours chercher la vérité.

Tout ce que je demande, tout ce que ma raison exige ,au nom et

au profit de la science et dans l'intérêt de la liberté d'étudier, de penser

et d'écrire, c'est de pouvoir exprimer mes opinions, mes convictions

sans contrainte, parce que je suis de bonne foi, que je fais un effort

consciencieux à la recherche de la vérité. Je puis me tromper, mais

je ne veux tromper personne sciemment.

œ LA VIE

Je ne doute pas que ce modeste travail va soulever des objections, je l'ai dit dans mon introduction, mais au cas de contradiction dans les choses de la science, qui doit étre juge? Le préjugé? Non. L’autorité? Non. La liberté? Oui. La liberté qui respecte les opinions droites et sincères, la liberté qui permet à la science de dessiller les yeux des ignorants, la liberté qui est à la base de toutes les lumières, la source de tous les progrès dans l'humanité, la liberté qui engenire l'évidence. Quand je dis liberté, je ne dis pas licence; je sais en quoi consiste la licence, de même que la liberté. D'avance, je réponds que la liberté que je réclame pour la science n'est pas la hcence: je de mande simplement la liberté de dire comment je comprends la vie € comment je l'explique.

J'ai dit plus haut que la vie ne pouvait se définir dans son essence toutefois, comme l'esprit humain pour sa satisfaction, a besoin de 5 rendre compte des choses, autant que possible, suivant sa compréhen sion, je propose la définition suivante de la vie: la vie dans sa forme 1 plus élémentaire, est une m@ifestation matérielle de certains assem blages moléculaires et dans sa forme élevée, le produit de certair groupements cellulaires ; en tous cas, la vie est un résultat, caractéris par des mouvements ininterrompus d'éléments matériels. En un ce tain sens, provisoirement métaphysique peut-être, l’on peut dire que | vie est dans l’atôme primordial, élémentaire, au même titre que l’éle tricité, la lumière, etc. Ou autrement: certaines combinaisons d’at mes produisent, suivant le cas, à la suite de groupements divers et SP ciaux, de l'électricité, ou de la chaleur, ou de la vie, de même qu’ul foule d’autres phénomènes, séparément ou simultanément. Les vieill dénominations de corps animés et corfs inunimés disparaissent do

naturellement, parce que toute la matière est animée dans son intimi

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LA VIE 61

L'animisme, principe de vie des péripatéticiens et de leurs succes-

seurs, faux dans la conception dualiste et séparatiste, m

ais vrai en tant qu'inhérent à la matière, devient donc le

principe général de tous les

phénomènes engendrés par le mouvement universel de la substance.

Ce mouvement continv. ininterrompu, irréductible et probablement

éternel des dernières particules de la matière, que l’on désigne sous le

nom de brownien, du nom du physicien qui en a fait la démonstra-

tion, est aujourd’hui admis incontestablement par tous le ce mouvement brownien est

s savants, Et Sans doute l’origine, la raison d’être de tous les phénomènes que manifeste la matière et que

energie et dont la vie est simplement l’

nous appelons force ou une des formes,

Et ce qui confirme cette manière d'interpréter le prénomène vital, c'est qu@ jamais aucun savant n’a vu ou constaté de la vie, tum matériel,

sans substra- La vie ne s’est jamais manifestée autre substances matérielles: l'abstraction vie, entité mythe qui ne peut exister que dans de

tion. L'on dira : peut-on nier la pos.

ment que par des indépendante, est un s cerveaux en produit d'imaginailité du dualisme de la vie et de la matière ? Théoriquement, il n’y a pas contradiction d

ans les termes, mais pratiquement, les faits vont à l’

encontre de cette supposition, La conception même que la science moderne se fait de la vie, implique l'impossibilité de son existence sans un support matériel. Supposer

que la vie peut exister abstractivement, autant vaudrait supposer que la lumière peut exister sans source lumineuse, l'électricité sans méca-

nisme producteur : ce serait une musique sans instrument.

Si la vie était un être, une entité indépendante, un objet séparé Ou pouvant être dissocié des corps, la médecine, tel que nous l’enten-

dons, l’enseignons, la thérapeutique matérielle faite de médicaments,

Lab

tt

mme

de procédés physiques, etc., n ‘auraient plus eur raison d'être. La vie

principe métaphysique, 1 immatériel, serait toujours semblable à elle même, à l'abri des maladies, sans croissat Et si dans cette voie, nous poussions cet examen jus

nous en toucherions toute l'absurdité.

ce ni déclin, sans commen

cement ni fin.

qu’à ses dernières limites,

L'on a dit: mais la vie est une musique qui ne peut chanter

Cette comparaison est parfaite; mais COMIT

l'instrument est faussé.

sans l'instrument ? Riel

je l'ai dit tantôt, la chanson, que serait-elle,

Et cet instrument, une fois faussé, comment s’y prend-on pour le ra

Avons-nous recours aux incantations, aux supplication

Ilen va de même quand notre m

commoder ?

aux invocations ? Evidemment non.

chine vivante est faussée. Et c'est dans cette co nt la vraie médecine et ses progrès. Hors là,

Mais l'esprit humain est bâti de telle façon, q

nception matériel

positive, que réside

route est fausse.

nous voguons continuellement sur une mer de contradictions, Sa

nous en rendre compte. Nos hommes de profession, 108 homn

. instruits, nos bourgeois même, tous, nous nous moquons des sectes

genre des “ecientists”, qui traitent les affections uniquement par (

prières, logiquement toutefois, conformément aux’ principes dualis

qui ont cours dans leurs évangiles ; et cependant, quand nous tombx

malade, si nous nous hàtons de recourir au praticien qui nous adminis

des médicaments matériels, nous ne négligeons pas les” médicatt

thaumaturgiques, comptant sans joute que l’abon:lance de traiteme

comme l'abondance de biens ne peut nuire; nous invoquons toutes

puissances surnaturelles, nous nous mettons parfois en route Pour $

plier ces puissances de faire des miracles en notre faveur.

Espérons que ces pratiques irrationnelles disparaitront dans

La vie, » à ellecommen

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LA VIE 53

avenir prochain, lorsque l'instruction sera universellement répandue, lorsque la notion exacte de l'unification de la matière et de l'énergie, c'est-à-dire du corps et de la vie, vérité scientifique incontestable, sera acceptée universellement,

Quels sont maintenant la caractéristique et le support de la vie?

Quand j'allais à l’école, dans mon enfance, l'on m'enseigna que les corps animés (dans le sens de vivants) s: développaient par intussusception et les corps inanimés par juxtaposition et que c'était là la caractéristique de chacun de ces deux états. Je ne sais trop si même actuellement ce n’est pas encore l'enseignement classique officiel. D'après les données que j'ai exposées, cette distinction archaïque des substances animées et inanimées est périmée, puisque en fait il n'existe pas de matière inanimée, Quant à la valeur de cette définition, il suffit de nous reporter aux expériences de Stéphane Leduc pour en compren:ire toute l'inanité, toute la caducité. Plusieurs de ceux qui me lisent, étant médecins, doivent se rappeler les expériences mémorables auxquelles je fais allusion. Leduc fabrique des graines de sulfate de cuivre et de sucre, qu’il dépose dans un ..ute de ferrocyanure de potassium gélatineux. Je reproduis: “le gra wule s’entoure d'une membrane de ferrocyanure de cuivre, perméable à l’eau et aux ions, mais presque complètement imperméable au sucre; :elui-ci produit à l'intérieur une forte pression osmotique qui appelle l'eau, et l’on voit la cellule germer, puis grandir ; ell. émet des tiges qui poussent verticalement et peuvent atteindre jusqu’à 30 centimètres de hauteur; parfois, poussent ‘les tiges latérales ; les tiges portent des organes terminaux en forme de boules, de chapeaux, d’épines, de vrilles, de chatons. Le produit de la croissance, qui a l’aspect d’une plante, peut avoir plu-

sieurs éentaines de fois le volume de ia graine initiale, La substance,

4 LA VIE

nn ne

ré

pour grandir et grossir est empruntée du milieu de culture ; il y a done nutrition par intussusception. J'ai donc pu réaliser, paf les forces physiques, les phénomènes de nutrition, d'organisation et le croissance.”

L'on a beaucoup faussé les prétentions de Letuc en certains milieux. Jamais le professeur de Nantes n'a prétendu avoir créé des plantes vivantes. 11 résume clairement sa pensée dans la conclusion de ja conférence qu'il fit à Paris, le 7 décembre 206 : “Une seule fonction reste à réaliser, pour achever la synthèse de la vie: la reproduction en série, Je considère ce problème comme du même ordre que ceux déjà résolus.”

“La vie, — cela ne fait plus de doute pour aucun savant, — n'obéit à aucune loi spéciale ou exceptionnelle et n'échappe pas à l'influence des forces inorganiques”, dit Buchner, “elle doit bien plutôt être con sidérée comme le résultat du concorrs bien défini de forces physiques et chimiques, ou comme un ensemble de mouvements mécan: : es d'un complication telle, que nous n'en connaissons pas d’autrr xemple € dont il faut chercher l'explication uniquement dans les forces habit tuelles et bien connues de la nature.” Et Berthelot, l'un des plus grand: des plus honnètes génies dont la France s’honore, affirme que “Ja syn thèse nous conduit à la démonstration de cette vérité capitale, que le forces chimiques qu. régissent la matière organique sont réellement |

sans réserve, les mêmes que celles qui régissent la matière minérale

La matière en général, est ‘donc te support de la vie.

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LA VIE (a

La vie dans son origine.

Si nous nous plaçons en face d'un anthropoide, pour étudier la vie dans toute sa complexité, il est bien certain que nous risquons fort de nous égarer, C'est tout-d-fait au bas de l'échelle matérielle qu'il faut aller pour découvrir les données fondamentales de. ce difficile probleme, puis, procéder du simple au composé, En suivant cette méthode et en étudiant à fond les propriétés physiques et chimiques de la matière, l'on est surpris de constater qu'il n'existe pour ainsi dire aucun hiatus entre les corps inertes et les corps vivants, Si les métaux, les métalloïdes, les sels, ete., sont réputés corps inanimés, c'est que nous nous contentons d'observations superficielles et incomplètes. Voyons ce qui se passe, par exemple dans une solution de chlorure de sodium bouillante que nous laissons refroidir, ou froide que nous laissons évaporer lentement, Personne n'ignore qu'il se forme alors des cristaux. Qu'est-ce qu'un cristal? C'est la réunion régulière, déterminée des molécules d’un corps, formant des figures géométriques, toujours les mêmes, dans les mêmes conditions, 11 est évident qu'alors, les molécules agissent avec intelligence et discernement. S'il n'y avait pas dans chacune des molécules du cristal, le mouvement, la volonté et le consensus, — toutes choses à l'état latent et quelque peu obscur sans doute, — comment pourraient-elles former des multitudes de composés, d'organismes en quelque sorte, toujours semblables, dans les mêmes conditions ? Et ce qui les rapproche quant aux principes morfhologiques, des organisines vivants, c'est que après une période de développement, de croissance, ayant atteint un volume déterminé, adultes en

quelque sorte, tout travail vital cesse, — et si dans la solution, les élé-

a noms

à i@ LA VIE

ments de cristallisation aboi eut, il se forme d'autres cristaux, ! "est-à

dire d'autres organismes senbi.i es,

Mais il y a plus, il : ; r'à l'instar des cellules vivantes, ! cristal discerne, choisit « J'assimilation, Ainsi, dans une solution de deux sels di prenons par exemple du chlorure de sodium et du suite : magnésie à parties égales, — si l'on » plonge un ci : ‘“hlor: e «dernier continuera à profiter jusqu'à sa sance, buis tout autour, il se léveloppera %e nous: 14 el de cuisine pur et sans mélange. N'y a-t-il pas !: une : volontaire et intelligente, où

instinctive, si l'on préfère? N'est-ce pas là, l'uniforme et même loi fondamentale qui régit l:s organismes vivants : le choix des aliments ? Sans doute que dans la cellule à enveloppe membraneuse, les processtis de la nutrition sont plus compliqués ; l'oi voit alors intervenir l'osmose, la catalyse ; mais dans la masse colloïale interne de protoplasma cellulaire, tout se passe comme clans le phénomène cristallisation.

Tous les biologistes sont bien convaincus que le phénomène vie, dans son essence, se confine dans le protoplasma de la cellule ; — son enveloppe n’est qu'un organisme destiné à faciliter l'élaboration de la vie dans son intimité, Et dans ce protoplasma, la vie n'est apparemment et sans doute que le résultat d’actes physiques et chimiques, ana-

logues à la cristallisation et à la catalyse dont il sera question plus loin. En d’autres termes, les phénomènes vitaux relèvent des échanges €rtstalloïdaux et colloïdaux.

Mais avant de jeter un rapide coup d'œil sur les corps colloïdaux et les substances catalysantes, il est encore quelques propriétés des cris-

taux qu'il vaut de connaître. Nous avons vu que les cristaux, à l'instar

| time orure 8, — era à tour, sans te, où ne loi ents ?

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1e vie, SM \ de la paren- $, afä- 18 loin.

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LA VIE

des cellules, acquièrent ne forme déterminée et une croissance limitée, Quant cette limite est atteinte, l'on voit naître un organisme supplémentaire: un secomt cristal pousse sur le premier, de méme qu'une seconde cellule nait d'une première,

Îl semble mème qu'il existe des spores de cristaux, pour me servir d'un expression uniquement consacrée à la microbiologie, spores beaucoup plus résistantes sans doute que celles des bacilles, mais susceptibles le mort dans certaines conditions, Ainsi, prenons des cristaux de sul fate de soude, fais ms-les séchet É nterment, à ufie temperature moyenne pour leur enlever leur eau de cristallisation, —- nous obtiendrons une poudre amorphe qui a la propriété de former cle nouveaux eristaux lans une solution sursaturée de sulfate de soude, Mais si avant de procésler à cette dernière expérience, nous avons préalablement porté notre poudre amorphe à une température d'au-delà de cent degrés, celle-ci a perdu ses propriétés germinatives : semblable à des spores stérilisées, elle n° provoquera plus la formation de cristaux dans la solution indijuée, — elle est morte,

En somme, donc, le cristal tient une position intermédiaire entre la substance organique et l'inorganique : c'est un organisme de transi-

sition, un stade de l'évolution.

La vie repose sur des phénomènes physico-chimiques. Catalyse—Osmose—Colloide.

Début de la vie sur notre Globe.

La cristallisation n’est cependant pas la vie, c'en est un acte seule-

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