‹ La vie [microforme]Chapitre 19 sur 37 · LA VIE · texte numérisé non relu

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aussi que chaque individu n'est pas forcé d'évoluer en vertu d'une loi fatale, mais qu'il se transforme pour s'adapter, quand les conditions extérieures ou intérieures de son existence changent. Les lois de l’évolution sont donc des lois de contingence.

J'ai dit plus haut que Lamarck avait été conduit, au transformisme par la difficulté qu'il éprouvait à distinguer les limites des espèces, au musée zoologique de France, dont ilavait charge,etiln'y a pas à nier que la série insensible, ininterrompue de tous les animaux, ainsi que de toutes les plantes, suggère Vidée d'évolution et est un argument de probabilité en faveur de leur origine commune; mais combien d’autres caractères prouvent leur parenté réelle. Tous les animaux, pour ne parler que de ceux-ci, tirent leur origine d’un protoplasma identique ; puis le développement de ce protoplasma, au fur et à mesure que nous montons dans l'échelle, produit chez tous des tissus analogues : muscles, nerfs, glandes, os, etc. ; chez tous, la nutrition, le métabolisme est identique ; tous, du plus bas au plus haut, commencent toujours par une cellule détachée de la mère, souvent fécondée par le père et finissent par la mort. Cette unité de plan saute aux yeux de tout observateur non préjugé. Les derniers représentants du fixisme parmi les naturalistes marquants se sont éteints avec le français De Quatrefage et le suisse Agassiz, de même que le dernier refuge des adversaires ‘du transformisme s'est écroulé sous l’écrasante charge des observations, des faits positifs. Flourens avait édicté cette loi : “sont de la même espèce, les êtres interféconds, sont d'espèce différente les êtres interstériles.”. Mais dit Mgr Guibert: “La formule de Flourens est loin d’être absolue ; nombreux sont les cas où les

races sont interstériles comme les espèces : le cochin-d’inde

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ne s'accouple plus avec son ancêtre du Lrésil ; le chat domestique importé au Paraguay ne s'allie plus avec la forme européenne : le lapin déposé dans l'île Porto-Santo, près de Madère, en 1419, ne se croise plus avec le lapin européen, dont il descend, pas même pour lonner des hybrides, etc. Par ailleurs, les hybrides ne sont pas toujours stérilss : les léposides et les chabins (mouton et chèvre) en fournissent la preuve depuis longtemps: les cas d'interfécondité entre espèces dif. rentes, pour rares qu'ils sont, semblent se multiplier dans les annales de la science."

L'objection que les fixistes ont le plus de difficulté à résoudre, est la constatation chez tous les animaux, surtout chez ceux des classes élevées, d'organes désuets, ru:dimentaires. Quel sens peut avoir la glande pinéale, si ce n'est un vestige de l'oeil pinéal ‘les ancètres : et le moignon du pingoin, si ce n'est une aile atrophiée ; et l'appendice coécal de l’homme, si ce n'est le débris d'un intestin usagé ; et le repli semilunaire de l'angle interne de l'osil, si ce n'est le reste le :1 inoisième paupière des marsupiaux; et l'os sous-vomérien de Rambaud, si ce n'est le reste de l'organe de Jacobson, encore très développé chez quelques singes ; et les muscles de l'oreille et une foule d'autres organe: atrophiés par le non usage, comme dit Lamarck. Comme tout se comprend, s'explique, quand on s'en rapporte à la loi de Lamarck: “le léfaut d'usage d’un organe l'affaiblit, le dimine progressivement et finit par le faire disparaître.”

À l'appui de la théorie que nous soutenons, ce qui a le plus frappé

les imaginations, a été les découvertes faites ans les diverses couches

géologiques de notre globe; et à ce sujet, les adversaires de cette

théorie ont tout fait pour repousser l'évidence. L'on a même été jus-

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qu'à affirmer que tout ce qui existe ayant été créé en six jours ,les fossiles, les squelettes, les restes zoologiques épars dans les divers feuitlets de la terre n'étaient que <es jeux de la nature; comme si la nature malicieuse avait voulu nous mystifier: — voilà où l'aveuglement sec-

taire peut conduire la raison.

Mais si débarrassés de tout préjugé, nous suivons le développement peléontologique au cours des âges divers de notre planète, nous voyons que, à la fin du primaire, il n’existe rien autre que des débris ©: poissons ; puis des amphibies se montrent au trias ; à la période crétacé du secondaire apparaissent les dinausoriens, les premiers oiseaux, les premiers mammifères ; mais le règne de ceux-ci ne s'épanouit que durant le tertiaire; puis l’homme apparaît au début du quaternaire, La géologie nous fournit donc la preuve matérielle que tout à fait au début, les êtres vivants appartenaient aux formes les plus simples, les plus rapprochées du règne minéral, puis, que toute la série progressive des animaux qui se sont succédés, a laissé sa signature dans Îles feuillets successifs du globe terrestre.

La paléontologie en ranimant les formes ‘lisparues, a rempli, à complété la chaîne zoologique, dont certains anneaux manquaient : sans le pithécanthrope de Java, sans les cranes de La Chapelle-aux- Saints, de Néanderthal, etc., nous ne pourrions comprendre le passage

de l'animal à l’homme ; sans l’archaeopterix, ce reptile ailé, à bec d’oiseau pourvu de dents, aux ailes emplumées, dont les doigts portaient des griffes et dont la queue analogue à celle des lézards était formée

de 40 vertèbres, nous ne pourrions déchiffrer la généalogie des oi-

seaux ; et combien d’autres jets lumineux, cette scir:ice pourtant jeune

et encore bégayante a-t-eille projetés sur notre passé.

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Si maintenant l'on saisit la signification ‘le l'embryologie, ce raccourci de notre long passé ancestral, dont j'ai fait une récapitulation sommaire dans l’un des chapitres précédents, tout homme de bon sens admettra qu’il existe un faisceau de preuves, dont toutes les probabilités, les vraisemblances accumulées, conduisent à l'évidence : et nous dirons avec Lamarck: ‘que tous les corps organisés de notre globe sont des proluctions de la nature ; que ila nature a commencé par former Îles corps organisés les plus simples et qu’elle ne forme directement que ceux-là ; que la faculté d’accroissement dans chaque portion du corps organisé, étant inhérente aux premiers effets de la vie, elle a donné lieu aux différents modes de multiplication et de régénération des individus, et que par là, les progrès acquis dans la composition de l’organisation et dans la forme et la diversité ‘les pcrties ont été conservés ; qu’enfin les corps vivants ayant éprouvé chacun des changements plus ou moins grands dans l’état de leur organisation et de leurs parties, ce qu’on nomme espèce parmi eux a été insensiblement et successivement ainsi formé.”

Nous concluerons donc en affirmant notre conviction :que tous les êtres vivants dérivent d’un ou de plusieurs types primitifs élémentaires et sont parvenus à leur état actuel par suite de modifications successives et insensibles ; et que l'adaptation et la concurrence vitale ont été les principaux facteurs de ces modifications que l’hérédité a

fixées.

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