‹ La vie [microforme]Chapitre 20 sur 37 · CE QU'EN A DIT LAMARCK · texte numérisé non relu

CE QU'EN A DIT LAMARCK

Ce qui semblerait le plus simple, le plus logique maintenant, pour amener la conviction ferme, indiscutable chez celui qui me lit, serait peut-être ‘le procéder à la description des successions biologiques, dans l'ordre chronologique, depuis l'origine de la vie: mais ce qui parait le plus simple, n'est pas toujours le plus facile, D'ailleurs, la masse de faits, de documents, de recherches, de descriptions, d'argumentations, nécessaires à cette démonstration, serait hors de proportion avec les moyens à ma disposition, et sans doute aussi avec le temps que la plupart de mes lecteurs peuvent consacrer à cette étude. Aussi, m'a-t-l semblé pouvoir arriver au mème résultat, en prenant pour sujet d'étude

le plus haut représentant ile l'échelle animale : l'homme, et en prouvant

qu'il est indubitablement le produit ultime de l'évolution universelle.

La question ainsi limitée, y gagnera en précision, en limpidité et en intérèt.

Le premier qui a abordé ce problème, au point de vue rationnel et scientifique, est encore le grand Lamarck; mais à cause des préjugés anthropolâtriques de ses contemporains, il a présenté cette étude sous forme dubitative, où l’on sent cependant que sa conclusion va à l'encontre de sa conviction.

La lecture de ce petit monument à la fois de bon sens et ‘de con-

tnnhhananenethénanétmanédécnonanaééimmnnainné nées eh ée nasbéaénééiin vs cie.

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trainte, m'a tellement intéressé, que je le transcris pour ceux qui seraient curieux d’en prendre connaissance.

Quelques observations relatives à l'homme.

“Si l'homme n'était distingué des animaux que relativement à son

ï organisation, il serait aisé de montrer que les caractères d'organisation

14, dont on se sert pour en former avec ses variétés, une famille à part,

sont tous le produit d'anciens changements dans ses actions, et des ha-

bitudes qu’il a prises et qui sont devenues particulières aux individus de

son espèce.

4 Effectivement, si une race quelconque de quadrumanes, surtout la

plus perfectionnée d’entre elles, perdait, par la nécessité des circons-

tances, ou par quelque autre cause, l'habitude de grimper sur les arbres

et d’en empoigner les branches avec les pieds, comme avec les mains,

pour s’y accrocher, et si les individus de cette race pendant une suite de

# générations, étaient forcés de ne se servir de leurs pieds que pour mar-

cher et cessaient d'employer leurs mains comme des pieds, il n'est pas

douteux, d’après les observations exposées «lans le chapitre précé lent,

que:ces quadrumanes ne fussent à la fin transformés en bimanes et que

les pouces de leurs pieds ne cessassent d’être écartés des doigts, ces ,

pieds ne leur servant plus qu’à marcher,

En outre, si les individus dont je parle, mus par le besoin de do-

miner et de voir à la fois au loin et au large, s’efforçaient de se tenir

debout et en prenaient constamment l'habitude de génération en

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kénération, il n'est pas douteux encore que lers pieds ne prissent insensiblement une conformation propre à les tenir dans une attitude redressée, que leurs jambes n'acquissent des mollets et que ces animaux ne pussent alors marcher que péniblement sur les pieds et les mains à la fois.

Enfin, si ces mêmes individus cessaient d'employer leurs mâchcties comme des armes pour mordre, déchirer ou saisir, où comm des tenaïlles pour couper l'herbe et s'en nourrir et qu'ils ne les fissent servir qu’à la mastication ; il n'est pas douteux encore que leur museau ne se raccourcit de plus en plus et qu'à la fin, étant entièrement effacé, ils n’eussent leurs dents incisives verticales,

Que l'or suppose maintenant qu'une race de quadrumanes, comme la plus perfectionnée, ayant acquis, par des habitudes constantes dans tous ses individus, la conformation que je viens de citer et la faculté de se tenir et ‘ie marcher debout, et qu'ensuite elle soit parvenue à dominer les autres races d'animaux, alors on conces ra :

1° Que cette race plus perfectionnée ‘lans ses facultés, étant par là venue à bout de maitriser les autres, se sera emparée à la surface du

globe de tous les lieux qui lui conviennent :

2° Qu'elle en aura chassé les autres races éminentes et dans le cas de lui disputer les biens de la terre, et qu'elle les aura contraintes de se réfugier ‘dans les lieux qu'elle n'occupe pas;

3° Que nuisant à la grande multiplication des races qui l’avoisinent par leurs rapports et les tenant reléguées dans les bois ou autres lieux déserts, elle aura arrèté les progrès du perfectionnement de leurs

facultés, tandis qu'elle-même, maîtresse de se répandre partout, de s'y

multiplier sans obstacles de la part des autres et d'y vivre par troupes

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gui X et PE EE es:

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nombreuses, se sera successivement créé des besoins nouveaux aui auront excité son industrie et perfectionné graduellement ses moyens et

ses facultés :

4" Qu'enfin, cette race prééminente ayant acquis une suprématie sur toutes les autres, elle sera parvenue à mettre entre elle et iex animaux les plus perfectionnés une différence et en quelque sorte, une

distance considérable,

Ai.si, la race de quadrumanes la plus perfectionnée aura pu devenir dominante ; changer ses habitudes, par suite le l'empire absolu qu'elle aura pris sur les autres, et de ses nouveaux besoins ; en acquérir Progressivement des modifications dans son organisation et des facultés nouvelles et nombreuses : borner les plus perfectionnées des autres races à l'etat où elles sont parvenues : et amener entre elles et ces der-

nières, les distinctions très remarquables,

L'Orang d'Angola (Simia troglodytes, Lin.) est le plus perfectionné des animaux : il l'est beaucoup plus que l'orang ‘les Indes (Simia satyrus), que l'on a nommé orang-outang ; et néanmoins sous le rapport de l'organisation ils s mt, l'un et l'autre, fort inférieurs à l’homme en facultés corporelles et d'intelligence. Ces animaux se tiennent debout dans bien des occasions: mais comme ils n'ont point de cette attitude une habitude soutenue, leur organisation n'en a pas éte suffisamment modifiée, en sorte que la station pour eux est un état de gêne fort incommode, On sait, par les relations des voyageurs, surtout à l'égard de l’orang des Indes, que lorsqu'un danger pressant l’oblige à fuir, il retombe aussitôt sur ses quatre pattes, Cela décèle, nous dit-on, la véritable origine de cet animal, puisqu'il est forcé de

quitter cette contenance étrangère qui en imposait,

LA VIE (ET

Sans doute, cette contenance lui est etranigere, Piusque, dans ses déplacements, il en fait moins d'usage, ce qui fait que soû organisation Y est mots appropriée ; mais, pour être devenue Plus facile à l'homme,

la station lui est-elle donc tout à fait naturelle ?

Pour l'homme qui, par ‘ses habitudes maintenues dans les indivi lus de son espèce depuis une grande suite le Kénerations, ne peut que se tenir debout dans ses déplacements, cette attitude n'en est pas moins pottr lui un état fatigant, dans lequel 1! ne saurait se maintenir que pendant un temps borné et à l'aide de la contraction de Dlusieurs de ses muscles, Si la colonne vertébrale du Corps humain formait l'axe de ce corps et soutenait la tête en équilibre, ainsi que les autres parties, l'homme debout pourrait s'y trouver dans un état de repos, Or, qui ne sait qu'il n'en est pas ainsi : que la tète ne s'articule point à son centre de gravité; que la poitrine et le ventre, ainsi que les viscères que ces cavités renferment, pèsent Presque enticrement sur la partie antérieure ‘de la colonne vertébrale : que celle-ci repose sur une base oblique, etc.? Aussi, comme l'observe M. Richeran 1, est-il nécessaire que dans la station, une puissance active veille sans cesse à prévenir tes chutes dans lesquelles le poids et la disposition des parties tendent à entraîner le corps,

Après avoir développé les considérations relatives à la station ue l'homme, le même savant s'exprime ainsi: “Le poids relatif Je la tête, des viscères thoraciques et abdominaux, ten:1 donc à entraîner en avant, la ligne suivant laquelle toutes les parties du corps pèsent sur le plan qui le soutient ; ligne qui doit-être exactement perpendiculaire à ce plan, pour que la station soit parfaite; le fait suivant vient à l'appui

de cette assertion : j'ai of rvé que les enfants dont la tête est volumi-

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neuse, le ventre saillant et les viscères surchargés de graisse, s'accoutument difficilement à se tenir debout ; ce n'est guère qu'à la fin de leur deuxième année qu'ils osent s'abandonner à leurs propres forces ; ils restent exposés à des cites fréquentes et ont une tendance naturelle à reprendre l'état de quadrupède,

Cette disposition des parties, qui fait que la station ‘le l'homme est un état d'action, et par suite fatigant, au lieu d’être un état de repos, décèlerait donc aussi en lui une origine analogue à celle des autres

mammifères, si son organisation était prise seule en considération.

Ma’atenant, pour suivre dans tous ses points, la supposition pré-

sentée dès: le commencement de ces observations, il convient d'y ajou-

ter les considérations suivantes :

Les individus de lu race Jominante dont il a été question, s'étant emparés de tous les lieux d'habitation qui leur furent commodes et ayant considérablement augmenté leurs besoins, à mesure que les s0ciétés qu'ils y formaient devenaient plus nombreuses, ont dû pareillement multiplier leurs idées et par suite, ressentir le besoin de Is communiquer à leurs semblables, On conçoit qu'il en sera résulté pour eux la nécessité d'augmenter et de varier en même proportion, les signes propres à la communication de ces idées, Il est donc évident que les individus de cette race auront dû faire des efforts continuels et employer tous leurs moyens dans ces efforts, pour créer, multiplier et varier suffisamment les signes que leurs idées et leurs besoins nombreux rendaient nécessaires.

Il n’en est pas ainsi des autres animaux ; car quoique les plus parfaits d’entre eux, tels que les quadrumanes, vivent, la plupart 9ar

troupes ; depuis l’éminente suprématie de la race citée, ils sont restés

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sans progrès dans le perfectionnement de leurs facultés, étant pourchassés de toutes parts et relégués dans des lieux sauvages, déserts, rarement spacieux et où, misérables et inquiets, tls sont sans cesse contraints de fuir et de se cacher, Dans cette situation, ces animaux ne se forment plus de nouveaux besoins, n'acquierent plus d'idées nouvelles ; n'en ont qu'un petit nombre ct toujours les mémes qui les occupent ; et parmi ces idées, il y en a très peu qu'ils aient besoin de communiquer aux autres individus de leur espèce, I ne leur faut don: que très peu de signes différents pour se faire entendre de leurs semblables ; aussi quelques mouvements du corps ou de certaines de ses parties, quelques sifflements et quelques cris variés par de simples inflexions de voix leur suffisent.

Au contraire, les individus de la race dominante, déjà mentionnée, ayant eu besoin de multiplier leurs signes, pour communiquer rapidement leurs idées devenues de plus en plus nombreuses, et ne pouvan plus se contenter ni des signes pantomimiques, ni des inflexions posstbles de leur voix, pour représenter cette multitude de signes devenus nécessaires, seront parvenus, par différents efforts, à former des sons articulés : d'abord ils n'en n'auront employé qu'un petit nombre, conjointement avec des inflexions de leur voix ; par la suite, ils les auront multipliés, variés et perfectionnés, selon l'accroissement de leurs besoins et selon qu'ils se seront plus exercés à les produire,

En effet, l'exercice habituel de leur gosier, de leur langue et de leurs lèvres pour articuler des sons, aura éminemment développé en eux cette faculté, De là, pour cette race particulière, l'origine de l'admirable faculté de parler: et comme l'éloignement des Heux, où les

individus qui la composent se seront répandus, favorise la corrup-

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tion des signes convenus pour rendre chaque idée, de là l'origine des langues, qui se seront diversifiées partout.

Ainsi, à cet égard, les besoins seuls auront tout fait : ils auront fait naitre les efforts, et les organes propres aux articulations des sons se seront développés par leur emploi habituel.

Telles seraient les réflexions que l'on pourrait faire, si l’homme,

. considéré ici comme la race prééminente en question, n'était distingué des animaux que par les caractères de son organisation et si son origine k n'était pas différente de la leur”, Depuis Lamarck, la science a marché, c'est-à-dire que les observations se sont accumulées, que les découvertes se sont succédées nombreuses et éclatantes. Nous allons reprendre le petit travail du grand

JE naturaliste français.

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