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L'HOMME

Ce qu’en dit la science actuelle — Son âge.

I n'y a pas très longtemps, Monseigneur Archambault disait au

É: cours Jun entretien que j’eus avec Sa Grandeur : “L'homme est un aniî mal, partant, il a tous les attributs des animaux”. Buffon avait écrit :

“S'il n'existait pas d'animaux, l’homme serait incompréhensible.” Buchner précise davantage: “Tous les prétendus signes distinctifs, physiologiques, anatomiques, et même psychologiques, présentés dans tous les temps comme décelant l’existence d’un abîme infranchissable

entre l’homme et l'animal, ont été reconnus pour être imaginaires, ou

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comme présentant seulement un c:1=ctèêre relatif, non absolu." Mgr. Guibert n'est pas moins explit te, quoique pr concis: “Ce n'est point par les caractères organiques 1.5: par les fonctions spirituelles, par l'âme que l’homme se distingue cstutiellement des animaux.” ht aïlleurs: “La ressemblance ofganique entre l'homme et les animaux supérieurs n'est point à discuter, Bien avant la naissance du transformisme, il était universellement admis que l'homme n'a point d'organ: spécial qui ne se trouve chez les mammifères ; que son cerveau même ne se «distingue point par la forme, mais seulement par le développement, de celui des singes. Jamais ‘lu reste, les philosophes spiritualistes n'ont cherché dans le corps humain la raison suffisante d'une distinetion réelle entre l'homme et les bêtes ; ils ont toujours franchement avoué que par ses organes et ses fonctions vitales, l'homme est un sim-

ple animal mammifère.”

Par ailleurs, il y a plus de six siècles, l'un des plus purs génies du Q r , . . . cé ‘ ce

moyen-âge, Thomas d'Aquin enseignait : que chaque individu humain

traverse des phases où il est un vrai végétal, puis un vrai animal.” “En considérant l'ensemble de ces phénomènes”, dit Carus Sterne, “la conviction qui s'en dégage est tellement irrésistible, que ceux qui nient l'origine animale de l’homme, s'exposent à être considérés comme des gens incapables de tirer une conclusion dans les cas les plus sim-

ples.”

Mais au cours des chocs d'opinions, des discussions passionnées, qui se sont succédés, dans ces derniers temps ‘surtout, au sujet de l'homme et de ses origines, il est un fait qui m'a toujours étonné : c'est qu’un bon nombre d’esprits supérieurs, très instruits du reste, ne font

pas objection à classer toute la série biologique, sous l'étiquette du

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transformisme, sauf l’homme qu'ils en excluent. L'on fait de l’homme un être à part, créé d’un seul coup, en une s.ule fois, instantanément, ‘loué dès l'origine de toutes les qualités, le toutes les connaissances, et même davantage, qu'il possède actuellement. Je dois à la vérité de dire cependant, que cette opinion se fonde uniquement sur des idées religieuses et non sur des faits, des documents scientifiques. Il est remarquable que chaque fois que les religions ont voulu se substituer à la science, dans l'explication des phénomènes naturels, elles ont erré: J'en pourrais donner une suite de preuves qui s’étendrait du début de l'histoire jusqu’à nos jours.

Dans le cas qui nous occupe, tous ceux qui ont l'esprit obsédé d'idées religieuses, les théologiens entr'autres, oublient que si l’âme de l’homme est l’image de Dieu, son corps est l'image de l’animal : image raffinée, “artistifiée”, spiritualisée, si l’on veut, mais réelle, indiscutable, dans ses éléments fondamentaux. ‘La main de l’homme, la griffe de la taupe, la jambe du cheval, la nageoïre du marsouin, et l'aile de la chauve-souris, sont toutes constituées sur un même modèle et renferment des os semblables, situés dans les mêmes positions relatives : preuves ‘le parenté morphologique”, dit Darwin.

Il faut avoir le cerveau couvert de préjugés, ou le coeur rempli d’un vain orgueil, pour nier la possibilité de la descendance naturelle du corps de l’homme ; et il est regrettable, qu’ici, dans notre province, motre formation intellectuelle, notre éducation, notre instruction, les précautions que l’on prend pour empêcher certaines vérités de pénétrer dans notre milieu, concourent à entretenir chez notre jeunesse, à ce sujet, des préjugés surannés et un faux ongueil anthropomorphique.

L'on peut en généralisant, dire avec sincérité et humilité, de l'espèce

Ce

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humaine, ce que l'Ange de l'Ecole a dit de chaque individu : “Les hommes n'eurent d’abord dans leurs origines, qu'une vie végétat' puis il acquirent la vie animale et enfin ils devinrent des êtres rai ables.”

ît j'ajouterai avec Haeckel : “L'homme provient d'une séris de Catarrhiniens éteints ; ses ancètres immédiats dans cette série, appartenaient au groupe des singes d’anthropoïdes sans queue et à citiq vertèbres sacrées.”

À ceux maintenant qui s'offensent Je cette assertion, sous prétexte que l’homme est trop noble, trop intelligent, trop distingué dans l’échelle animale, trop distant dans son organisation physique et intelfectuelle, pour avoir avec le gorille, le chimpanzé et l'orang, un ancètre Commun, nous n'avons rien à répondre, car ce sont là ‘es objections fondées sur le sentiment, que la vraie science écoute d’une oreille Jistraite. Aux faits, aux pre l faut opposer des faits, des preuves : et la descendance de l’homr. que Île naturalisme moderne l’enseigne, est incontestablement démontrée et irrévocablement classée dans le domaine des vérités péniblement acquises et enrégistrées à notre actif.

Avant d'entrer dans le détail des circonstances qui témoignent en faveur de cette descendance naturelle, il est opportun, je crois, d’affirmer que l’homme est beaucoup plus ancien qu'on ne l’avait cru jusqu'au milieu du siècle dernier et qu'on ne l’enseigne encore dans nos écoles élémentaires et même dans nos collèges classiques; il y a là une réforme à faire dans l'instruction de nos jeunes gens, réforme que je réclame, au nom de la vérité.

Les premières traces humaines remontent sans conteste au début de l’époque quaternaire, peut-être « la fin du tertiaire. “Depuis l’ap-

parition de l’homme", dit Mgr. Guibert, “le temps écoulé se divise en

ri : À

vf sas a

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deux parties : l'époque actuelle, historique, de sept à meuf mille ans, et l'époque quaternaire, dont il nous est impossil: d'apprécier la durée, présentement du moins." La grande majorité Ges géologues admettent cependant que l'ere quaternaire couvre au-delà de cent mille ans. D'après Haeckel, l'homme (homo sapiens) existe depuis environ mille siècles. Suivant l'abbé sourgeois, il faudrait remonter beaucoup plus haut que ne le prétend Haeckel et son école, pou atteindre les débuts de l'humanité, car ce savant abbé professe que les premières traces de nos ancètres primitifs se rencontrent au début de la période miocène, c'est-à-dire quelques millions d'années avant l'ère actuelle : et il fonde

son opinion, que je trouve consignée dans une conférence qu'il fit au

. "Congrès préhistorique de France” en octobre 1906, sur la découverte

de silex, qu'il a recueillis à Thenay, sur les anciennes rives d'un lac, qui devait former dans la Beauce actuelle, une véritable mer intérieure, A ce même congrès, l'abbé Breuil, archéologue érudit, dans un travail intitulé : “Evolution de la peinture”, admet que l’homme remonte bien au-delà de l'ancienne tradition, car dit-il, “les peintures dont les troglodytes ont orné leurs grottes, à l’âge du renne, témoignent üe la haute

antiquité de nos ancêtres”.

Je dirai donc volontiers que, si dans l’état actuel ‘le la science, ii est impossible d'établir avec précision l’âge de i’humanité, nous pouvons affirmer avec certitude, que notre généalogie remonte bien au-delà de cent mille ans: cela découle du fait que l’homme fut incontestablement

contemporain ‘lu rhinoceros mercki et de l’éléphas antigquus, car dans

les couches géologiques de la fin du tertiaire, où abondent les osse-

ments de ces deux fossiles, abondent aussi les preuves de l’industrie

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humaine: grattoirs, percoirs en silex que l'on a retrouvés à Thenay,

Puy-Courny, Atta, ete. Ce n'est que plus tard, au début du qua 'ernaire,

que l’homme de Chelles, de St-Acheul, de Canstatt, de la Chapelle-aux-

Saints, se distingue de son ancètre, par l'usage d'outits plus volumi-

neux ct d'un travail plus soigné, telle la hache amygdaloïde, ete.

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