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L'ANCETRE DE L'HOMME — SA DESCENDANCE

Et maintenant, cet être apparu vers la fin du tertiaire, ou tout au

début du quaternaire, d'où vient-il ?

L'opinion la plus répandue chez ies naturalistes, est qu'il descend

d'un catarrhinien, dont le représentant actuel le plus ressemblant est

le gibbon, de l'Asie, ce singe à caractères peu spécialisés, doux et facile

à apprivoiser, dont on rencontre des variétés indo-malaises et indo-chi-

noïses, ainsi qu'à Sumatra, à Bornéo, etc.

Cependant, entre l’homme et le gibbon, il a certainement existé un

intermédiaire disparu, dont nous parlerons pdus loin. Le gibbon du

tertiaire est l’ancètre, non seulement de l’homme, mais aussi de tous les

anthropoïdes actuels; et la démonstrativn éclatante de ce fait réside

dans l’anatomie, la physiologie, l'embryologie, en un mot, la biologie

comparée, de cette classe de mammifères : tous les anthropoïdes actuels

sont donc des cousins.

Il y a plus de quarante ans, Huxley énonça la loi suivante : “Quel-

que système d’organes que l’on considère, l’étude comparative de ses

modifications, dans la série simienne, conduit au résultat suivant, sa-

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voir: que les différences anatomiques séparant l'homme du gorille et du chimpanzé, sont moins grandes que celles qui distinguent les anthropoides des singes inférieurs.” Et De Quatrefages, cet irréductible adversaire du transformisme, avait bien constaté cette similitude de l’organisme des singes supérieurs avec celui de l'homme, quand il écrivait : “Les organes qui les constituent se répondent presque rigoureu-

sement terme à terme.”

L'anatomie nous enseigne que la charpente osseuse de l'homme est formée de deux cents os ; il en va de même pour l'orang, le chimpanzé, le gorille et le gibbon; tous ont un système musculaire analogue, composé de trois cents muscles ; le nombre, la forme, l’usage de ces os, de ces muscles, sont identiques chez tous.

Quels sont ‘donc les signes anatomiques ou physiologiques caractéristiques de chaque espèce? Insensibles. — Le cerveau des espèces simiennes supérieures, est moins développé sans doute que le cerveau

humain, mais il est de même nature, de même composition, de même

disposition anatomique ; ce n’est que dans la quantité et non la qualité,

que l'on peut y voir quelque différence. Les glandes, les nerfs, les artères, les veines, les organes des sens, etc., etc., toujours identiques dans tous les cas. Et si nous scrutons davantage, nous constatons que les mêmes lois physiques et chimiques président à la digestion, à la circulatiorr, à la respiration, à la nutrition et à la reproduction ‘le l’homme et de l’anthropoïde.

La station verticale, que l’on regardait autrefois comme l'apanage de notre espèce, est adoptée, temporairement sans doute, mais sponta-

nément, par le gorille, l'orang, le chimpanzé et surtout par le gibbon.

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Au reste, Lamarck, que j'ai cité plus haut à ce sujet, a fait bonne jus-

tice de cet argument, il y à plus d'un siècle,

Si l'on poussait plus loin le parallèle entre l'homme et le catarrhinien par exemgle, l'on verrait que chez eux seuls, dans toute la série zoologique, l'orbite est entièrement séparé de la fosse temporale par une cloison osseuse ; que seuls ils ont des ongles à tous les doigts et que ces ongles sont plats ; que le cerveau a des circonvolutions pronon-

’ cées ; que la dentition représentée par la formule suivante: re — 321:

— c'est-à-dire que chaque moitié de maxillaire possède 3 Nes, 2 prémolaires, 1 canine et 2 incisives, — est identique et par le nombre et par la variété des dents, et que cette dentition est spéciale aux catarrhiniens et aux hommes. Et dans un autre ordre de faits, pour établir leur parenté réelle : les globules sanguins du singe, comme ceux de l’homme se présentent sous forme :le disques biconcaves et sans

noyaux, — fait sans exemple, chez les autres mammifères.

La femelle de l'anthropoïde a un utérus simple, pyriforme:; chez elie, de placenta est discoïde et pourvu d'une membrane caduque, les” seins sont de chaque côté du sternum, elle voit ses règles tous les mois, Sauf jquan: elle est enceinte, porte ses petits dans ses bras et marche

‘alors sur ses membres postérieurs ; tous caractères communs et spécifi-

ques à la femme simienne :t à la femme humaine.

Bref, si l’on examine avec les yeux de l’anatomiste où du physiologiste, ces deux animaux: l'homme et l'homme des bois, comme l’appellent avec d’instinct du bon sens les noirs d'Afrique, nous trouvons

que la granie &fficuité est, non yas d'établir les points de ressem-

blance, de parenté entre ces deux êtres, mais bien plutôt les différences,

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re ;

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les caractères distinctifs, les dissemblances fondamentales de ces deux

organismes,

J'ai dit plus haut quel profit le transformisme a tiré de l'embryologie, pour démontrer toute la série phylogénique ancestrale de l'espèce humaine, à partir de la cellule prototype unique, jusqu'à notre ancètre immédiat le pithécanthrope de Haeckel, dont il ne reste plus de représentants vivants à l'époque actuelle, Il est cependant encore quelques considérations qui valent d’être mises en évidence: Lorsque les premiers rudiments de la vie apparurent sur la terre, à l'époque où l’abaissement de la température amena la condensation des immenses nuages de vapeur d’eau qui entouraient notre planète, ce qui fit que celle-ci fut à l’origine couverte i’une vaste mer sans continent, la vie organique a dû se manifester d’abord sous une forme simple: par des grains de chlorophylle suivant Fauvelle,— ou des monères suivant Haeckel,— ou des amibes, d’après Le Dant:c; elle atteignit ensuite un léger degré de perfection, sous forme de cellule, etc. ; tel est encore actuellement le début de la vie de chaque individu, quelque soit la hauteur de cet être dans l'échelle biologique. Chacun de nous, avons débuté par cette organisation monocellulaire simple : un ovwle. Au contact, j'allais dire sous le souffle de l'élément mâle, le spermatozoïde, cet ovule subit une série de transformations, dont nous avons déjà dégagé la signfication; et dont l'aboutissant est, nous l'avons dit: l’homo sapiens. Cette cellule, qui vient de s'échapper de l'ovaire, après avoir reçu l’impulsion vitale, comme l’on pensait autrefois, physico-chimique, nous dirons maintenant, depuis les célèbres expériences des Loeb, des Delâge, des Leduc. etc., subit une métamorphose physico-mécanique, en se ‘“édoublant sui-

vant un procédé de ‘kariokinèse qu’il serait long et oiseux d’ex-

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poser ici, En tous cas, ce dédoublement nous met en face de deux cellules, et celles-ci continuant à proliférer, arrivent à former une petite sphère creuse pluricellulaire, dont nous trouvons encore des représentants analogues dans la nature: les catallactes, ces petites colonies de protozoaires, presque sans cohésion, que l’on rencontre surtout sur les côtes du Danemark; puis cet oeuf passe successivement par toutes les formes progressives des métazoaires invertébrés : gast: ‘odes, platodes, provermalia, frontonia, prochordonia, — toutes formes encore actuellement représentées par diverses variétés de vers et le larves, A ce point de développement, des tissus se différencient, de: systèmes se spécialisent ; il pousse des prolongements à certaines cellules, d'autres s'allongent, toutes se spécialisent, pour former des muscles, des nerfs, des vaisseaux, des os, des glandes, etc., etc. T/embryon humain se transforme en vertébré, semblable J'abord aux vertébrés les plus anciens: acraniens, dont le poisson-lancette est un type bien conservé ; puis il passe successivement par les formes progressives du poisson, du poisson amphibie dont le cerodotus fosteri de Queensland, intermédiaire entre le poisson et lc mammifère, peut nous donner une idée exacte : ce curieux animal étant pourvu à la fois de branchies et de poumons, dont il fait usage suivant les circonstances. Enfin, notre foetus continuera à suivre toute la filière morphologique én passant par les divers états du reptile, du monotrème, du marsupiaux, du placentaire, du lémurien, du singe et de l’homme. Rien n'est suggestif comme cette succession de formes, à partir de da cellule primitive, jusqu'à la naissance de l'être humain. Quelle vraisemblance dans cette affirmation : que l’embryologie humaine n’est qu’une récapitulation phylogénique des

formes ancestrales successives et progressives ; et tout homme “ont la

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raison est débarrassée d'idées préconçues, de préjugés superstitieux, ne

peut faire autrement que d'adhérer à cette vérité éclatante.

I appartient au naturaliste français Serres, d'avoir le premier mis ces faits en évidence : “La série animale” a-t-il dit, “n'est qu'une longue chaine d'embryons jalonnés d'espace en espace et arrivant enfin à l'homme, En somme, l'embryologie n'est que la répétition de l'ana-

tomie comparée.” Fritz Muller a heureusement exprimé la mème pensée, sous une forme différente : “Dans son développement embryogé-

nique, chaque ..«lividu doit revêtir successivement les formes mêmes

par lesquelles a passé son espèce, pour arriver à son état définitif.”

L'embryologie n'est en fin le compte, que la mémoire ancestrale.

Un adversaire résolu du tran: fo :11 me, à qui j'exposais ces faits, m'objecta que, s'il en était ainsi, c'est-à-dire, si l'embryon représentait les stades phylogéiques de son passé, pourquoi alors ne pourrait-il pas vivre, lorsqu'il naît avant terme., S'il nait, par exemple, quand il est

ver, poisson, ou amphibie, pourquoi meurt-il en naissant ?

Cette objection qui semble frappante au premier abord, n'a cependant pas une valeur absolue, Si dans le cas de l'embryon humain, celui-ci n'est viable qu'à terme, ou près du terme, c'est que l'hérédité s'oppose au recul, et d'autant plus, qu'elle remonte plus haut: c'est ce qui fait que l’homme dont l'origine est très ancienne, ne peut vivre sous l’une de ses anciennes formes, sauf peut-être dans certains cas d’atavisme tératologique : ce qui toutefois ne confinme pas le principe actuellement en jeu. Cependant, chez d’autres êtres, dont l’hérédité a moins fixé les derniers caractères acquis, je pourrais citer de nombreux faits, tendant à démontrer que la nature nous offre des exemples de cette

rétroaction. Je me contenterai de rapporter une observation de M.

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Leme, que je cite textuellement : “On sait que le tétard de la salamandre commune # des branchies et Passe sa vie dans l'eau, !a salamandra atra, qui vit sur les hauteurs, dans les montagnes, faits ses petits tout formés, sans branchies, incapables de vivre dans l'eau. Mais, ses

petits passent par un état embryonnaire, où ils sont tétards, munis de

branchies, si on les tire alors du corps de la mère et qu'on les mette

dans l'eau, ils nagent comme les tétards de la salamandre commune." “Cette organisation branchiale”, ajoute M, Leme, “n'est en rapport ni avec la vie future de l'animal, ni avec les besoins Je la vie embryonnaire ; elle n'a done d'autre but, que de répéter une des phases du déve-

loppement parcouru par les formes ancestrales."”

Mais si l'embryologie, conime explication de notre passé, saute aux yeux de tout observateur impartial, — le critique dira lui, qu'elle ne fournit que des preuves l'induction, — et ce sera vrai, Aussi) les preuvrs “lirectes nous seront fournis par la paléontologie, science née d'hici, , .c ainsi dire, qui a toutefois déjà répandu beaucoup de lu-

mière dans les coins sombres de l'histoire de notre planète.

Un nombre considérable d'êtres à charpente osseuse cakaire, se sont succédés sur notre globe et ont laissé des restes qu permettent de les reconstituer avec précision et certitude, La plupart des espèces qui nous ont précédés, ont encore des représentants peu altérés ; cepen lant, beaucoup sont à jamais disparues, et ce sont ces formes disparues, qui sont venues inopinément compléter le care sérié de la zoologie actuelle, Or, les données de la paléontologie confirment exactement les uéductions que nous avons tirées tantôt de l'embryalogie: les sélaciens, les gauoïdes, se trouvent tout au bas des couches géologiques, dans le silu-

rien ; puis dans ie dévonien, nous sencontrons es dipneustes ; ie carbo-

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niiere rexele les amphibiens ; le permien fou mille de reptiles ; et enfin le trias possè le les mammifères, Chaque couche, chaque feuille de la terre, conserve ainsi la signature des êtres qu'elle a nourris : c'est là un fait historique, d'une grande portée philosophique, pour établir la sue-

cession de tout ce qui a vécu sur notre globe,

Nous allons maintenant passer à un autre ordre de faits, et pour saisir la portée de l'argument que nous allons invoquer, il faut s'appuyer à la fois sur la biok gie et sur la géok wie, Cette dernière nous enseigne, nous l'avons vu, que tout au début de la solidification de notre planète, celle-ci fut entièrement recouverte par l'océan ; la biologie eroit, elle, avec raison, que la vie a pris ses premières origines dans cet océan sans limites, et que durant des millions d'années, elle n'a pu évoler que dans ce milieu ; que par conséquent, les étres vivants de cette longue période, ont dü contracter l'habitude profonde, nécessaire du milieu salin, En effet, l'eau marine est devenue si in lispensable aux organes élémentaires de la vie, qu'au cours du développement des êtres sur la surface terrestre, ces organes élémentaires ont dû conserver leur même habitat, et nous trouvons la preuve le ce fait, dans le sérum sanguin qui a la même composition chimique que l'eau de mer, si ce n'est qu'il est

plus dilué, Quelle autre conclusion pouvons-nous tirer de ce fait, si ce

n’est que les éléments cellulaires qui composent notre organisme, n'ont

pu encore s'adapter à un autre milieu, Et cette hypothèse x conduit à cette curieuse constatation: c’est qu'en opérant sur l'eau de mer, dont il est facile de se procurer de grandes quantités, la chimie a pu faire l'analyse hypothétique du sérum, avec beaucoup plus de précision qu’on ne l'avait fait jusqu'alors, toutes choses qui par la suite, ont été confir-

mées par|l’analyse directe du sérum humain, Notre comps est donc un y rps

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véritable aquarium, où toutes nos cellules baignent ct nagent continuel

lement dans un liquide ayant la méme fi

Meme que l'utérus a été pour le foetus un RQUArHUEM AU sens propre,

de mème notre Corps est Un aquarium pour chacun des éléments qui le composent ; l'eau de l'amnios est analogue au sérum, et tous

deux en définitive ne sont que de l'eau de mer, diluée sans doute, eu égard à l'eau de mer actuelle, mais trés probablement identique

à l'eau de mer de l'époque primordiale

Mais la scienre à fourni un autre critère de parenté consanguine entre l'homme et les anthropoices, beaucoup plus probant que tous les caractères de similitude que nous avons invoqués jusqu'ici: ce sont des réactions d'hémolyse sanguine, où si vous voulez, de dissolution des globules rouges ; et d'aggtutination où de précipitation des albumines du sérum : hémolyses et précipitations mises en évidence en certains cas spéciaux et définis. Pour bien saisir la portée de ces réactions biologiques du sang, je décrirai sommairement le mécanisme et les résultats de ces expériences : Si l'on prend un lapin et qu'on lui injecte dans le péritoine ou dans les veines, une petite quantité quotidienne de sang humain, durant plusieurs jours consécutifs, le sérum du lapin acquiert la singulière propriété de donner un précipité floconneux d'albumine, lorsqu'on le mélange dans une éprouvette avec le sérum de l'individu qui a fourni le sang ‘le cette expérience, 11 s'est fait dans le sérum du lapin, un travail, une réaction de défense, en vertu desquels ce sérum devient incompatible avec celui du sujet humain qui a fourni les matériaux de cette expérience, Mais cette dernière propriété n'est pas générale, elle est plutôt spécifique, en ce sens qu’elle précipitera avec

beaucoup d'intensité le sérum du sujet humain dont il a été question,

fthitil que l'eau de l'océan, De

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puis par ordre de décroissance, les proches parents de cet individu, puis les étrangers de même race, ensuite les races inférieures, les anthropoïdes, les catarrhiniens, les platyrrhiniens, les lémuriens, etc. De sorte que en définitive, plus un individu est proche parent du sujet qui » fourni le sang de cette expérience, plus le précipité du mélange de son sang avec celui du lapin, sera abondant, et cette réaction n’a jamais donné lieu à des erreurs. Cette méthode, inaugurée par M. Nutall en 1902, permet d'établir avec une grande précision, les affinités réciproques des divers groupes zoologiques. La méthode de l’hémolyse (1), qui repose sur le même pri + donne des résultats encore plus sensibles : c'est ainsi que tout ‘lernièrement, Bruck de Batavia a pu établir la parenté biologique de l’homme et des diverses espèces de singe, dans l’ordre suivant : 1° homme, 2° orang-outang, 3° gibbon, 4° macacus rhesus et nemestrinus, 5° macacus cynomodus. Il a déterminé que l’orangoutang est à peu près aussi voisin de l'homme que des macacus rhesus et qu’il en est plus rapproché que du macacus cynomolgus, Cette méthode est tellement précise, tellement vraie, que Uhlenhuth a pu démontrer que l’autruche, le casoar et le kimi, dont la place dans les d'assifications était incertaine, sont apparentés entre eux, et voisins des palmipèdes. Plus que cela, le savant que je viens de citer, a ‘démontré que les races, dont le sérum fournit des précipités notables, à la suite

de l’expérience que j'ai relatée plus haut, ne se croisent pas entre elles,

et réciproquement, l’hybridation de deux espèces animales n’est possible,

que si l’albumine de l’une d’elles, n’amène pas la formation de précipi-

tines dans l’organisme de l’autre: c’est donc la nature vivante, la vie

(2) Voir ‘'hémolyse’”’ au lexique de cet ouvrage.

LA VIE 139 ———————— secrète qui répond, c’est la chimie du sang qui témoigne de sa parenté,

ou de son hétérogénéité.

La pathologie aussi vient à l'appui ‘le la doctrine du transformisme. Tous les médecins savent que seuls, les singes et l’homme sont aptes à contracter la syphilis, la maladie du sommeil, le trachome, etc. ; cela ne démontre-t-il pas la similitude biologique de leurs tissus, de leurs glandes, de leurs organes, de leur sang? Cela ne prouve-t-il pas que les tréponèmes de la vérole, de la maladie du sommeil, bacilles très spécialisés, très sensibles aux agents extérieurs, ne peuvent vivre que dans un milieu limité, défini, très peu variable ? Et ce milieu ne se rencontre que chez les mammifères supérieurs.

Mais, ce qui cause le plus d’embarras à ceux qui défendent la fixité des espèces, l’origine miraculeuse de l’homme, c'est, je lai dit plus haut, la constatation des organes rudimentaires et leur explication rationnelle, de mème que l'interprétation de certains organes «le transition, de passage, de la vie foetale. Que signifient les muscles moteurs du pavillon de l'oreille, chez d'homme? Muscles parfaitement inutiles chez lui, puisque l'oreille est immobile. Et les restes de la membrane: nictitante, si bien développée sur l'oeil des oiseaux, quelle interprétation

lui donner ? Et l’ouraque, et l'appendice, ne seraient-ils pas les vestiges

atrophiés d'organes abdominaux volumineux chez les ancêtres ? J'ai dit

aussi que l'os sous-vomérien n'est qu’un reste de l'organe de Jacobson, très ‘lévelappé chez certains singes ; il n'y a pas de doute que la glande pinéale, ce fameux organe dans lequel Descartes plaçait l’âme, n’est qu’un organe désuet, considérablement atrophié, représentant l’oeil

pinéal ou troisième oeil que possédaient nos ancêtres de la période tria-

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140 LA VIE

sique. Aucun anatomiste ne ‘doute que les corps de Wolf ne correspon-

dent aux reins des poissons.

Ét ‘dans le cours du développement embryonnaire, pourquoi cette seconde crosse aortique, qui ne commence à persister que chez les reptiles; pourquoi toute la surface cutanée du foetus est-elle couverte de duvet laineux, à un certain stade de son développement, comme il en

est du singe, sauf à la face interne des mains et à la plante des pieds ?

J'appuierai davantage sur un autre phénomène, que nous pouvons constater chez l'embryon humain, au cours de son développement. Per-

sonne n'ignore ce que sont les branchies chez les poissons, mais ce que beaucoup de gens mème instruits ne savent pas, c'est que vers l’âge de quatre semaines environ, l'embryon humain, de même que toute la série d'embryons de vertébrés, possèdent ces fentes branchiales parfaitement délimitées. Rien ne ressemble alors davantage à cet embryon humain d'un mois, qu'une tête de raie ordinaire, à son entier| développement. Et ces fentes branchiales qui persistent chez les poissons, disparaissent chez les mammifères, par soudure des bourgeons originaires : chez le foetus, le premier arc forme les mâchoires supérieure et inférieure et le marteau de l'oreille, le second fournit le système suspenseur de l'os hyoïde, c’est-à-dire l’apophyse styloïde, les petites cornes de l’hyoïde et les muscles qui les joignent, le troisième, l’os hyoïde et la langue, le quatrième, le larynx. Or, il arrive quelquefois, qu’au cours du développement de l’oeuf humain, ces fentes se soudent imparfaitement ou irrégulièrement, — alors le résultat se manifeste par diverses diffor- | mités : gueules-de-loup, bec-de-lièvre, etc. ; l’on rencontre même assez

souvent dans les services de chirurgie hospitaliens, des tumeurs bran-

LA VIE 141

chiales, vestiges des branchies de la vie foctale. Ces cas tératologiques relèvent done de l'atavisme,

Au reste, l’atavisme, cette tendance à remonter aux types antérieurs, en passant souvent par-dessus plusieurs générations, est encore un argument en faveur du transformisme, L'on a voulu combattre l’atavisme par l’hérédité, tandis qu'en fait, ce n'est qu'une variété de l’hérédité, “L'enfant qui ressemble à son grand-père, sans ressembler à son père, est un exemple d’atavisme”, dit Darwin: mais sou nt il faut remonter beaucoup plus haut, pour trouver l'origine d’un caractère, d'une anomalie, de ce qui nous semble parfois une monstruosité: c’est pourquoi, de temps à autre, nous sommes témoins de certaines particularités, qui rappellent certains organes des singes ou même de mammifères bien inférieurs. Quand apparaît une anomalie importante, elle est toujours accompagnée de plusieurs autres dans le même sens : “Les idiots microcéphales”, dit Carl Vogt, “ont en même temps, des sourcils saillants, un front oblique et déprimé, des machoires très prognates,

etc.”

Enfin, l’on ne doit pas considérer cette grande hypothèse moderne, comme une vaine spéculation, car de savants médecins philanthropes ont su en tirer des applications pratiques et utilitaires. La thérapeutique par les injections intraveineuses d’eau de mer, la sérothérarie, l'organothérapie reposent sur cette théorie de la descendance humaine, et toutes les vies que les sérums antidiphtéritique, antitétanique, antiméningococcique, antipesteux, etc., nous ont conservées, témoignent de la

haute valeur de cette belle et véridique conception.

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