‹ La vie [microforme]Chapitre 29 sur 37 · LA SCIENCE · texte numérisé non relu

LA SCIENCE

l'ermettez-moi Messieurs. de revendiquer Les droits de la science Qu'est-elle d'abord? La connatssance, basée sur l'observe n et le

raisonnement,

Son objet et son but? Rechercher la verte, étudier et découvrir

les lois de nature

Sa fonction ? Expliquer les choses : ce qui a fait lire à Aristote,

que “sa fin est en elle-meme”,

Puis enfin, la science a une raison pratique qui satisfait à nos besoins, même à nos désirs, ‘Les lois que la science découvre”, dit Steeg, “sont autant de leviers qu'elle met en nos mains pour soulever les

choses, Elle est le principe de tous nos actes pratiques."

L'orgueil et l'honnéteté de la scies est de ne donner comme certains que des faits et des lois vérifial “La seule limite de nos connaissances, c'est l'ignorance", à écrit Virchow. Deux routes parallèles conduisent à la connaissance de la vérité l'expérience et la réflexion, — on si l'on veut: l'empirisme et la spéculation, Mais la spéculation pure de Socrate où de Platon, aussi bien que celle de toute la scolastique, ne suffit pas pour arracher les secrets Je la nature, de meme que la seule expérience, préconisée par Bacon, n'a jamais décou vert que des lambeaux de vérité, Il serait aussi absurde le vouloir

bâtir le monde avec les utlques matériaux que l'on puiserait dans son

cerveau, que de vouloir constituer toute la science, par des faits sans

liaison. Non, la véritable sciens., où mieux. la philosophie, que l'on

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pourrait qualifier la conscience des sciences, s'appuie d'un poids égal

sur le fait et la spéculation. Voilà comment et pourquoi la science mo-

derne a obtenu ces triomphes étonnants, qui ont bouleversé le monde, —quoiqu'en disent certains esprits chagrins.

Chacun est libre de se faire les convictions qu'il lui plaît, mais je crois que l'on ne parviendra jamais à rendre les hommes meilleurs, en adoptant les principes que quelqu'un prônait ici publiquement, en mars dernier, à la suite d'une critique irréfléchie, je l'espère, des théories scientifiques que j'avais développées alors: ce n'est pas en fermant les yeux à notre jeïinesse canadienne-française, que l'on parviendra à lui prouver que le soleil est éteint. Comme le disait alors l'un de mes confrères: ‘pourquoi vouloir tenir les intelligences sous le boisseau ?” (1) “La vérité a des droits imprescriptibles", a dit Voltaire. Et j'ajouterai avec Wiéland: “Tout ce que nous pouvons savoir, nous avons le droit de le savoir.” L'égalité de tous les hommes devant la science, donne à tous le ‘Iroit de s’instruire, j'irai plus loin, impose à l'état, puisqu'il est l'ultime dépositaine de l'autorité, l'obligation d’instruire le peuple. La doctrine que je professe ici, — à l’opposé de celle du philosophe Nietzshe et de tant d'autres qui croient que le bonheur réside dans l'ignorance, — s'adresse donc au peuple, à la foule, à tous, puisque tous ont droit à la science, Sans doute, que tous ne sont pas

appelés à faire des savants, des érudits, — mais, parce que nous ne

(1) L'un des avocats de Joliette, qui avaient assisté à ma conférence de mars, avait alors déclaré que les principes de Lamarck et de Darwin menaient tout droit au matérialisme ; il avança que la religion réprouvait ces théories, que conséquemment nous devrions les combattre de toutes nos forces ; il alla même jusqu’à affirmer que nous n’avions pâs le droit d'en informer nos jeunes gens, nos étudiants, même si ces doctrines étaient scientifiquement fondées.

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sommes fus tous appelés à faire Jes théologiens, néglige-t-on de nous enseigner le catéchisme,—lequel prétend-on ce mtient toutes les doctrines théologiques. L'humanité ne peut rien perdre, elle ne peut que gagner, au point de vue intellectuel et moral, à la diffusion de la science et de la vérité. C'était bien l'opinion d'Anatole France, lorsqu'à la iète du Réveil, il Prononça ces éloquentes paroles : “Dans la marche inégale et lente de la famille humaine, quand déjà la tête de la caravane est entrée dans les régions lumineuses de la science, le reste se traine encore sous les nuées épaisses de la superstition, dans les contrées obscures, pleines de larves et de spectres. Citoyens, allez deman- ‘ler conseil à la science.”

Sans doute, que la science ne possède pas le secret de tous les mystères. ‘La connaissance de la vérité entière”, dit Buchner, “serait un arrêt de mort, pour celui qui l'aurait acquise, et celui-là périrait infailliblement dans l'apathie et dans l'inaction." Et Lessing associait à cette idée, un tel sentiment d'ennui, qu'il “en avait Je coeur serré”,

Messieurs, l'on a dit que la science et la foi ne pouvaient loger ensemble, où en d'autres termes, qu'il était nécessaire d’avoir deux consciences : l'une scientifique, l'autre religieuse ; c'est là, je crois une erreur. Tous, nous pouvons Constater des changements notables dans la mentalité moderne : des a:lorateurs passionnés, irréfléchis de la science, par reconnaissance pour les services qu'elle a rendus à l'humanité, ont tenté de la soulever Sur Un tremplin, puis de la poser en face et en opposition de la vieille puissance: la religion: et celle-ci, trop souvent défendue par des théologiens bornés, qui voulaient puiser dans les Evangiles des dogmes scientifiques et les imposer aux intel-

ligences, à semblé quelquefois traiter la science en rivale, Sinon en

La ennemie ; mais les mentalités ont évolué. Aussi, Mgr Guibert exprime

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bien l’état d'âme de la génération actuelle, lorsqu'il dit: ‘L'esprit moderne est :le telle nature, qu'il aime à voir ses croyances confirmées par la science. Autrefois, les âmes aimaient à contrôler leur science par la foi. On peut regretter cet état mental, mais on ne peut se soustraire à ses exigences.”

Je n’ai pas le temps de développer l'influence philosophique, que cette théorie de l’unicisme universel aura sur la marche de l'humanité ; il me suffit aujourd’hui, d’avoir démontré son influence scientifique, déjà grande et utilitaire, et d’avoir établi l'erreur de ceux qui croient à

l'incompatibilité de cette science et de la théologie.

Messieurs, la seule conclusion que l’on puisse tirer des enseigne-

ments que je viens de vous dérouler: c’est que les conflits qui sont survenus entre les naturalistes et les théologiens, ne proviennent ni de la science ni de l'Evangile, mais de ceux qui n’ont pas su les interpréter.

Que si maintenant, l'on réfléchit sur toutes ces choses, il est de toute évidence, selon mon humble opinion, que la conception évolution- .niste satisfait beaucoup mieux la raison théologique, que la conception commune.

Il faudrait être aveugle, pour nier que le bon et le mauvais, le parfait et l'imparfait, le bien et le mal se côtoient ici-bas. Or, Dieu ayant tout fait de ses mains, immédiatement, aurait donc créé le mauvais, l'imparfait et le mal. Tandis qu'aux yeux de l'évolutionniste, la matière primitive étant sortie des mains du Créateur avec ses attributs : l'énergie et la faculté d'évoluer — tout marche, tout progresse, tout va vers le bien, le parfait, après une série de luttes apparentes: puis finalement, par la force attachée à la création, le mieux finit par triom-

pher, — et ce triomphe est la gloire de Dieu.

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Maintenant messieurs, s’il m'était permis, comme conclusion de cette conférence, d'émettre un voeu : je demanderais aux éducateurs de notre jeunesse, à nos universités, à nos ce lèges classiques et mème à nos écoles élémentaires, d'adapter leur programme l'enseignement aux vérités nouvelles. Nous pourrions appliquer à notre province, ce que le savant abbé Klein, professeur à l'Institut de Paris, écrivait tout dernièrement, au sujet de la crise religieuse en France, et ce serait là, je crois, un avis pour tous les catholiques dirigeants du Canada : “La cause principale lu malaise, tient à ce que nous n'avons pas su marcher ‘du même pas que la science et les événements, L'oeuvre urgente, serait d'élever les jeunes catholiques dans l'intelligence et l'amour de leur temps; de leur expliquer toutes les fois que l'opportunité s'en offre, l’évolution politique, sociale et scientifique du monde où ils vivent, en démontrant, ce qui n'est point malaisé, qu'elle est conforme au sens vrai du christianisme.”

Et pour terminer, messieurs, si j'avais un conseil à donner, je di-

rais à ceux qui dirigent nos hantes institutions d'enseignement : médli-

tez bien l'opinion du savant professeur de l'Institut catholique de Paris et mettez à profit la leçon qu'elle contient.

Des réformes pédagogiques s'imposent et je souhaiterais que notre district de Joliette fût le premier à entrer dans la voie nouvelle et progressive.

Ne craignons pas de mettre à la portée de toutes les intelligences en culture, des auteurs aux vues larges, à la science profonde, aux idées modernes, tel: “Les origines” de l'abbé J. Guibert, ans; que nombre d’autres que j'ai cités au cours de ce travail, — et nous arinerons ainsi la génération qui nous succèdera, pour la lutte, sur tous les

territoires de l’activité humaine.

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