‹ La vie [microforme]Chapitre 6 sur 37 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Ce modeste volume est une oeuvre de vulgarisation scientifique. Tous les médecins, je crois, peuvent le lire sans avoir besoin ‘le recourir au dictionnaire et la plupart des hommes instruits, les hommes de profession du moins, pourront le suivre sans trop de fatigue, je l'espère.

La question que je traite est d’une haute portée philosophique ; j'oserais même dire qu’elle dépasse en importance toutes les sciences que nous travaillons péniblement à acquérir durant nos longues années de jeunesse, parce qu'elle est à la base même de notre existence et qu’elle peut f. . ‘es notions essentielles au dével ppement physique et moral de à : . sanité: l'étude de la vie, c'est-à-dire la connaissance de soi-même, dans ses divers modes de succession, depuis l’origine de toutes choses, jusqu’à l’homme Contemporain, tel est le pro-

blème sur lequel nous allons jeter un coup d'oeil,

Je suis médecin, j'exerce à la campagne, j'ai peu «le pain sur la planche, par conséquent, peu de loisirs pour méditer, pour écrire, je demande au lecteur qui me lira de vouloir bien m'indiquer mes fautes contre ma langue, mes erreurs contre la science ; d'avance, je lui offre ma reconnaissance. Et si ce n’était pas trop exiger, je lui demanderais de me relire une seconde fois : souvent, dans une construction, un détail, qui, au premier abord peut sembler choquant, faux, ou exagéré,

s’harmonise avec l’ensemble de l'architecture et alors, ce n’est que le

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second coup d'osil, travail de synthèse, qui nous rend compte de la

valeur de l'oeuvre, du mérite de la perspective générale.

11 existe dans notre éducation, dans notre instruction, une grande lacune, ou plutôt un grand recul. Sur l'origine de toutes choses : des astres, des phénomènes physiques, de la vie, etc., nous sommes encore au point où en étaient les anciens Juifs; nous enseignons encore à nos enfants la cosmogonie mosaïque. Au nom de la révélation, l'on impose l’épitomé sémitique et l'on refuse à la raison le privilège d’interpréter le sublime document de Moïse autrement qu'au pied de la lettre L'anathème, — tel autrefois l'épée de Damoclès, — plane au-dessus dé la science indiscrète et téméraire qui tente de jeter un regard impru

dent sur la cosmogénie, la biogénie et l'anthropogénie.

Cet ouvrage, n'est dirigé contre aucune foi religieuse, encor: moins contre la foi chrétienne, j'en fais l'affirmation solennelle. Le questions que je mets à l'étude sont essentiellement du domaine de 1 science et j'emploie strictement des procédés scientifiques pour le résoudre. Je désire que l'on scrute, que l'on analyse, que l’on fouill les hypothèses, les théories. sur lesquelles j'ai édifié ce petit monument car je crois que la critique, inème aigüe, peut servir à faire ressortir k qualités d’un livre, de même qu’elle peut en montrer l'impéritie, | scttise ou l'insignifiance. Mais je demande que l'on s'appuie sur raison pour en faire la critique, car cet ouvrage appartient aux hor

mes, non à Dieu, à la science, non à la théologie.

Je comprends que l'étude de la biologie laisse plus ou moins indi

férents, un industriel, un épicier, un artisan, un manoeuvre, mais

qui m'étonne, € est que nombre d'hommes instruits, des médecins mên

cétournent vo olontairement Jeurs regards de cette science. D’embli

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ils ont, étant adolescents, accepté les lonnées enfantines de l'école élémentaire, puis devenus adultes, ils refusent par. apathie, par veulerie, où par intérèt, de revenir sur cette question: leur li est fait pour le reste de leurs jours. Dites-leur qu'il faut réviser cet enseignement, ils ne vous comprennent pas, ils sont distraits, où ils refusent volontairement, obstinément, de soulever, d'étudier ce problème. Ce problème pourtant devrait être mis à la base et au somment de tout système d'éducation. Mais le cerveau de bon nombre de nos hommes instruits, de nos médecins, est tellement péiri, façonné ; les empreintes qu'on y a creusées sont tellement fixées, profonles: les principes qu'on y a semés sont tellement enracinés, qu'il ne peut s'adapter à aucune autre culture, à aucun autre usage que ceux déterminés, a. rêtés par nos maîtres. Et comme cette culture est épuisante, stérélisante, les mieux ‘loués parmi nous, de inême que le reste du troupeau, finissent par laisser leur cerveau en jachère. L'effort pour remonter le courant est au-dessus de leur puissance, parce qu'une partie de leur énergie est éteinte dans sa source et parce qu'aussi, il serait téméraire

d'entreprendre une lutte contre le milieu ambiant.

Il est probable que ce livre créera quelque sensation, car il va briser Ce vicilles traditions, secouer J'antiques préjugés et par-dessus tout, troubler la quiétude de la masse de la hiérafchie: inde irae: l'on va sans doute fulminer, l’on va peut-être s'armer pour me fustiger, de la moquerie, de la colère, de l’anathème, mais d'avance, je connais cette meute: des ignorants, des préjugés, des hypocrites : c'est pourquoi, philosophiquement, j'en ai pris mon parti. L'Evangile dit quelque part, “qu'il n’y a pas de pires aveugles que ceux qui ne veulent pas voir et cette vérité vieille de deux mille ans peut s'appliquer sans

conteste à notre temps et à une majorité de mes concitoyens. J'ai

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entendu un dimanche, un bon prêtre d'une de nos petites villes,

s'écrier du haut de la chaire: “Il y a des gens dans notre pays qui sont

assez sots, assez bêtes, passez-moi l'expression, pour croire que nous descendons des singes. Il n'y a pas de doute, mes très chers frères, que cela leur a été soufflé par le diable; si ça n'était pas de la malice, ce serait de la folie, et ceux qui enseignent de telles aberrations, méritent l'asile dans ce monde et l'enfer dans l'autre.” Cependant, l'évolutionnisme repose, comme je le démontre au cours de gette étude, non sur des inductions, des hypothèses, ou des révélations, mais sur des faits positifs, des preuves vérifiables par nos sens et notre raison. “Aujourd’hui, l'évolution est une doctrine si généralement reçue parmi les naturalistes, qu’il est difficile d'en contester les conclusions, sans

passer pour un ignorant et un ariéré”, dit Monseigneur Guibert. (1).

Le transformisme, pour. ne parler que de la partie la plus contestée de l'évolutionnisme, repose sur la géologie, la paléontologie, l'ethnologie, l'embryologie, l'ontclogie, la chorologie, l'anatomie comparée et la préhistoire, sans compter une foule de preuves accessoires, de preuves d'induction, qui découlent des sciences que nous venons de

nommer.

Dans l'état actuel de la science, l'on est autorisé à croire que les causes du transformisme sont: l'adaptation (Lamarck), la sélection (Darwin), et les mutations brusques (DeVries), par dérivation qu protoplasma (Yves Delage). Les données, le faisceau de preuves que je développe en ce volume me semblent pourtant porter la fumière

jusque dans les recoins les plus obscurs de nos origines et je ne com-

(1) ‘‘Les Origines’’ par J. Guilbert, supérieur du séminaire de l'Institut Catholique de Paris, page 175.

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