DÉCRIRE ESS
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prends pas qu'un esprit droit, libre et aimant la vérité, puisse y refuser son adhésion, sans doute que ce dernier esprit ne pourra jamais s'entendre, se comprendre où même se tolérer avec une intelligence obtuse, préjugée ou fausse ; toute l'histoire de l'humanité en témoigne,
L'ignorance a toujours été encline à la persécution. Toutes les causes scientifiques au même titre que les causes philosophiques ou religieuses ont eu leurs détracteurs et leurs martyrs: Socrate, Galilée, Dominis, Vésale, Servet, Robert le Prieur et tout récemment encore Ferrer, en sont les témoins. Heureux, ceux qui n'ont eu à souffrir que de la conspiration du silence, tel Lamarck, le plus gran] des naturalistes, Wolff, ce fils de cordonnier, l'honneur de l'Allemagne, le plus grand des embryologistes, et tant d’autres, dont l'humanité reconnaissante et contrite, s'accuse, et déplore d'avoir méconnu le génie. C'est que dans tous les temps, dans tous les lieux, la généralité des hommes est partout pareille: dominatrice et tyrannique par instinct ; ce qui fait que les minorités dans les idées comme dans les partis, ont toujours tort et sont souvent dédaignées. Mais parfois, ces idées que l'on exècre, ces minorités que l’on fustige, ont d’étranges retours! Et que nous faisons bien parti de l'humanité, dans notre chère province: le Juif honni du chrétien amasse de la fortune pour humilier celui-ci ; l’Irlandais écrasé depuis des siècles sous le talon de l'Anglais se dédommage -n imposant au Canadien-français, son drapeau et la langue de son persécuteur ; chez nous même, Canadiens-français, notre organisation sociale est faite de façon, que celui qui ne pense pas comme la hiérarchie est mis au ban et y crèverait de faim, qu’il n'y aurait pas de pitié pour lui. Et la raison de cet état de choses, réside à mon sens dans la tournure d’esnrit et de coeur que lon nous façonne
durant notre développement physique et moral.
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Il est sirgulier que durant huit années, l'on nous astreigne à apPrendre de deux peuples, les langues éteintes depuis des siècles ; que l'on spécule à l'infini sur des abstractions sans but pratique, — et que l’on néglige de nous enseigner la vie, ce qu'elle est dans ses origines et son développement ; et il est plus singulier encore que sur les bancs de la Faculté, l'on étudie minutieusement l'anatomisme, le physiologisme de chaque organe et à l'hôpital le pathologisme de l'être humain, c’est-àdire, le mouvement de la vie dans son état normal, puis dans son état morbide et qu'on n'essaie seulement pas d’entrevoir ce qu'est la vie. C'est que, peut-être l'on a peur d'entrer dans ce domaine que ‘d’autres se sont attribués qui n'y avaient pourtant pas droit. Nous reculons et no“1s nous détournons en face de la menace et de l'intimidation. Mais comment donc! la vie, son origine, son développement, son apogée, son déclin, sa dégradation, ses maladies, ne sont-ils pas essentiellement du domaine du médecin, S'il existe quelque chose d'arbitraire et d’injuste dans notre état social, c'est bien cette emprise, cette
> usunpation de caste dans le domaine scientifique.
Aux éducateurs de notre enfance, de notre jeunesse, je demande de toutes mes forces, de bien mürir, de bien peser leur enseignement. L'enfant a confiance en son maître, en son professeur comme en Dieu. Et plus tard, s’il vient à découvrir des erreurs, des préjugés, des petitesses dans l’école qu’on lui a donnée, ce sera pour lui un grand
déchirement, une grande humiliation. Nous aimons nos maitres et maîtresses un peu comme nos pères et mères: c’est que, à part la vie dont nous sommes redevables à nos seuls parents, les uns et les autres ont contribué à nous former, à nous développer, à nous armer; et la
paternité de l'inteHigence entraine avec elle quasi autant de reconnais-
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sance, sinon autant d'amour, envers les professeurs qui en sont lea facteurs, qu'envers les créateurs de notre chair. Au cours de la vie, chaque fois que j'ai découvert une de ces erreurs d'enseignement classique, si nombreuses en notre terre canadienne, j'en ai ressenti une douleur aigüe, et cet arrachement des faux aliments que nous avions incorporés à notre être moral, est d'autant plus douloureux que nous sommes plus intoxiqués. Disons-le sans amertume comme sans animosité, la grande erreur ‘de notre éducation réside dans le développement outré de l’anthropolâtrie, Ici, nous n'avons pu encore nous débarrasser du préjugé que /a terre est le centre du monde et que l'univers a été créé pour les beaux veux de l'homme. Quand cette croyance était universellement répandue sur notre globe, il n'y avait peut-être pas beaucoup de mal à cela, mais aujourd’hui, que la science a dessillé les yeux des hommes, il est téméraire de vouloir s'isoler dans un enseignement faux, arriéré et prétentieux. La vérité qui doit dominer tous les systèmes, toutes les combinaisons, toutes les sectes, finit infailliblement par s'imposer, quelque violence qu'on lui fasse, — et alors, nous
gémissons sur les entraves que nous lui avons apposées.
Dans l’appendice de cet ouvrage, j'essaie, non à concilier la doctrine hébraïque — telle que le peuple de Juda, d’Israël l’entendait autrefois, — avec la science moderne, mais je cherche à trouver un terrain d’entente, une délimitation, où ces deux grandes majestés pourraient se cotoyer, voire même se donner la main, au lieu de se faire une
guerre sourde, de chercher à s'amoindrir l'une l'autre. Nous sommes
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dans notre province, les tristes témoins de ec conflit: la science qui frappe la religion quand celle-ci ne garde pas le silence, et d'autre part, la religion qui étreint, qui étouffe la science, et toutes deux sortant meurtries, affaiblies de cette lutte sans issue.
Cette partie de mon livre n'est peut-être pas de ma compétence, je n'ai peut-être pas la préparation nécessaire, suffisante pour établir un pont, servir d'intermédiaire entre la science et la foi; aussi, je ne réclame que la bonne volonté et la sincérité, J'ai exposé ma pensée sans détours, sans contrainte, sans hypocrisie. Je m'’attends à de sévères critiques, mais je l'ai dit plus haut, j'en ai pris mon parti, parce que ma cons |.‘'ce me rend ce tén.oignage, que j'ai cherché, — autant que mes foi.cs me l'ont permis, — à atteindre la vérit. Je demande à ceux qui m’attaqueront, de prendre en considération ma bonne foi, je dirai mème, — dussé-je passer pour orgueilleux, — mor honnéteté, J'insiste cependant auprès de mes adversaires, pour qu ceux-ci emploient des arguments, des faits, des raisons, et non des in jures, des malédictions, des anathèmes, des excommunications. Ci livre n’est pas fait dans le but le provoquer, mais d'éclairer ; et si j me trompe, je ne demande qu'une chose : me convaincre de mo: erreur. Et pour terminer, il se peut que ce livre soit condamn par notre clergé catholique canadien, que je respecte, que je sais d bonne foi, dont j'admire l'oeuvre surtout au début de notre éta colonial ; mais je demande aux autorités religieuses de bien séparer | partie scientifique de la partie dogmatique, avant de passer condamn: tion ; et pour tout ce qui n’est pas du domaine de la science, j'accept d'avance le verdict de l’autorité suprème.
ALBERT LAURENDEAU,
Saint-Gabriel de Rrando:
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j'accepte
Brandon.
LA VIE