‹ La vie militaire du général Ducrot d'après sa correspondance, 1839-1871Chapitre 2 sur 11 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

Un jour, n'ayant pas reçu les fonds nécessaires à la subsistance d'un corps d'armée, dont le passage n'était pas annoncé, il n'hésita pas à engager son crédit et ses ressources personnelles, et fit à l'État une avance considérable qu'il ne réclama jamais, très fier d'avoir pu, aux dépens de sa fortune privée, rendre service à nos soldats.

Son père (1), après avoir fait également une partie des campagnes de l'Empire, se trouvait, en 1817, en garnison à Nevers, lieutenant-colonel du IP régiment de chasseurs de l'Isère. Il avait épousé Mlle Dupleix, nièce à la mode de Bretagne du célèbre gouverneur général des Indes.

C'est à Nevers, le 24 février 1817, que naquit notre père, Auguste-Alexandre Ducrot. Son enfance ne fut entourée que de visages militaires. Ses deux oncles maternels étaient tous deux dans l'armée. L'aîné, ancien colonel de cavalerie, avait fait les campagnes du premier Empire et vivait retraité à Haguenau. En 1870, lors de l'invasion, il avait conservé toute la vivacité de ses glorieux souvenirs, et, ne voulant pas voir les vaincus d'Iéna fouler le sol de la France, il s'enferma chez lui, résolu à n'en sortir que quand les Allemands auraient quitté l'Alsace. Le vieux soldat se tint parole, et ne

(1) Le grand-père cl le père du général Ducrot étaient rlievaliers de Saint-Louis.

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franchit plus le seuil de sa maison jusqu'au jour de sa mort, survenue en 1872.

L autre frère de Mme Ducrot, Jules Dupleix, eut pendant la campa^jue de 1814 un très brillant fait d armes et sauva la vie au maréchal ^lacdonald, dont il commandait l'escorte. Il était .;;énéral de brigade à Auch, au moment du coup d'Etat du 2 décembre. Le second Empire ne lui pardonna pas la douceur dont il fit preuve dans la répression des troubles, et sa carrière fut arrêtée.

Auguste Ducrot (1) , fidèle aux traditions de sa famille, entra à Saint-Cyr le 14 novembre 1835. " .le compte bien, écrivait-il à son grand-père, M. Dupleix, obtenir, avec votre aide, d aller en Afrique, d où je ne reviendrai que capitaine et décoré. Je ne puis songer sans une espèce d horreur que je pourrais languir pendant plusieurs années dans une garnison de France. Ce n'est pas ainsi que je comprends le métier militaire. »

Les vœux du jeune Ducrot furent exaucés : il fut nommé, à la date du \" octobre 1S3T, sous-lieute-

1 Les Jeux frères cadets du général Ducrot ont marqué dans notre année : l'un, Henri, officier du corps d'état-niajor, après avoir pris part a l'expédition de Boniarsund et à la guerre d'Italie, est devenu officier général.

Son second frère, Jules-Ambroise, officier du génie, mérita en Afrique deux citations et fut blessé à Sébastopol. Nommé chef de bataillon en 1868 et envoyé à Strasbourg, il se distingua pendant le siège de cette place et fut tué le 23 septembre.

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