‹ La vie militaire du général Ducrot d'après sa correspondance, 1839-1871Chapitre 7 sur 11 · DURRIEU · texte numérisé non relu

DURRIEU

Lettre du lieutenant-colonel Durrieu au commandant Ducrot.

Aumalc, le 19 novembre 1849

Mon cher ami,

Je réponds à votre lettre du 17 qui vient de m'étre remise. Je vous croyais aussi bien au courant que moi des nouvelles de la colonne Daumas ; mais puisqu'il n'en est point ainsi, je vais vous faire rapidement son bulletin.

Arrivé le 13 sous Bou-Saada avec cent quarante-trois hommes de moins, laissés dans ses divers bivouacs, il a trouvé la désunion, même parmi les insurgés. Ben- Yaya s'est fait un sof dans le quartier insoumis, et il a servi considérablement la colonne en détachant la première pierre de la résistance. Le 15, la soumission de Bou- Saada a eu lieu : postes, barricades, tout est tombé, et la circulation rétablie pour tous. Quelles sont les conditions de la reddition? Je ne peux vous les dire. Le colonel ne les a pas encore formulées. Il y a amende, otages, sans doute; en résumé, la ville s'est rendue, et c'est une première épine d'enlevée. Cependant des instructions très sévères sont arrivées au colonel Daumas

de la part du général Heibillon. Mais trop tard, les choses étaient faites. Le colonel en était un peu inquiet, mais je crois à grand tort. Le gouverneur lui saura le plus grand gré de son résultat.

La chute de Bou-Saada a déjà son effet. Les Ouled- Dya viennent de conduire au colonel onze chevaux du gouni Beauprétre que j'envoie chercher. Les Ouled- Aâmer parlementent; je crois aussi qu'elle décide plus d'un Arabe à sortir de Zaatcha.

Passons à cette bicoque qui nous tient en échec depuis si longtemps. A la date du 10, rien n'était encore disposé pour l'assaut. On attendait les troupes venant de Gonstantine : le 5F de ligne, le 8' d'Orléans, deux pièces de douze. On se proposait d'attaquer les nomades qui forment un camp considérable près Ourlai, et qui inquiètent journellement nos fourrages, nos communications avec Biskra et nos travaux de siège.

Garbuccia était à Biskra avec la légion pour arrêter Mohammed-ben-Hadj-Schrier, qui vient d'arriver à quelques lieues de Sidi-Okba, où il compte de nombreux partisans.

De tout cela, d ne résulte pas encore pour moi d'une manière bien claire que le résultat définitif soit très prochain. Je crains les pluies pour cette masse énorme d'hommes agglomérés sur ce point, les difficultés des arrivages. Gependant le colonel Ganrobert est bien arrivé. Il a même enlevé, sur sa route, sept mille moutons aux insurgés des Ouled-Sidi-Khala.

Voilà tout ce que je sais et tout ce que Ton sait à

Alger. J'attends de nouvelles lettres demain. C'est une des périodes de passage, d'après mes observations, sur les messages Herbillon.

Je vous félicite de vos succès avec les Ouled-Nayls, ils sont aussi opportuns que possible. La renommée m'avait défit apporté quelques détails sur les beaux résultats que vous aviez obtenus.

Adieu, mon cher ami; je vous enverrai un courrier le jour où j'apprendrai que Zaatcha est tombée. Je m'ennuierais fort ici, si je n'avais autant à faire; mais jusqu'ici je n'ai pas chômé un instant.

Mes hommages affectueux à Mme Ducrot.

Votre ami dévoué et pressé,

Duiîiiiiiu.

P. S. — Je crois que nous faisons assaut d'écriture illisible. Je vous devine très bien. J'espère qu'il en est de même de vous à mon endroit.

Ici tout va bien, même les Kabyles. Le choléra nous a, je crois, décidément quittés. Il éclate à Bouira. Que Dieu vous en préserve !

Lettre du colonel Damnas au commandant Ducrot.

Bou-Saada. le 26 novembre 1849.

Mon cher Ducrot,

J'étais sans nouvelles de vous depuis bien longtemps; votre lettre du 20 courant m'a fait un grand plaisir. I. 14

Elle m'a fait un grand plaisir, d'abord parce qu'elle me prouve que vous ne m'avez point oublié, et ensuite parce que je suis aujourd'hui certain que vous approuvez tout ce que j'ai fait jusqu'à présent. Oui, mon cher ami, il est fort heureux que cela se soit ainsi passé. Ma colonne était décimée par le choléra, mes convoyeurs m'abandonnaient , mon ambulance regorgeait de malades, toutes les tribus environnantes étaient ou indociles ou chancelantes, et les quartiers insurgés étaient fortifiés par des barricades si solides et si bien entendues que, probablement, nous aurions perdu un monde fou sans pouvoir les enlever. Après cela et jusqu'à l'arrivée d'une autre colonne, Dieu sait ce qui serait arrivé.

Le résultat de la soumission de Bou-Saada n'a pas été obtenu sans avoir à lutter contre bien des intrigues arabes que vous devinez. N'est-il pas malheureux d'avoir, en certaines circonstances, à lutter plutôt contre les siens que contre l'ennemi?

Mais cette soumission n'est point encore tellement consolidée que la présence de ma colonne et celle du bataillon du 38*^ ne soient indispensables ici pendant longtemps, c'est-à-dire jusqu'après la chute de Zaatcha; agir autrement serait vouloir tout remettre en question. Vous en concevez les raisons.

Je suivrai la sage politique que vous indiquez dans mes relations avec les tribus révoltées. Les Ouled- Aâmer-ben-Ferrcndj me sont venus, ils vont payer leur amende.

■nens*:

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