Roussel, Jlist. de Louvois, t. III, p
:>. Lettre d'août 1082. Arcli. de la guerre.
:{. Cb. de Ribbe, Une famille rurale an XVIIe siècle, ]>. 5G.
î. Vallons. Souvenirs, p. 'il.
Si les parents ne veulent ou ne peuvent rien faire, le pauvre officier ne peut conserver sa charge; en 1727, un jeune cornette est obligé, après six mois de grade, de se défaire de la sienne , parce que la dureté de son père ne lui permet pas de faire son équipage *.
Le luxe des équipages a toujours été signalé, blâmé, interdit, sans être corrigé, depuis le xvie siècle. Le brave La Noue se plaignait déjà de ce que « ceux qui suivent les armées mangent leur revenu d'un an en six ou huit mois à cause du grand équipage qu'ils mènent. » Ils recherchent, comme les courtisans, la richesse des habits et l'excès de la parure. A maintes reprises, on édicté des ordonnances contre l'abus des dépenses superflues : on veut limiter le nombre des chevaux, des chariots-, des
1. Arch. de la guerre, adm., 1630. — Un major écrit en 1730, en proposant un officier pour le grade de garçon-major : « C'est le seul officier sur quy on peut jeter les ïeux. 11 est bien jeune, dalieur mal ésé, car à un garçon major il leur faut un cheval et sûrement il ne sorait en avoir. Je suis fort embaracé pour luy faire trouver de quoj païer son abi uniforme. Son père est un gascon qui croit qu'on est trop hureux d'avoir son fils. » (Archives de la guerre.)
2. Une ordonnance de 1707 permet aux généraux en chef ce qu'ils jugent à propos; elle limite les lieutenants généraux à trois chariots et quarante chevaux; les maréchaux de camp à trois chariots et trente chevaux ; les brigadiers, mestres de camp et colonels à un chariot et vingt chevaux. Les chariots sont interdits aux autres officiers; on permet des chaises roulantes aux infirmes. (Recueil Cangé, t. XXXVI.) — En 1734, on interdit aux officiers foule voiture à quatre roues. Les colonels, en Italie, ne peuvent avoir qu'une chaise à deux roues, appelée aussi cambiature ou soufflet. Les chirurgiens peuvent aussi en user. (Arch. de la guerre, adm., 276G.)
valets, des plats, de la vaisselle; niais c'est surtout dans le militaire que les ordonnances se multiplient et ne s'observent pas. A l'année comme dans les camps d'exercice et de parade, qu'on institue en temps de paix, le luxe ne connaît pas de bornes. Les officiers généraux, qui tenaient table ouverte, rivalisaient de prodigalités. Pendant la guerre d'Italie, en 1734, ils s'occupent surtout de clierclier des glacières et des logements commodes. Il leur faut tout an moins le vol du chapon, et des colonnes de chariots les précèdent et les suivent1. Dans la guerre de Sept ans, tous traînaient à leur suite une armée de valets, de cuisiniers, de chevaux, de mulets de transport. On veut retrouver sous la tente tout le bien-être de son hôtel ou de son château. « Les quartiers généraux, dit un officier grondeur, sont pleins de valets , filles de joie et vivandiers. Les officiers généraux ne sont occupés que de leurs plaisirs, de bonne chère, de leurs logements. La fureur des équipages est effroyable; une partie des officiers s'anéantissent par folie, par air, à titre de dépenses pour le service du roi 2. »
Le luxe de la table était poussé si loin que des étrangers allaient jusqu'à dire qu'un général français
i. Réflections sur les campagnes d'Italie. (Recueil Cangé, t. LXV. — Voir aussi des ordonnances de 1733, 1741, 1758, contre le luxe de l'armée. Mémoires du dur de Luynes, III, appendice, p. 487.)
2. Réflexions mu- le logement des officiers généraux. Arch. de la guci i'i\ pol. et dise
en campagne avait de trente à quarante cuisiniers. Quand don Philippe et le maréchal de Belle-Isle avaient leurs quartiers à Nice , cinquante marmitons passaient constamment leur temps à plumer de la volaille sur la place publique *. C'est Smollett qui raconte cette légende, et Ton sait que lorsqu'il parle de la France, Smollett est à la fois crédule et exagéré. Mais le luxe n'en était pas moins réel. Qu'on lise les récits de l'hospitalité des généraux au camp de Compiègne, en 1698. Passe encore lorsque le roi acceptait de s'asseoir à la table du maréchal de Boufflers, sur laquelle on servit trente- cinq plats au premier service, des hors-d'œuvre et des potages, trente-quatre plats d'entremets et de rôts, sans compter les plats d'ortolans , les fruits , les vins et les liqueurs ; le maréchal montrait dans ces circonstances jusqu'où pouvaient aller l'élégance , le nouveau et l'exquis : « spectacle éclatant, éblouissant et il faut le dire effrayant , » écrit Saint-Simon2; les tables des lieutenants généraux, des maréchaux de camp et même des colonels étaient à l'avenant3. Les gouverneurs, les maréchaux ont table ouverte; chez Villars, à Marseille, il y a toujours quarante couverts mis le matin