Arch. de l'Aube, 17, E
mets au lieu d'un; mais le maître traiteur ne voulut pas démordre de ses prétentions1.
La grande et large hospitalité était à cette époque une des obligations du rang. C'était un signe de noblesse que de dépenser sans compter; l'autorité s'appuyait sur la libéralité; l'économie était une vertu bourgeoise. On peut gémir, comme le comte de Broglie, de ce que tout est d'une cherté horrible »; quand on a son grade, il faut avoir comme lui, « soir et matin, plus de trente officiers à dîner et à souper2 ».
Une des qualités les plus essentielles d'un colonel, dit-on sous Louis XIV, est de tenir bonne table. Cela serl merveilleusement à ses officiers, et ils l'estiment bien autant par là que par tout le reste :!. » Le pire est que chacun veut se hausser au-dessus de ses moyens et imiter les grands seigneurs, que leur fortune ou la faveur du roi mettent à même de réparer les brèches que leur magnificence fait à leur bourse.
Un colonel, dit-on. doit donner à dîner aussi magnifiquement qu'un général; un capitaine croit au prorata se surpasser, surtout quand il a de la fortune de chez lui. » A ce compte, plus d'un mange son patrimoine, et en est réduit à demander des pensions .ni r<»i pour y suppléer '.
i. Lettre «lu 20 juin 1789. Aivh. de l'Aube, 17 E. 83.
■ Lettre 'lu >;. janvier i;i4. d<> Landau. Àrch. de la guerre
;. Hémoires <i<- >/. d'Artagnan, t. I. p. 60.
i. Observations du baron Deroaes. archives de la guerre.
Un major prétend qu'il ne peut s'en tirer à moins de 1.000 liv. par mois. Son train de maison est assez considérable; il estime le loyer de son logement et de son mobilier à 120 liv. par mois; il lui faut un secrétaire et un commis, dont les appointements montent avec les frais de bureaux à 110 livres. Il a six domestiques , un valet de chambre , un cuisinier et deux porteurs de chaise, à 20 livres de gages, deux laquais, à 16 livres. Le costume de quatre de ses domestiques, qu'il habille de pied en cap, lui revient à 40. Il compte 2 cordes de bois et 2 sacs de charbon pour le chauffage, ensemble 83 liv.; 12 livres de chandelles et autant de bougies, 31 liv; enfin son blanchissage monte à 22 liv. 10 s. et ses ports de lettres, chiffre élevé , à 35 liv.
La table est naturellement sa plus forte dépense. Une bouteille de vin par personne, ensemble 2 liv. 14 s. ; 37 sous de pain blanc et commun, neuf livres de viande à 5 s. 6 deniers, constituent ce qu'il appelle l'ordinaire de bouche, dont le total est de 242 liv. ; mais il y a aussi l'extraordinaire, qui s'élève à 262 liv. 10 s. Ce sont deux entrées à diner, 30 sous par jour ; une entrée à souper avec une volaille, 52 liv. 10 s. par mois; salade, fruit, fromage, dessert, 50 liv.; 50 bouteilles de vin de Bourgogne, à 2 liv. chacune, 100 pour le mois; du thé et du café pour 15 liv.; enfin, un « extraordinaire fixe de deux repas par semaines » , estimé 40 liv. Le total de ses dépenses
monte à 944 liv. 10 s., et, sur l'état qu'il présente, nous tirons remarquer qu'il n'est pas fait mention de L'habillement, de l'entretien et des dépenses personnelles du major l.
Les officiers subalternes, avec des appointements minimes, ne peuvent, il est vrai, tenter de marcher sur les traces des officiers riches. Ils mangent à l'auberge ou au « cabaret »2, où on leur demande des prix de pension en rapport avec leurs ressources. Il est vrai qu'ils sont exigeants, et tel, qui vivrait dans son ménage avec deux ou trois plats, fait un vacarme scandaleux si des trente plats qui paraissent à plusieurs reprises sur sa table d'auberge un seul a été négligé par le cuisinier J. Que peut cependant dépenser un pauvre lieutenant qui n'a que sa solde de 800 ou de 1,000 fr.? S'asseoir à des repas modestes, comme le font quatre officiers irlandais, qui soupent et dînent à Brioude au prix raisonnable de 5 liv. pour eux tous et pour les deux repas , taudis que leurs valets s'en tirent pour 2V sous4. En 1708, un capitaine d'infanterie ne touche que 1,300 fr. par an. Comment établira-t-il son budget? Un d'eux le dresse comme il suit :
I. État des dépenses par mois de M. d'Ethieultes, Arcli. delà guerre, ad m., 2709.
?.. " J'ai toujours vécu comme un soldat, écrit un officier, dédaignant tes soins d'une maison. Le cabaret me suffisait. » (Arch. de l'Aube, E. 989.)