Mém. hist. de la vie d'un fantassin, 1711, p
qu'on ut1 s'y enrichit1, et ceux qui avancent le plus facilement dans leur carrière sont ceux qui sont le mieux pourvus des biens de la fortune. Fabert, qui devait être maréchal de France, était le fds d'un maître de forges, qui employait plus de cinq cents ouvriers; sa richesse était telle que, sous la Fronde, il avança 407,851 livres pour la paye des soldats, sans compter 68,7 il livres que lui devait le receveur de Sedan-. Quand on pouvait faire de telles avances et rendre de tels services à l'État, les ressources pécuniaires dont on disposait entraient pour l'avancement en ligne de compte avec la bravoure et le mérite.
1. Le chevalier de Bonnard dit à un officier qui revient d'une campagne :
Tu rapportes après cinq ans.
Quelques dettes et de la gloire.
2. Eeillet, Xotes inédites sur Abraham Fabert, Mezières. 18G5, p. 10.
Ce qui contribue à rendre suffisants, la plupart du temps, les traitements des officiers, c'est que réglementairement ils ne restent au plus que deux tiers de l'année au régiment. Des congés de semestre étaient accordés tous les ans à un grand nombre d'officiers. Au commencement des armées permanentes, on avait eu beaucoup de peine à les retenir dans leurs garnisons ou sous les drapeaux pendant les quartiers d'hiver ou lorsque la campagne était terminée. Ils n'abandonnaient pas facilement la vieille coutume du moyen âge, d'après laquelle l'obligation du service cessait avec la guerre. Louis XIII avait été obligé de menacer ceux qui quittaient leurs régiments sans congé d'être dégradés des armes et de la noblesse , voire même d'être envoyés à la Bastille, et pour ceux qui n'étaient pas nobles, aux galères. Des ordonnances de Louis XIV veulent qu'il reste au moins trente officiers dans chaque régiment pendant les quartiers d'hiver et (pie la moitié des officiers d'infanterie soient présents dans les garnisons1.
1. Les noms des officiers qui s'abscnleiit sans congé doivent être
Sauf les majors et les lieutenants-colonels, d'ordinaire officiers de fortune, la plupart des officiers s'absentaient le plus qu'ils pouvaient. Les colonels surtout ne résidaient guère, et quand ils avaient installé leur régiment dans les quartiers, ils s'en allaient chez eux ou à la cour1. Ajoutez à ces congés ceux qu'obtiennent les officiers qui vont se faire soigner aux eaux de Barèges, de Vais, de Saint- Amand et de Spa2, ceux qui leur sont accordés pour des raisons d'affaires et de famille , et vous comprendrez que le service militaire est loin d'absorber leur existence. La plupart n'en prennent pas le pli, ils n'en conservent pas la raideur et le langage , parce
affichés à la porte de leur paroisse, dans les places de leur province; leurs appointements sont retenus. (Lettres de Louvois, 1685.) En 1681, le roi écrit à l'intendant de Limoges de faire arrêter un mousquetaire qui a quitté sa compagnie sans congé, « ne voulant pas, dit-il, souffrir un tel libertinage ». (Correspondance de Le Bret. Bibliothèque nationale, man., f. franc., 8820, 8821.)
1. Caillet, t. 1, p. 150. — Caron, Le Tellier, p. 118, 199. — Ane. lois, XVIII, 15. — Baron de Sirot, Mém., t. I, p. 322, t. II, p. 20, 28. — Ord. des 26 juillet, 16 sept, et 18 déc. 1635, 1637 et 1638, du 6 mars 1640; et sous Louis XIV : ord. du 6 janvier, 15 mars, 18 mai 16i7, 20 juin 1651, etc. (Rec. Cangé,t. XXIII, XXIV, XXV, XXVII.) — M. de Montmorency, capitaine, est mis à la Bastille pendant huit jours pour avoir quitté son régiment sans permission. (Ravaisson , Arch. de la Bastille, t. XL p. 124, 125.)
2. 1684, 1694, 1728. Arch. de la guerre, adm., 2260. 3695. — Le baron de Coincy a pris les eaux de Spa sans succès; il doit aller aux eaux de Saint-Amand et prie le ministre de lui envoyer les médecins du roi Fagon et Petit; « car pour M. d'Aquin, ajoute-t-il, je n'oserais m'hazarder à vouloir entreprendre de l'esloigner un instant de Sa Majesté. » (Lettre du 29 mai 1684. Ibid., 792.)
qu'à chaque instant ils vont se retremper dans la vie civile, et que, tout en gardant les prérogatives et la fierté de leur grade, ils ne sont pas assujettis constamment aux occupations qu'il impose.
Les congés de semestre étaient accordés d'ordinaire au tiers des officiers. En 1644, ils sont octroyés pendant le quartier d'hiver à la moitié des majors et des enseignes , au quart des capitaines et des lieutenants. Plus tard le nombre des congés était réglé chaque année avant l'hiver par une ordonnance spéciale. Les officiers de chaque régiment se réunissaient chez le colonel pour convenir de la liste des capitaines qui pourraient s'absenter. Dans certains corps, on désigne tantôt sept capitaines et sept lieutenants, tantôt, on en désigne neuf. Sous Louis XV, on est encore obligé de réprimer l'inexactitude des officiers en congé. Le ministre écrit, en 1738, aux inspecteurs généraux : « Depuis la paix, les officiers croient n'être plus obligés de servir à leurs troupes, au point que lorsqu'on se rend ici difficiles pour les congés, ils s'en vont et ne reviennent pas même à l'expiration de ceux qu'ils ont obtenus... Après avoir accordé sept mois à la moitié des officiers de chaque corps, il n'est pas naturel qu'ils puissent se dispenser de rejoindre '. »
Ils ne peuvent s'excuser sur la rigueur et la fatigue
1. Lettres de 1722, 1733, 1735. Circulaire du i mai 1738. (Recueil Caogé, t. XLIII, XLVII, L, LU.)
du service. Leurs occupations sont légères, la plupart du temps, dans les garnisons. Quand l'officier a fini son apprentissage , qu'il a fait le métier de caporal et de sergent, qu'il est reçu officier, l'exercice et les manœuvres sont loin d'absorber son temps. Il y a bien des époques où il y a des recrudescences de zèle, des velléités et des augmentations de travail, comme dans la période où l'exercice à la prussienne fut à la mode. Il y a bien quelques services extraordinaires, les nuits passés au corps de garde, où Ton s'étend dans un grand fauteuil de malade, qui se baisse et se relève1; mais le reste du temps, l'officier est libre. Surtout dans l'infanterie, il a peu de chose à faire; « il peut battre le pavé toute la journée2 ». Si le soldat a beaucoup de loisirs, il en a bien davantage. Comment les emploiera-t-il dans sa garnison?
La plupart des garnisons offraient peu de ressources de société. Les grandes villes, je l'ai dit plus haut, avaient souvent le privilège de ne pas recevoir de troupes; les grandes places fortes des frontières faisaient exception. Mais à côté des cités populeuses, comme Lille, Metz et Besançon, combien de bourgades entourées de murailles servent de résidence aux malheureux officiers, forcés d'y passer l'hiver! Que de bicoques perdues dans les montagnes, de citadelles baignées par les marécages, sont pour