Acte I, scène iv
perdre. De là des dettes, des indélicatesses pour se procurer de l'argent, des escroqueries, souvent des ruines, des désespoirs et des désordres que le roi veut réprimer à tout prix. Le hoca, le pharaon, la barbacote, la bassette sont proscrits dans les garnisons1 et même sous peine de la vie, dans les camps. On menace de faire arrêter les bourgeois qui font jouer les officiers aux jeux interdits; quant à ceux-ci, ils risquent trois mois de prison , et , en cas de récidive, d'être cassés et envoyés pour deux ans dans une forteresse. Lu lieutenant établit à Sens, eu 1732, un jeu de pharaon, « dont le progrès est venu au point que toutes les familles de la ville en sont alarmées ». S'il continue, il sera cassé. Mais que faire, lorsque le colonel donne lui-même l'exemple du jeu et l'encourage par son exemple? On accuse l'un d'eux d'avoir envoyé en prison un officier, qui avait perdu quatre louis, et d'avoir ensuite tenu la banque et dépouillé tous ses officiers.
Les ordonnances multipliées sont impuissantes à enrayer un usage qu'excite et favorise l'oisiveté de la garnison. Des officiers s'en vont jouer « au fond
1. Louvois écrit à un intendant, le 19 février 168 1 : '< Monsieur, j<' vous envoyé, par ordre du Roy, la copie de ce que j'escris à M les gouverneurs des places de votre département par laquelle Sa Majesté leur ordonne d'empescher qu'il ne soit tenu de jeu de bassette dans leurs gouvernements... » Il lui dit aussi : « Sa Majesté Ta fait défendre a Paris, et en roesme temps a jugé à propos qu'il le fust aussj dans les lieux où il y a de ses troupes en garnison... » (Corresp. '!•' !.'■ Bret. Bibl. nationale, man., fonds français, n° 8821.)
d'un sale cul-de-sac , à la pâle clarté d'une pale chan délie »; d'autres iront manier les cartes au fond d'un bois , sur un manteau étendu sur le gazon , tandis que des sentinelles sont placées par eux à toutes les avenues pour leur permettre de se livrer sans crainte à leur passe-temps favori1.
Il était plus facile d'empêcher ce qu'on appelait les « jeux d'hasards » dans les cafés; on mettait dans ce but une sentinelle à leur porte ; on les faisait visiter plusieurs fois dans le soirée par un officier de garde2. Afin de mieux surveiller ces établissements, qui s'étaient ouverts, à l'instar de Paris , dans beaucoup de villes de garnison, l'autorité décida qu'un certain nombre d'entre eux seraient réservés, sous le nom de cafés militaires, aux seuls officiers, et même que ceux-ci ne seraient pas admis dans les autres cafés, qui seraient désormais appelés cafés bourgeois3. Sous Louis XVI, quelques officiers, à Dijon comme à Besançon, établirent des sortes de cercles, qui portaient
1. A. de Campion, Mém., p. 89. — Le Glorieux, act. I, se. v. — Paris, Versailles elles provinces, t. I, p. 133, — 1691, 1713, 1775, 1783, arch. de la guerre. — Lettre du 25 mars 1732. (Recueil Cangé, t. XLVI1I.) — Enc. méth., Art militaire, t. III, p. 133, 135. — Smollctt met en scène deux officiers, qui, pour soutenir leur rang, s'efforcent de tricher des voyageurs au jeu. (Peregrine Pic/de , ch. xlix.) — Souvenirs de deux anciens militaires, p. 122.
2. 1775. Ord. de police militaire à Lille. Arch. de la guerre.
3. Ord. du maréchal de Broglie, du 16 novembre 1777. Arch. de la guerre. — Il y avait à Paris, rue Saint- Honoré , n° 570, un café militaire en 1788, (État actuel de Paris, Louvre, p. 81.)
le nom de redoutes de société, et où Ton était admis, moyennant un louis par tète1. Telle fut aussi l'assemblée militaire qui fut créée au Palais-Royal par des « officiers de la première distinction et titrés2 ».
Le théâtre fut aussi pour eux, au dix-huitième siècle, une grande ressource contre l'ennui. Ils jouaient volontiers la comédie3;- ils allaient surtout la voir jouer. Les salles de comédie qui furent construites dans la plupart des villes de province semblaient avoir été créées en leur faveur. Ils y dominaient; ils y avaient leur place réservée, les chefs au premier rang , les lieutenants et sous-lieutenants aux secondes loges et au parterre4. Parfois, suivant l'ancien usage, les chefs s'asseyaient sur la scène même5. Les gendarmes, les mousquetaires, les chevau-légers prétendaient entrer gratuitement à la Comédie française*3. D'ordinaire, en province, les officiers étaient