‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 12 sur 191 · Recueil Cangé, t. LV. Bibliothèque nationale · texte numérisé non relu

Recueil Cangé, t. LV. Bibliothèque nationale

L'esprit aristocratique de la jeune noblesse se cabrait d'ordinaire contre l'égalité et la promiscuité auxquelles l'exposait la condition de volontaire. La force physique était moins appréciée et moins utile qu'au moyen âge , depuis que le boulet mettait en pièces la cuirasse du gentilhomme comme la casaque du vilain; on cherchait moins désormais à en imposer par la vigueur et l'habileté des coups que par le prestige que donnent la naissance et la supériorité de l'éducation. On sentait bien qu'il fallait toujours un apprentissage pour être capable de commander, mais on croyait qu'il fallait instruire et préparer à leurs fonctions les futurs officiers sans les mêler aux soldats qu'ils devaient être appelés à diriger. A mesure que la suprématie de l'aristocratie s'amoindrissait dans la réalité , on cherchait à la sauvegarder dans l'apparence ; on craignait que la camaraderie ne nuisît au respect, dont le sentiment s'affaiblissait déjà, et l'on crut accroître l'autorité future des chefs en les séparant complètement des soldats.

C'est en partie dans ce but que Louvois, supprimant les cadets dans les régiments, créa en 1082 neuf compagnies spéciales de cadets qui devaient être instruites dans les places fortes *. Elles se recrutèrent selon le bon plaisir des intendants. Quoiqu'elles fussent désignées sous le nom de compagnies de gentilshommes, on y reçut beaucoup de fils de bourgeois et de roturiers. On eut beau fixer de quatorze à vingtcinq ans l'âge de l'admission des cadets, il s'en trouva qui avaient trente-quatre et même quarante-cinq ans ; aucune condition d'instruction ne fut exigée d'eux; plusieurs même ne savaient ni lire ni écrire 2. Du reste, l'instruction qu'on devait leur donner était assez sommaire. Les maîtres d'armes, de mathématiques, de dessin, d'allemand et de danse3, qui furent attachés à chaque compagnie , manquaient d'autorité et d'influence. Selon La Colonie, qui entra dans la compagnie de cadets de Charlemont, on n'était sévère que pour l'exercice du mousquet. On leur enseignait aussi le maniement de la pique et le tir à blanc ; on leur apprenait à saluer de bonne grâce

1. P. Daniel, Hist. de la milice française , t. II, p. 431. — De Monlzey, les Institutions d'éducation militaire jusqu'en 1789, p. 92.

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