Le Soldai citoyen, 1780, j>. 'j
par-dessus tous les autres {. Il est vrai qu'ils sont compromettants : « l'n plumet comme vous, dit un personnage de la Comédie italienne à Mars, décrie plus une femme en huit jours d'été que tous ces messieurs en tout un hiver2; » mais beaucoup trop, attirées par le prestige de l' uniforme et le reflet de la gloire, vont se brûler aux feux, que, pour parler le langage des précieuses, leurs propres yeux ont allumés. Quelques-unes même font des présents et des dons que des officiers peu délicats trouvent tout naturel d'accepter. Selon Sandras de Courtilz, d'Artagnan loge chez une femme fort aimable, qui le fait subsister fort honnêtement sans qu'il ait l'embarras de mettre la main à la bourse. « Cela, ajoute-t-il, ne devait pas être indifférent à un Gascon, qui s'accommode d'ordinaire assez bien d'une bonne table. » On sait quel est le rôle du frère de Manon Lescaut, le garde du corps Lescaut. Un officier des gardes françaises se laisse entretenir par deux actrices et en vole une. Son colonel, le maréchal de Biron , l'envoie en prison, el lui faitdonner sa démission; mais l'officier est protégé, et se fait nommer colonel à la suite d'un régiment corse 4.
i . Conduite de Mars, p. 21.
2. Les Adieux des officiéi's. Théâtre italien de Gherardi, t. IV, p. 326.
Mémoires de M. d'Artagnan, t. I. p. 124.
». Paris, Versailles el les prorinces, par Dugast de Bois Saintlust, I. III, p. 23.
« Le libertinage est fort en vogue, dit-on, parmi les officiers1. » « Les plus jeunes d'entre eux, ajoutait-on. passent pour les plus déréglés qu'il y ait en Europe 2. » Il semble que leur profession doit excuser les dérèglements d'une vie licencieuse et libertine. Tantôt ils participent à la corruption de mœurs de certaines villes3, tantôt ils l'apportent dans les quartiers, où elles étaient restées pures , parce qu'on n'y avait pas mis de troupes depuis longtemps. « Qu'est-ce qu'un mince officier d'infanterie? écrit Bonaparte à son père ; un mauvais sujet les trois quarts du temps 4. » Il serait difficile qu'il en fût autrement chez des jeunes gens, dont les principes ne sont pas sévères, et à qui la modicité de leur fortune , non moins que l'usage, ne permettent guère de se marier. En activité de service, on voudrait qu'ils ne se mariassent pas. « Gela serait assurément beaucoup mieux » , dit un ministre, «mais enfin, il vaut mieux qu'ils se marient que de se livrer au libertinage, dont les suites sont si funestes 5. » — « C'est une mauvaise preuve de ca-
1. Lettres françoises et germaniques (par Mauvillon) , p. 20. — L'auteur ajoute : « La plupart crèvent de débauche à la fleur de leur âge ; ceux qui échappent quittent la saie sur leurs vieux jours et se font moines. » — Voir l'Appendice.
2. Essai sur les mœurs des Français, p. 58. —Le Parfait homme de guerre, 1699, p. 73.
3. Les villes de garnison et de manufactures étaient des foyers de corruption. (Comte d'Allonville, Mém. secrets, t. I, p. 372.)
4. Lettre au prince de Saxe, 1783. Arch. Aube, 17 E, 83. — Voltaire, V Homme aux quarante ecus. — Iung, t. I, p. 99.