L. de Loménie, les Mirabeau, t. I, p
21 i CHAPITRE XIV.
dispensateur de ses grâces, de vouloir bien m en octroyer la permission de nie marier, pour ni affermir d'autant plus dans le dessein où je suis de mourir à son service...
Un lieutenant de roi à Verdun écrira de même , mais avec une orthographe moins fantaisiste :
Monseigneur, je vous supplie d'obtenir du roy la permission de me marier, et de vouloir y joindre votre agréement. Je dois épouser à Metz la veuve dun capitaine du régiment de Chartres, tué à Guastalla. Elle est née dans cette ville , demoiselle avec un bien raisonnable. Elle est d'une piété solide et d'un attachement parfait à ses devoirs. M. le comte de Delleisle dont elle a l'honneur d'être connue certifiera ce que j'avance.
Le ministre accorde d'ordinaire ou s'en rapporte au commandant du corps. Quelquefois, on lui fait des objections. Un capitaine au régiment de Rochechouart est sur le point d'épouser « une fille sans bien et sans naissance et dont la réputation est très équivoque ». « Ce seroit perdre un très bon suget, écrit un camarade. La défense de Votre Grandeur lui donnera le temps de réflexir à la sotise qu'il veut faire... » La mère du capitaine veut s'y opposer; mais elle finit par céder aux prières de son fds , et l'autorisation, d'abord refusée, est accordée de guerre lasse1.
1. Lettres d'oct. 1730, d'oct. 1737, de juillet 1739. Arch. de la guerre.
L'intervention du ministre est utile en ce qu'elle empêche les officiers inconsidérés de faire ce que l'on appelait un mariage de garnison. Le roi avait même voulu empêcher ces sortes de mariages, « peu sortables à la naissance des maris, » avec des filles de basse condition qui n'avaient aucun bien, ce qui tournait « au déshonneur de leurs familles. » En 1G85, il avait menacé de casser tout officier qui se marierait « dans la place où il était en garnison ou à dix lieues es environs », sans le consentement de l'inspecteur général1. Le consentement ministériel, qui fut exigé plus tard, n'empêcha point davantage un certain nombre de ces mariages de se conclure. Certains nobles y voyaient surtout des mésalliances fâcheuses. L'un d'eux en parle avec une indignation singulière : « Il serait à désirer, dit-il, que les mariages d'officiers, contractés à l'insu des supérieurs et sans la permission du prince, fussent déclarés nuls. Un homme de condition, qui pense assez bassement pour contracter une union déshonorante, ne pensera pas mieux pour donner une bonne éducation à ses enfants. J'ay connu un gentilhomme dont le père avait épousé une bourgeoise. Le fils, quoique élevé à l'école militaire, voulait être avocat, parce que son grand-père maternel avait été procureur et que ses oncles, toujours maternels, avaient été avocats. Il est entré dans un corps