‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 127 sur 191 · Mémoire anonyme de 170i. Arch. de la guerre, adm · texte numérisé non relu

Mémoire anonyme de 170i. Arch. de la guerre, adm

2. John Andrews, Remarks on the french and cnglish ladies, Dublin, 1783, p. 71, 72.

leur famille; ils ne les amenaient pas au régiment, où elles auraient trouvé peu de ressources de confortable et de société. Quelquefois, elles venaient rejoindre leurs maris pendant leur quartier d'hiver, comme nous le montre une jolie estampe en couleur du temps de Louis XVI, où Ton voit un officier, les mains enfoncées dans un manchon volumineux et donnant le bras à une dame enveloppée dans une pelisse fourrée1. Mais, sauf de rares exceptions, il n'y avait de ménages permanents dans les garnisons que ceux des officiers de fortune, des officiers sédentaires, comme les majors et aides-majors des places, et de ceux qui contractaient de ces unions qu'on qualifiait de mésalliances et d'entraînements regrettables. Si par hasard la femme d'un colonel venait passer quelques jours dans un régiment, c'était une circonstance exceptionnelle, qu'on célébrait par des fêtes. La vie de ménage se serait mal accommodée , la plupart du temps, avec la liberté de la vie militaire. Les officiers faisaient table commune, et les conversations auxquelles ils se livraient ne connaissaient pas de frein. On déplore à maintes reprises « l'intempérance et l'inconvenance de leur langage », les « propos libres et orduriers qu'ils tiennent à la jeunesse et qui semblent l'inviter au libertinage » , leurs propos licen-

l. Le Militaire en quartier d'hiver, signé «L'Eveillé ». Estampe de la Bibliothèque nationale. — Sous Louis XIII, les officiers se faisaient souvent suivre à la guerre de leurs femmes et de leurs enfants (Vte d'Avenel, t. 111, p. 135.;

cieux et libertins jusqu'au cynisme1. « Les désordres sont devenus si ordinaires, dit-on sous Louis XIV, qu'on s'en glorifie dans le public, qu'on les raconte avec impudence dans les repas, qu'on les étale avec avec une sorte de vanité dans les compagnies2. » Chez un officier sous les ordres du maréchal de Broglie, « le ton est à l'unisson des maisons de débauche des grenadiers3 ». Sans doute, un pareil ton est exceptionnel, puisqu'on le signale et qu'on s'en scandalise. Mais presque partout, le langage est libre4, et l'on croit lui donner plus de relief en rémaillant de jurons.

« La plupart des officiers, dit un écrivain militaire, ont l'impiété de n'avoir le nom de Dieu à la bouche que pour le blasphémer, même dans leurs discours ordinaires et familiers. » — « Il y a, dit un autre, des

1. 1773. Arch. de la guerre. Pol. et dise., 1691-1790. — Proyart, Louis XVI détrôné avant d'être roi, p. 280.

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