‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 128 sur 191 · Duc de Broglie, Le Secret du roi , t. I, p · texte numérisé non relu

Duc de Broglie, Le Secret du roi , t. I, p

4. Le comte de Vaublanc raconte l'anecdote suivante : Un officier, Cherval, sauve une frégate, et écrit au ministre : « Je ne sais point rendre de compte; tout ce que je puis vous dire, c'est que sans moi votre frégate était... (au lieu de perdue, il met le mot militaire). Le roi en fut informé et ordonna l'avancement de Cherval. {Mémoires, p. 50.) — Lorsque Joseph II vint à Metz, il lit manœuvrer devant lui lerégiment de cavalerie Royal-Piémont, qui fit des merveilles. Il en lit compliment au lieutenant-colonel, et lui dit : « Je voudrais bien voir ce beau corps en plaine contre la cavalerie prussienne que l'on vante tant. — Monsieur le comte, répondit le lieutenantcolonel, nous leur f... le tour, comme nous l'avons fait à tant d'autres. (Souvenirs de deux anciens militaires, p. 34, 35.)

officiers qui sont plus blasphémateurs et plus vicieux que les soldats eux-mêmes '. » Les officiers jurent dans les coches, dans les lieux publics, au grand effarouchement des oreilles délicates2. 11 semble qu'il soit difficile d'échapper à la contagion de l'exemple et de l'habitude. « J'ay vu à l'armée, dit un écrivain en 1674, des gens qui faisaient la méditation soir et matin, apprendre à jurer Dieu en moins de quinze jours et passer d'une extrême bonté à des excès et à des emportements brutaux11. »

Au siècle suivant, on était peut-être plus poli, et certains officiers, à en croire un romancier, auraient « regardé les jurements comme des vices à peine excusables dans la plus vile populace » 4. Mais ce n'était pas le sentiment religieux seul qui les en détournait; il n'avait jamais été prépondérant dans les armées ; depuis le règne de Louis XV, il s'était encore affaibli. Auparavant, on conservait encore des apparences de la piété; à la veille d'une bataille, les confessions étaient nombreuses5; l'évacuation d'une place forte est retardée, parce que c'est le jour de Pâques et que le commandant veut communier avec sa gar-

1. Le Parfait homme de guerre, p. 335. — De la justice militaire, 1672, |>. 168.

2. N.-Z. Siinonnot, Souvenirs, p. 100. — Sachcvercl Stevens, Travels, p. 07.

3. Claude Joly, Relation de ce qui s'esl pass,; à la convocation de l'arrière-ban en 1074... ms. Bibl. nal.. anc. fonds franc. i.~>73, fol. 34.

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