Recueil Thoisy, Bibl. nationale
rait citer d'autres faits de ce genre , qui , à certaines époques, furent réprimés sévèrement par les soins des chefs militaires et des intendants1. En 1730, un lieutenant de cavalerie, ayant exercé des violences sur deux magistrats de village, reçut la lettre suivante du ministre : « Vous n'auriez pas dû ignorer que vous n'avez nul commandement sur les habitants, et je suis surpris que vous ayez tenu une conduite aussi contraire à la discipline que Sa Majesté veut être observée par ses troupes. Je dois vous avertir que vous avez encore moins de droit de chasser sur les terres des seigneurs et qu'il est de votre intérêt de vous observer, surtout à l'égard de Mgr l'évèque d'Auxerre, de manière à ne lui pas donner lieu d'en porter de nouvelles plaintes2. »
Quelquefois la répression a lieu avec des formes solennelles destinées à servir d'exemple. En 1638, le roi fit casser à la tète de l'armée le régiment de Ghanceaux, pour avoir commis des vols et des pillcries sur les paysans. De plus, il ordonna que « les maisons et biens meubles et immeubles dudit de Chanceaux et de ses officiers seraient vendus jusqu'à concurrence
l. Voir Le Village sous l'ancien régime, 3e éd., p. 283.
?.. Recueil Cangé, t. XLVIL — En 1724, le gouverneur de Lille permet aux officiers de chasser, depuis le i" septembre jusqu'à la Notre-Dame de mars, sauf dans les Plaisirs du Roi à lui réservés. Ils pourront sortir par deux portes, avec leurs fusils et leurs chiens, mais sans emmener valets ni soldats; il leur interdit de découcher sans permission. Ibid., i. XL1V.)
d'une somme de 60,000 livres, tant pour la restitution des sommes qui avaient été payées pour la levée et l'armement du régiment que pour la remise sur pied d'un autre l. »
A partir de Louis XIV, les campagnes furent protégées d'une manière plus efficace contre les exactions des officiers. Mais ceux-ci s'en donnèrent toujours à leur aise à l'égard des maîtres de postes, des voituriers et des aubergistes. Quatre officiers se présentent, en 1690, chez le fermier des chevaux de louage de Troyes, qui est absent, le demandent en «jurant et reniant le saint nom de Dieu », forcent, malgré ses commis et ses valets, la porte de l'écurie, s'emparent de trois chevaux, montent dessus et s'éloignent sans dire où ils vont. En 1779, un officier d'artillerie, irrité de ce que la diligence parte sans l'attendre, la fait arrêter et porte plusieurs coups d'épée dans le bras du postillon. En 1782 , un garde du corps blesse d'un coup d'épée un commissionnaire, à propos d'une discussion sur une lettre de voiture2. Smollett nous montre des officiers criant à l'exagération d'une note d'auberge , pourtant fort raisonnable, afin de forcer l'aubergiste à leur demander pardon et à ne leur faire rien payer. John Moore a entendu parler de traitements injustes exercés par eux sur des postillons et des hôteliers; mais il ajoute : « Je
1. Arrêt du Conseil du Kî octobre 1G38. Recueil Cangé, t. XXIV.