‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 141 sur 191 · Arch. de l'Aube, C. 1102. — Janvier, p. 68 ;'t · texte numérisé non relu

Arch. de l'Aube, C. 1102. — Janvier, p. 68 ;'t

suis certain qu'il n'y a aucune nation en Europe où la faveur du roi, la naissance et le caractère militaire donnent autant de privilèges qu'en France et où ils s'exercent moins au détriment des inférieurs1. » Qu'était-ce donc ailleurs, surtout en Allemagne, où la morgue de la naissance et l'orgueil de l'uniforme étaient sans limites?

Les gouverneurs, les lieutenants de roi s'érigeaient souvent en petits tyrans, se moquant des magistrats civils, molestant les habitants. AToul, un lieutenant de roi fait mettre en prison une bourgeoise, parce qu'elle a jeté sans dessein un peu de bouc sur son jeune enfant; il fait incarcérer un huissier qui lui apporte une assignation. Un avocat vient se plaindre de ce que des soldats lui ont volé du bois; l'officier veut le faire arrêter, et comme le maire s'interpose, le commandant de place prétend qu'il a le droit de faire conduire tous les bourgeois en prison et de les garder, pendant \ ingt-quatre heures , sans en rendre compte à personne 2.

Les tapages, les carillons, comme on les appelait, se terminaient rarement d'une manière aussi tragique. C'étaient souvent des accès de gaieté, des taquineries, des gamineries de grands enfants qui comp-

1. Peregrine Picklei chap. \i.iv cl l. — J. Moore, Lettres d'un voyageur anglais sur la France..., t. I, p. 21.

2. Arch. de la guerre. — Hippeau, Le Gouvernement de Norman- >hr. I. IX. p. 368, 3"0.

talent sur l'indulgence et même sur l'impunité. En 1756, à Eu, les officiers s'avisent de jeter le soir des fusées dans les caves , les greniers , les appartements et les boutiques des bourgeois. Les soldats et les libertins de la ville les imitent. Les gens paisibles se plaignent à la municipalité, qui interdit les fusées. Les officiers en jettent plus que jamais. Le maire intervient, et comme il interpelle un lieutenant qui tient un pétard à la main, celui-ci riposte par une impertinence et en lançant le pétard sur sa famille. Le maire, indigné , va trouver le commandant militaire , qui lui répond qu'on a jeté des pétards sur lui et qu'il ne s'est pas trouvé insulté ; aussi les officiers , sûrs de l'impunité, bombardent-ils pendant une partic de la soirée le maison du maire , qui n'a d'autre ressource que d'en appeler au gouverneur de la province *.

A Toul, en 1760, les soldats donnent des spectacles publics , auxquels assiste une partie des bourgeoises et qui se terminaient fort avant la nuit. A la sortie, ils courent dans toutes les rues , en insultant les passants. La police intervient, interdit la location de la maison où l'on joue la comédie ; mais le lieutenant de roi , bravant les ordres de la police , fait enfoncer les portes de cette maison quatre jours de suite par des fusiliers2. A Alost, en 1747, les gardes du corps en

1. Hippeau, Le Gouvernement de Normandie, l. IX, p. 372 à 374.

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