‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 146 sur 191 · La Conduite de Mars, p · texte numérisé non relu

La Conduite de Mars, p

2. Arch. do la guerre, pol. et dise, 1691-1784. .'*. Arch. de la guerre. — Recueil Cangé, t. V.

LESPRIT GUERRIER. 253

Sous Louis XIII et au commencement du règne de Louis XIV, les officiers furent souvent châtiés d'une manière exemplaire pour leur faiblesse devant l'ennemi et rendus responsables de la lâcheté de leurs soldats. Peut-être, dans certains cas , les soupçonnaiton de trahison plutôt encore que de manque de courage. Des procès furent faits à des officiers pour avoir rendu sans résistance des places ou des postes qui leur étaient confiés. Jacques de Coucy fut décapité en 1035 pour avoir livré Dunkerque aux Anglais; le duc de la Valette fut exécuté en effigie en 1636, pour avoir abandonné son service au siège de Fontarabie; en 1642, un conseil de guerre condamna le sieur Damsy à avoir la tète tranchée, « comme dûment atteint et convaincu de lâcheté en la défense de la ville de Lens ». Plus tard, en 1673, Dupas est dégradé et condamné à une prison perpétuelle « pour avoir rendu Naarden sans trop de défense ». En 1705, il fut défendu aux gouverneurs de se rendre sans qu'il y eût une brèche considérable. Des compagnies de cavalerie qui lâchent pied sans raison sont cassées ; leurs officiers sont déclarés infâmes et incapables de jamais posséder charges dans la guerre ; d'autres passent en conseil de guerre et sont mis en prison'. En pareil cas, certains officiers

l. Recueil Cangé, t. LV1I1, XXV, XXVI, XXVII, XXVIII. — Supplique du chevalier Daussctix, lieutenant-colonel, en prison depuis sepl mois, parce que son régiment s'est enfui, 1694. (Ibid., t. IX.)

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sont plus malheureux que coupables; leur énergie peut s'émousser contre l'inertie ou la terreur de leurs hommes; en vain Plélo, au siège de Dantzig , veut les mener au feu et les rallier; en vain il passe son épée au travers du corps d'un grenadier qui refuse de marcher, le menace , l'insulte ; en vain il leur donne l'exemple de l'intrépidité et de la valeur ; il est tué à coups de baïonnette par plusieurs de ses soldats, qui ne veulent pas, disent-ils, être conduits à la boucherie i .

Est-il besoin de dire que des faits de ce genre sont des plus rares dans l'ancienne armée? Ce n'est pas la lâcheté qu'on reproche d'ordinaire aux officiers français, c'est plutôt l'audace, la témérité, l'ardeur de combattre poussée jusqu'au dédain de la subordination. Rien n'égalait la bravoure, la vivacité et l'intrépidité irrésistible des mousquetaires et de tous les jeunes officiers qui composaient les troupes de la maison du roi2. Partout, c'est une généreuse émulation entre les corps ; ce sont les officiers se faisant un honneur de combattre au premier rang avec les soldats et de s'exposer plus qu'eux. Bayle exalte dans une de ses lettres leur ardeur incomparable. Elle est si grande que dans telle rencontre, le nombre des

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