‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 15 sur 191 · La Colonie, Mémoires, t. I, p · texte numérisé non relu

La Colonie, Mémoires, t. I, p

1. Jugement du conseil de guerre du 10 juin 1G83. Recueil Cangé, I. XXIU.

:{. Saint-Hilaire , dans son traité manuscrit de la guerre, daté de 1712, dit que les « compagnies de cadets n'ont rien produit de bon , » surtout en ce que « les cadets arrivaient isolés et sans soutien dans les régiments. » (Arch. de la guerre, police et discipline.)

de cadets, de cent gentilshommes chacune. Elles devaient fournir des sous-lieutenants non seulement à l'armée, mais à la milice. Leur installation était parfois défectueuse; à Caen, ils étaient logés dans la foire, ce qui leur donnait « des occasions de se débaucher; » à Perpignan, ils étaient si à l'étroit qu'ils étaient obligés de faire leur cuisine dans leur chambrée l. Il fallait que leur fierté native se pliât au régime de la caserne, se résignât en cas de maladie à la vie d'hôpital. A Metz, quelques-uns, il est vrai, répugnaient à s'y rendre. « Il sera bon , écrivit le ministre en 1733, de leur faire passer cette fausse délicatesse et de leur apprendre que les officiers euxmêmes en beaucoup d'occasions vont à l'hôpital, que par conséquent les cadets peuvent bien y aller. S'il y en a d'aisés, qui veulent se faire traiter ailleurs à leurs dépens, on ne les contraindra point ; mais je suis persuadé que le plus grand nombre s'accoutumera aisément à profiter d'une infirmerie où la bonté du roi leur ferait trouver autant et plus de commodité et de secours qu'ils pourraient en avoir chez

eux

Leur instruction était analogue à celle qu'on leur donnait sous Louis XIV; les maîtres étaient les mêmes, et les classes de mathématiques devaient

i: Arch. de la guerre, doc. gén., III, adm., 2687. 2. Lettre du 29 mai 1733. — Eu 1678, à l'hôpital, ou faisait prendre soin des cadets qui paraissaient gens de qualité. (Arch. de la guerre.)

être pourvues d'une chaire, de tableaux, de bancs en gradins, et de planches en forme de pupitres pour servir de tables [. Cependant, quoiqu'il fût recommandé de les recruter surtout « parmi les gentilshommes bien faits el ayant des talents, » la science des cadets laissait toujours à désirer. L'ordonnance qui les organise porte, en effet, cette curieuse prescription : « Il y aura dans chaque compagnie un aumônier qui sera choisi propre à montrer à lire et à écrire aux cadets qui n'en seraient pas instruits 2. » On conçoit que les leçons de mathématiques ne devaient pas profiter beaucoup à ces jeunes gentilshommes, du moment qu'on n'exigeait d'eux aucune preuve d'études préliminaires, et que les compagnies de cadets de Louis XV n'aient point duré plus longtemps que celles de Louis XIV. Elles furent supprimées en 1733 3. Par suite de la défectuosité de l'enseignement scientifique, elles pouvaient être regardées comme des compagnies d'élite plutôt que comme des écoles militaires.

Toutefois leur suppression n'eut pas lieu sans protestation ni sans regrets. Les cadets, disait-on, ne

1. Projet pour l'instruction des cadets. 1727. Arcli. de la guerre, doc. gén., III.

2. Ordonnance du roi pour rétablissement de six compagnies de cent gentilshommes, 16déc. 1720. Placard.

:i. Des conflits entre les commandants des cadets et les commandants de places auraient été la cause de cette suppression. (Duc de Luynes, Mémoires, t. XI, p. il.)

formaient des officiers que pour l'infanterie ; mais ne fallait-il pas préparer des chefs pour la guerre de terre comme pour la marine? N'était-ce pas une école utile pour les officiers de milice? Et l'écrivain militaire qui formulait ces plaintes ajoutait : « Faut-il que pendant que les autres nations louent et imitent cet établissement, nous le détruisions! Faut -il qu'il soit toujours d'usage de défaire un jour ce que Ton avait fait l'autre * ! » L'instabilité du caractère français se manifestait dans les institutions militaires, en attendant qu'elle se donnât carrière dans les institutions politiques.

1. Mémoire pour la conservation des milices, 1733. Arch. de la guerre, doc. gén., III.

Les compagnies de cadets étaient spécialement destinées à former des officiers d'infanterie ; les jeunes nobles qui désiraient entrer dans la cavalerie devaient se faire admettre comme volontaires dans les compagnies de la maison du roi ou se faire recevoir au nombre des pages de la cour ou des princes. Les plus riches d'entre eux, avant de s'engager comme volontaires ou môme après avoir passé quelque temps sous les drapeaux l, perfectionnaient leur instruction clans une académie.

Les établissements qui portaient le nom d'académie n'avaient rien de littéraire; on y enseignait, disait-on, « les nobles exercices pour la belle éducation , les arts qui convenaient à la noblesse ; » et l'on nous apprend que ces arts, c'étaient les mathématiques, les armes, l'équitation et la danse2. L'art de monter à cheval y dominait tous les autres. C'était

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