‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 16 sur 191 · L. de Loménie, les Mirabeau, t. I,'p · texte numérisé non relu

L. de Loménie, les Mirabeau, t. I,'p

2. Le Livre commode pour 1092, éd. Ed. Fournier, 1. 1, p. 253, 254.

un écuyer émérite, Antoine de Pluvinel, qui avait le premier fondé à Paris, sous Henri IV, une académie de manège, à l'imitation de celles d'Italie, où il avait appris les secrets de son art * .

Jamais celui-ci n'eut plus d'importance et d'éclat qu'au dix-septième siècle. Les beaux ouvrages de Pluvinel et de Salomon de la Broue, non moins que les superbes carrousels de l'époque, attestent combien il était en estime. C'est le premier de tous les arts de l'homme d'épée. Un écuyer du temps, qui semble de la famille du maître de danse du Bourgeois gentilhomme, nhésite pas à attribuer à son développement une partie delà gloire de Louis XIV. « L'art de régner, dit en 1682 le sieur Guillet dans l'épitre dédicatoire des Arts de l'homme d'épée, l'art de régner, qui est le premier de tous, ne seroit pas dans la splendeur où nostre grand Roy le fait paroître , si par une liaison inséparable il navoit mis dans un état florissant l'art militaire, l'art de la navigation et l'art de monter à cheval, qui est le plus noble et le plus utile de tous les exercices du corps. » Et de fait , cet art a ses variétés multiples et ses termes techniques. Rien que pour les sauts sur place, il fau distinguer la ballottade de la croupade, de la courbette et de la capriole, le plus difficile de tous « les airs relevés ou manège par haut, » où le cheval s'é-

1. L'académie de Naples, fondée par Frédéric Grison, eut pour directeur PignateUi, qui fut le maître de Pluvinel et de La Broue.

pare et noue l'aiguillette l. Aussi, dès le milieu du dix-septième siècle, les écoles d'équitation de Paris l'emportaient-elles sur celles d'Italie, si célèbres au siècle précédent.

Les jeunes étrangers qui venaient perfectionner leur éducation à Paris ne manquaient pas de fréquenter les académies. C'est ainsi que deux jeunes Hollandais, qui séjournent dans cette ville en 165T, montent tous les jours trois chevaux, y compris celui de bagues, chez un sieur Delecampe, « qui était un fort honnête homme et montrait avec beaucoup d'honnêteté et de douceur 2. » C'est ainsi que, dix ans auparavant, l'Anglais Evelyn assiste souvent aux exercices des académies, que fréquente la noblesse. « Telle de ces institutions, dit-il, a jusqu'à cent braves chevaux, tous dressés aux grands exercices :i. »

Richelieu avait créé une bourse pour vingt jeunes

1. Lu Arts de l'homme d'épée, ou le Dictionnaire du gentilhomme. Première partie, l'art de monter à cheval, par le s1' Guillet, Paris, 1682, in-32 de 238 pages. La 2° partie contient l'art militaire, la 3e l'art de la navigation. Les trois parties forment en tout trois volumes. Ce petit manuel d'équitation ne saurait être comparé au CavaleHce français, de Salomon de laBroue (lre éd., 1593, 4° éd., 1646), au Maneige royal (1623), à l'Instruction du Roy (1625), de Pluvinel, etc.

2. Journal d'un voyage à Paris en 16:>7. 1658. publié par P. Faugère, p. 84.

3. Extraits du Diary d'Eveiyn , à la suite du Voyage de Lister, à Paris, p. 260. —Voir aussi Miche! de MaroJles, Mémoires, éd. 1755, t. HI, p. 209.

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gentilshommes dans un de ces établissements, qui prenait le nom d' « académie royale des exercices de guerre » et qui était situé rue du Temple. C'était une sorte d'école militaire. La levée des plans, l'histoire et la géographie [ y étaient enseignés ; mais ce qui y dominait comme partout, c'était le désir de former des cavaliers accomplis, dans le sens le plus élevé du mot; de donner au jeune gentilhomme non seulement l'habileté et la force, mais la grâce, l'élégance , la noblesse des manières non moins que la fierté des sentiments, quelque chose de chevaleresque et d'achevé dans la forme comme dans le fond. Le grand Condé entra en 1637 dans cette académie; il y fut traité comme les autres gentilshommes, et, à la fin de son cours d'équitation , il remporta le prix de la course de bagues, « qui était un assez joli bidet 2. »

L'académie de Bernardi était, sous Louis XIV, l'une des plus célèbres. Tous les ans, son directeur faisait construire sur une petite place voisine du Luxembourg, un fort que les élèves venaient défendre et assaillir. Les exercices militaires, auxquels ils se livraient en public , pendant deux mois , attiraient un grand nombre de curieux, et le Mercure galant ne dédaignait pas de donner le récit des combats et de l'assaut, ainsi que le nom des

1. C de Monlzey, les Institutions d'éducation militaire, p. 81.

2. Duc d'Aumale, Hist. des princes de Condé, t. III, p. 335 à 338.

combattants et des assistants les plus qualifiés '.

Il s'établit également en 1669 à Paris une académie royale de la marine. Le règlement indiquait ainsi les heures et les diverses matières de l'enseignement qu'on y donnait :

« De 7 à 8 heures. — Langues allemande, italienne et espagnole.

De 8 à 11 heures et demie. — Salle d'armes.

De midi et demi à 2 heures. — On enseignera à jouer des instruments et à chanter, selon l'inclination de chacun.

De 2 à \ heures. — Leçon de danse.

De k heures et demie à 6 heures et demie. — Mathématiques, art de la marine, à écrire et à dessigner. »

Quant à l'histoire, on en faisait des lectures pendant les repas, qui avaient lieu, le diner, à j 1 heures et demie, et le souper, à 7 heures. Les élèves, qui portaient un uniforme gris avec un petit galon d'argent, payaient de 7 à 800 livres de pension par an. Quoiqu'ils fussent destinés à la marine, ils devaient tous servir comme cadets dans le régiment des gardes et apprendre à monter à cheval2.

L'étoile des académies cependant commençait à pâlir. En 1691, on n'en comptait plus que deux 3 ; il y

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